Si les tours Brigil remplacent Guertin dans les discussions autour des barbecues des Gatinois cet été, Maxime Pedneaud-Jobin en sera le principal responsable...peut-être l'architecte.

La garde-robe de campagne

ANALYSE/ Peu à peu, le maire de Gatineau retire ses habits de premier magistrat pour enfiler ceux du maire sortant, chef de parti, et candidat à sa réélection. Il a donné un avant-goût de sa garde-robe de campagne cette semaine avec le projet de citation patrimoniale du quartier du musée.
Si les tours Brigil remplacent Guertin dans les discussions autour des barbecues des Gatinois cet été, Maxime Pedneaud-Jobin en sera le principal responsable...peut-être l'architecte. C'est lui qui contrôle l'ordre du jour à la Ville de Gatineau. C'est lui qui a décidé de craquer l'allumette à quelques semaines de vacances estivales qui, faut-il le rappeler, déboucheront sur une campagne électorale. 
Les opposants à une citation patrimoniale du quartier du musée se sont tous levés d'un trait à l'annonce de la consultation publique organisée par la Ville, lundi. 
Le candidat indépendant dans le centre-ville, Pierre Samson, a rapidement saisi l'occasion pour sauter dans le débat public et démontrer comment il allait s'y prendre pour faire de l'Île de Hull un environnement favorable au développement des affaires. En attendant de pouvoir solliciter la confiance des résidents du centre-ville en novembre, il a décidé d'occuper le rôle de porte-parole de certains propriétaires d'immeubles, dont plusieurs sont non-résidents du quartier du musée, et qui s'opposent à une désignation patrimoniale.
Il a brandi le spectre d'une dévaluation de 20 % ou plus de certaines propriétés si le quartier obtient une protection patrimoniale. La Chambre de commerce de Gatineau s'est immédiatement rangée derrière lui, disant craindre une «chute considérable» de la valeur foncière des terrains. Le promoteur du projet des tours de 35 et 55 étages dans le quartier, Gilles Desjardins, a affirmé que ses 35 ans dans l'immobilier lui font dire exactement la même chose. 
«Faits alternatifs»
Le maire Pedneaud-Jobin n'a pas tardé à répliquer. Il a aussitôt lancé une accusation lourde de sens en ces temps troubles où les fausses informations et les demis-vérité grugent de plus en plus de terrain aux faits dans l'opinion publique.  
Ceux qui affirment qu'une citation patrimoniale provoque une dévaluation foncière versent carrément dans les faits alternatifs, a-t-il lancé. L'expression récemment consacrée dans le monde entier par la conseillère de Donald Trump, Kellyanne Conway, vient de faire son apparition dans le débat électoral gatinois. 
Le Droit a demandé à obtenir du candidat Pierre Samson et du maire la documentation sur laquelle ils se basent pour appuyer leurs dires. 
M. Samson reconnait ne pas avoir d'étude en main pour prouver ce qu'il affirme. Il mentionne que les nombreuses années d'expérience dans le domaine de l'immobilier des membres qu'il représente permettent d'en venir à cette conclusion. 
«Nous sommes prêts à en faire la démonstration et à faire les études en ce sens si la Ville nous le permet, dit-il. Nous ne voulons pas de guerre de chiffres. Ce sont eux (la Ville) qui veulent changer les choses, c'est à eux de présenter les études pour prouver que ça sera pour le mieux socialement et économiquement.»
Banque Mondiale
Le maire n'a pas plus d'étude précise sur l'impact de la valeur foncière d'une citation patrimoniale dans le quartier du musée que ses adversaires. Il s'appuie cependant sur ce qui est observé ailleurs pour défendre sa vision. La Ville a fourni une étude menée par la firme Aviseo Conseil, produite pour le compte de la Ville de Québec et présentée en septembre 2016. 
Le cabinet du maire n'a pas hésité à souligner à grand trait au Droit des données compilées par la Banque Mondiale en 2012 incluses dans l'étude d'Aviseo Conseil. «Selon la Banque Mondiale, la très grande majorité de la littérature estime que les effets sur la valeur foncière des immeubles désignés patrimoniaux et ceux environnants sont positifs, stipule l'étude. Une désignation patrimoniale permet une résistance à la dépréciation et une appréciation des valeurs foncières.»
À Québec, entre 2007 et 2016, les immeubles résidentiels cités patrimoniaux ont connu une hausse de leur valeur foncière de 7,6 %, contre 5,6 % pour les propriétés qui ne sont pas protégées par un règlement sur le patrimoine. 
Le Répertoire des lieux patrimoniaux du Canada s'affaire aussi à tenter de déboulonner le mythe qu'une désignation patrimoniale provoque la dévaluation foncière. «Les propriétaires fonciers canadiens se font souvent une fausse idée des lieux patrimoniaux, croyant que la désignation d'un lieu réduit la valeur de la propriété et augmente les pressions financières, souligne le gouvernement. Or, des études ont démontré que les projets de conservation du patrimoine augmentent la valeur des propriétés, l'évaluation foncière ainsi que l'activité économique dans les environs. Non seulement cette désignation profite aux propriétaires fonciers, mais elle stimule également l'économie à l'échelle locale.»
M. Pedneaud-Jobin ne laissera passer grand-chose de la part de ses adversaires au cours des prochains mois quand il jugera utile de les attirer dans un débat où la rigueur sera la carte maîtresse. Et à ce jeu politique, il a plus de deux tours dans son sac.