Des clôtures composées de poteaux reliés par des câbles de fer doivent être installés sur des tronçons de l'autoroute 50.

La glissière à câbles sur l’autoroute 50 fait jaser à l’Assemblée nationale

Le projet d’installation d’une glissière à câbles au milieu d’un tronçon de sept kilomètres de l’autoroute 50 entre Gatineau et L’Ange-Gardien a rebondi à l’Assemblée nationale, jeudi, lorsque le gouvernement a été accusé par les libéraux «d’improviser aux dépens de la sécurité de la population de l’Outaouais».

Se basant sur certaines informations récemment révélées par Radio-Canada, entre autres le fait que des experts ne recommandent pas qu’une telle clôture soit érigée sur un segment de route où les voies sont contiguës, le porte-parole de l’opposition officielle en matière de transports, Gaétan Barrette, a pointé du doigt le ministre des Transports, François Bonnardel, et le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, ce qui a donné lieu à de vifs échanges au Salon bleu. 

«La population de l’Outaouais ne veut pas être le cobaye du ministre avec son projet pilote de clôture de broche à foin. Elle ne veut pas d’une patente qu’on va mettre aux poubelles dans deux ans. [...] Le ministre va-t-il reculer et prendre la bonne décision?», a entre autres lancé M. Barrette. 

M. Bonnardel n’a pas tardé à répliquer et le président de l’Assemblée nationale a dû rappeler les élus à l’ordre à quelques reprises durant ce débat.

«Est-ce que le député et ancien ministre nous reproche de faire quelque chose pour sécuriser la 50? Vous avez été au pouvoir pendant presque 15 ans, quatre ministres des Transports, dont celui qui est assis en arrière de vous (André Fortin, député de Pontiac), qui n’a pas levé le petit doigt pour sécuriser la 50 pendant son année au pouvoir. Et aujourd’hui vous nous dites: bien, finalement, la clôture, ce n’est pas bon. C’est irresponsable de votre part de prétendre qu’on met la vie des gens en danger. [...] Vous devriez arrêter de faire peur aux automobilistes de l’Outaouais», a-t-il rétorqué.

Le 23 septembre dernier, Québec a annoncé un projet pilote qui consistera à installer dès le printemps une glissière à câbles à haute tension au centre des voies contiguës sur cette portion de l’autoroute 50, qui a été le théâtre de plusieurs graves accidents dans les dernières années, dont deux mortels depuis juillet. Il s’agit d’une première étape avant les travaux d’élargissement à quatre voies, prévus en 2021. 

Un ingénieur spécialisé en sécurité routière a indiqué à Radio-Canada plus tôt cette semaine que les glissières à câbles n’ont pas été conçues pour être installées à des endroits semblables. Un ingénieur du ministère des Transports de l’Alberta a quant à lui affirmé que ces clôtures ne seraient jamais installées «sur un tronçon où les voies ne sont pas séparées par un terre-plein». On y apprend aussi qu’une telle structure est en place sur un court tronçon d’une route de l’Oregon dont la configuration est différente. De plus, dans cet État américain, il n’y a pas ou peu de neige chaque hiver.

«Selon les experts, si la charrue accroche la clôture, il va falloir fermer la route, évidemment, pour la réparer. [...] La clôture du ministre, quand un véhicule rentre dedans, elle est faite pour céder un peu. En Oregon, la route a quatre voies. Quand un véhicule rentre dedans, elle cède mais à quatre voies. L’autre en face a une chance d’éviter le face-à-face. Au Québec, on a deux voies. Elle va céder, il va y avoir un face-à-face. C’est quoi, le bout que le ministre ne comprend pas là-dedans?», s’est exclamé M. Barrette, brandissant des croquis. 

Le ministre Bonnardel a répondu que «les ingénieurs du ministère des Transports ont donné leur aval à cette installation», avant que son collègue Mathieu Lacombe n’en rajoute pour défendre le choix de la CAQ.

«Quand les gens téléphonent à mon bureau de circonscription, ce qu’ils veulent, c’est qu’on sécurise l’autoroute 50. J’ai été journaliste en Outaouais pendant dix ans, le Parti libéral n’a jamais levé le petit doigt pour la sécuriser, l’autoroute 50. On arrive au pouvoir, en moins d’un an on a mis une solution sur la table. On va sauver des vies, c’est responsable», dit-il.