Sur les réseaux sociaux, le maire Maxime Pedneaud-Jobin se veut « l’incarnation de tout ce qui ne va pas bien dès que la neige prend le dessus sur les cols bleus ».

La mairie, un flocon à la fois [ANALYSE]

ANALYSE / L’administration Pedneaud-Jobin a affronté, coup sur coup, des inondations historiques et une tornade de force EF3 au cours des deux dernières années. Gatineau pourrait presque donner des cours du soir à l’Union des municipalités du Québec tellement son expertise en gestion de crise est maintenant reconnue. Elle en connaît un bail quand vient le temps d’affronter les éléments. Curieusement, c’est avec l’hiver qu’elle a le plus de difficulté.

La mairesse Valérie Plante disait cette semaine que Montréal et son déneigement servent de punching bag pour les citoyens écœurés de l’hiver. À Gatineau, en particulier sur les réseaux sociaux, le pauvre « Max la taxe » devient l’incarnation de tout ce qui ne va pas bien dès que la neige prend le dessus sur les cols bleus. Certains ratés sont bien réels. Le cafouillage dans le centre-ville, les corridors scolaires enneigés pendant des jours, les rues trop étroites, tout ça, les Gatinois l’ont vécu dans les dernières semaines.

Le maire Pedneaud-Jobin pourra dire ce qu’il veut, il pourra clamer que Gatineau respecte son « niveau de service », il pourra souffler la ville au grand complet, certaines perceptions peuvent être tenaces. Il ne gagnera pas contre l’hiver cette année. C’est plutôt le printemps qui viendra l’extirper de là. Mais le printemps s’amènera avec ses trous dans la chaussée. Et malheureusement pour le maire, ce n’est pas cette année qu’il gagnera sa bataille contre les nids-de-poule non plus.

Terrain à conquérir

L’avis que l’administration du maire Pedneaud-Jobin peine à bien livrer des services de base est partagé par une certaine tranche de l’électorat. Pour des opposants qui cherchent à sortir Maxime Pedneaud-Jobin et son parti de la mairie en 2021, il y a là un terrain à conquérir ou à tout le moins un angle d’attaque. Voilà ce qu’a cherché à faire Louise Boudrias, mardi, en proposant la création d’un comité sur les travaux publics. La conseillère sait que ses chances de gagner son vote en mars prochain sont pratiquement nulles. Jocelyn Blondin, qui sera probablement un des seuls à l’appuyer le moment venu, a en vain proposé la même chose il y a environ un an.

Plus qu’un débat sur la création d’un comité, c’est un débat sur l’importance accordée aux services de base à Gatineau que souhaite soulever Mme Boudrias. La conseillère ne cache pas être en réflexion sur son avenir politique. Chose certaine, elle ne briguera pas un troisième mandat de conseillère. Ce sera la retraite ou une course à la mairie. Et encore là. Comme indépendante ou à la tête d’un parti ? Mme Boudrias et son entourage sont loin d’être vendus à l’idée de la nécessité d’un autre parti politique. L’ex-candidat à la mairie, Clément Bélanger, qui cherche à fonder un deuxième parti politique à Gatineau, a approché Mme Boudrias. Cette dernière ne laisse toutefois rien transparaître de ses intentions.

Coquille vide

Si une nouvelle formation politique devait émerger, avec ou sans Mme Boudrias, une chose est bien claire ; elle souhaiterait affronter Action Gatineau sur le terrain des services de base. Mais à quel point M. Bélanger arrive-t-il à fédérer des gens ? Les différents échos laissent entendre qu’il est toujours à la recherche de candidats potentiels, mais qu’il n’a pas le début d’un programme politique en main.

Aux yeux de plusieurs, le véhicule politique qu’il propose ressemble plus à une coquille vide dont le seul but est de tasser le maire en place. L’accueil qu’il reçoit dans les cercles politiques de la région est mitigé. Réunir une communauté d’idées autour d’objectifs communs n’est pas une mince tâche. Bien des adversaires du maire commencent à s’en rendre compte.

Maxime Pedneaud-Jobin n’a pas fondé Action Gatineau du jour au lendemain. Son mouvement a d’abord été porté par des partisans. Par des gens qui ont fait des réunions de cuisine pour développer des idées sur le développement urbain, le patrimoine, les transports, la place de la culture ou encore sur l’environnement. Par des gens qui voulaient donner à Gatineau un réseau de bibliothèque digne de ce nom.

Déneigement du futur

Aujourd’hui, la future bibliothèque du Plateau est en construction. L’édifice Place-des-Pionniers, à Aylmer, sera vraisemblablement démoli pour permettre la construction de la future bibliothèque Lucy-Faris. L’agrandissement de Guy-Sanche pourrait faire partie d’un projet plus vaste à la Maison de la culture.

Si le déneigement et les services de base sont des thèmes porteurs pour un éventuel deuxième parti politique, où sont les assemblées de cuisine pleines de gens qui pensent au déneigement du futur à Gatineau ? Où sont les citoyens qui réclament des trottoirs mieux déneigés, des rues soufflées, mais qu’on souffle ailleurs que sur leur terrain, et qui croient en mériter plus pour les taxes qu’ils paient chaque année ?

Sur les réseaux sociaux ? Pas à jeter les bases d’un parti politique qui pourrait porter leurs aspirations, en tout cas. Ils n’étaient pas plus au conseil municipal de mardi pour appuyer Mme Boudrias.