Le dossier du boulevard Saint-Joseph et sa piste cyclable mettent en lumière les différends profonds entre le conseil municipal et les fonctionnaires de la Ville de Gatineau.

La piste et le vent

ANALYSE / Les Gatinois étaient à une présentation publique près, cette semaine, d’assister à une confrontation probablement pas très élégante entre leur conseil municipal et les fonctionnaires de la Ville. Sentant le vent se lever, le maire Maxime Pedneaud-Jobin a décidé, un peu à la dernière minute, d’intervenir pour éviter l’inévitable si le dossier du boulevard Saint-Joseph était officiellement présenté aux élus tel quel par l’administration.

En revanche, les citoyens qui suivent l’actualité municipale ont eu droit à l’une des plus acrimonieuses prises de bec entre élus depuis longtemps à Gatineau.

La rivalité entre Louise Boudrias, Jocelyn Blondin et le maire Pedneaud-Jobin couvait déjà depuis un bon moment, et ce bien avant le présent mandat, mais le conflit a véritablement éclaté au grand jour en début de semaine.

Au-delà du brouhaha qu’elles ont provoqué, les sorties publiques acerbes des deux conseillers leur auront finalement rapporté bien peu. M. Blondin s’est fait dégommer par le maire à bout de patience du poste de responsable des dossiers de l’éducation. Mme Boudrias s’est pour sa part fait publiquement accuser par le président du conseil, Daniel Champagne, de nuire au travail du conseil. Il y aura des ponts à reconstruire. Encore faudrait-il que la volonté de le faire existe. Rien n’est moins sûr pour l’instant.

Éclipse

C’est ainsi que le fossé grandissant entre le maire et ses deux principaux adversaires au conseil a complètement éclipsé une autre situation latente dont les conséquences risquent d’être beaucoup plus importantes que les sempiternelles chicanes entre politiciens gatinois. Un clivage dont l’importance demeure difficile à préciser de l’extérieur semble s’être installé entre le conseil municipal et les fonctionnaires de la Ville depuis quelques mois.

La volonté de ce conseil municipal d’assumer un plus grand leadership politique est déjà connue. C’était déjà perceptible lors du dernier mandat, mais plus que jamais, les élus ne se contentent plus d’accepter ou de refuser des propositions émanant des bureaux des fonctionnaires. Ils souhaitent jouer leur rôle pleinement et s’attendent à ce que l’administration soit à leur service avant d’être au service de la machine.

C’est d’ailleurs le but ultime recherché par les changements aux règles de gouvernance sur lesquelles travaillent depuis des mois le maire, le président du conseil et le président du comité exécutif, Gilles Carpentier.

Aussi ouverte soit-elle, l’administration municipale, sans s’y opposer, offre une certaine résistance à cet important changement dans la façon de diriger les affaires de la Ville. C’est peut-être une des raisons qui expliquent le nombre grandissant de huis clos et de séances de travail loin du regard des médias. Les hauts fonctionnaires de la Ville n’ont aucune envie ni intérêt à s’obstiner avec les élus devant les caméras. Et si une majorité d’élus accepte sans rechigner autant de discussions à huis clos, c’est qu’ils souhaitent préserver de ce genre de malaise une administration pour laquelle ils répètent souvent avoir du respect et dont ils apprécient la rigueur et la diligence.

Messages clairs

Cela n’empêche pas les élus de commencer à passer publiquement des messages à leur administration. Le dossier de la piste cyclable sur le boulevard Saint-Joseph est un signal que la patience de certains devient de plus en plus mince.

Daniel Champagne n’a pas hésité, cette semaine, à remettre à sa place une administration qui a décidé de faire l’économie de présenter aux élus les options qui rendraient possible l’aménagement d’un corridor cyclable dans le cadre de la réfection de 60 millions $ de l’importante artère commerciale. Pour lui et une majorité d’élus, se contenter de dire pourquoi ce serait impossible était nettement insuffisant.

Dans une publication sur sa page Facebook, lundi, la conseillère Audrey Bureau a été encore plus directive envers l’administration. « À ceux qui développent notre ville, sachez que ce virage vers les déplacements durables est nécessaire et que la volonté politique est au rendez-vous, a-t-elle écrit. Cessez de nous dire que c’est impossible et donnez-nous des scénarios qui répondent à notre vision et laissez-nous choisir. »

Difficile d’être plus clair que ça.