C’est principalement vers la culture que se tourne le conseil municipal pour insuffler une nouvelle énergie au centre-ville de Gatineau.

La fin de la timidité à Gatineau

«Libérez les artistes», lance Yvon Leclerc à guise de conclusion de son plus récent ouvrage L’action culturelle et le développement territorial publié aux Presses de l’Université Laval. Les Villes qui misent sur les artistes et la culture pour se développer en retirent des bénéfices durables, soutient l’auteur connu pour son apport important dans le développement social et territorial du Québec des dernières années. Selon lui, la culture et le patrimoine doivent occuper une place de premier ordre dans le développement des villes. De l’expérience du quartier Saint-Roch, à Québec, à la passerelle d’Armand Vaillancourt à Plessisville, les exemples analysés par Yvon Leclerc démontrent que la culture a tendance à ne jamais faire faux bond quand on la place en ligne de front pour revitaliser un territoire. Selon l’auteur, un alignement d’étoiles est en train de s’opérer en ce sens à Gatineau. En s’efforçant comme d’autres avant elle de placer les artistes et la culture au coeur du redéploiement de son centre-ville, Gatineau fait le choix de l’«économie mauve». Deuxième partie.

La « timidité » est tombée à Gatineau, estime le maire Maxime Pedneaud-Jobin. Le centre-ville est maintenant clairement identifié et c’est principalement vers la culture que se tourne le conseil pour lui insuffler de nouveau la vie.

Les indices du virage vers l’économie mauve se sont multipliés à Gatineau depuis quelques années. L’adoption des politiques culturelles (2003) et du patrimoine (2012) a été les premiers jalons posés par les élus depuis la fusion municipale. Les efforts se sont toutefois accentués depuis l’arrivée à la mairie de Maxime Pedneaud-Jobin et du parti Action Gatineau. L’argent réservé aux mesures prévues à l’intérieur de ces deux politiques est passé pratiquement du simple au double depuis leur adoption et frisait le million de dollars par année en 2017. La tendance va continuer de s’accélérer. D’ici 2020, ce sont pas moins de 8,6 millions $ qui seront injectés par la Ville dans la culture et le patrimoine à Gatineau.

Les investissements dans l’animation culturelle au centre-ville ne cessent de croître. De récents et significatifs changements réglementaires pour favoriser l’arrivée et la concentration d’artistes dans le pôle culturel de l’axe Montcalm sont venus confirmer la volonté politique du conseil. Raser les taudis de la rue Morin pour en faire l’épicentre de l’activité artistique de Gatineau a été un symbole fort.

« On n’est pas en train d’improviser une méthode inconnue, lance le maire Pedneaud-Jobin, en entrevue avec Le Droit. Il y a de grands courants de pensée en urbanisme, en développement urbain, qui reconnaissent que la culture est un outil puissant de revitalisation. Le quartier Saint-Roch en est un exemple. Il ne faut pas prendre ce qu’on fait comme étant déconnecté de ce qu’est Gatineau. On a un des plus vieux salons du livre au Québec. On est les seuls au Québec à financer un théâtre municipal. Au début du XXe siècle, Hull était l’endroit où il y avait le plus de théâtres per capita. Utiliser la culture pour construire notre centre-ville est une suite logique. »

Pour donner une chance à la stratégie de fonctionner, il a fallu que le conseil mette de côté sa « timidité » à investir dans le centre-ville plus massivement que dans n’importe quel autre secteur de la Ville. « Je ne suis pas certain qu’au début de la fusion il aurait été possible de faire ça, affirme le maire. Au début, on sentait qu’il fallait investir partout de manière égale. Cela a empêché d’avoir des impacts dans les endroits où les défis étaient plus grands. Pour que ça fonctionne, il fallait être plus catégorique avec le centre-ville. Je crois qu’il y a maintenant un consensus autour de la table voulant que le centre-ville soit le visage de Gatineau. C’est un des endroits où il y a le plus de pauvreté, mais c’est aussi un pôle d’emplois qui peut nous enrichir s’il est bien stimulé. »

Densification

Il n’y a toutefois pas que la culture et les artistes dans la boîte à outils de la Ville de Gatineau pour relancer son centre-ville, mentionne le maire Pedneaud-Jobin. Ce dernier cite les investissements en infrastructures « pures » dans le secteur Laval-Aubry. « C’est un coin qui n’était pas aussi beau qui aurait dû l’être et nous allons en faire un endroit superbe. »

Le crédit de taxes qui a été modifié et prolongé par le dernier conseil s’inscrit aussi dans les efforts dynamiser l’île de Hull. « On a une construction comme jamais on en avait vu au centre-ville, ajoute le maire. J’ai hâte de voir comment les chiffres évoluent, des gens partent, d’autres arrivent. Il est encore difficile d’attirer des familles. La réputation du quartier est un enjeu. C’est sûr que ça rend les choses plus difficiles si les gens ont l’impression que de passer de l’école à la maison est dangereux. »

Sans remettre en question les efforts faits par Gatineau pour densifier son centre-ville, l’auteur Yvon Leclerc met en garde les administrations qui tentent de forcer le développement de l’habitation par de telles mesures. « Le maire Jean-Paul L’Allier avait compris qu’une telle stratégie pouvait être coûteuse et peu efficace et qu’il fallait d’abord rendre le quartier acceptable et intéressant avant la mise en place de programmes spécifiques. «L’habitation dépend largement des préférences et de la perception des consommateurs à l’égard d’un quartier», précise M. Leclerc.

VIVOTER OU SE DOTER D'UNE VRAIE LOCOMOTIVE CULTURELLE

Gatineau peut faire le choix du « fade » et continuer de « vivoter du côté des conservateurs qui souhaitent avancer mollo », où se ranger du côté des « villes progressistes qui se distinguent des autres » en dotant son centre-ville d’une institution culturelle majeure qui permettrait de cimenter toute l’activité artistique du secteur et de la Ville, affirme l’auteur de L’action culturelle et le développement territorial, Yvon Leclerc. 

« Il manque au centre-ville une locomotive, un grand centre culturel, que ce soit une bibliothèque centrale ou autre chose, ou encore un regroupement d’institutions en une seule infrastructure majeure, insiste M. Leclerc. Un outil comme ça donnerait une impulsion importante. C’est à mes yeux essentiel pour la revitalisation et la densification du centre-ville. Gatineau est en compétition avec toutes les autres villes pour attirer des entreprises, des gens et surtout pour les satisfaire. Elle doit prendre sa place et poursuivre la marche déjà entreprise, sinon elle se placera en retard sur les autres villes qui elles auront fait le choix d’avancer. »

Le maire consulte

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, parle de cette institution depuis qu’il a fait son entrée en politique. D’abord présenté comme une bibliothèque centrale, le concept a peu à peu évolué. Le maire évoque maintenant quelque chose de plus large s’apparentant à un centre culturel qui pourrait abriter à la fois la bibliothèque centrale, mais aussi le futur musée régional, la Galerie Montcalm et d’autres institutions culturelles. 

« Ça nous prend une institution culturelle majeure comme ça dans notre centre-ville, mais il faut savoir de quoi on parle, dit-il. Si on ne fait que référence à une bibliothèque, on se trompe. Il faut parler à nos partenaires et voir avec eux quelle pourrait être cette institution. Gatineau ne fera pas ça toute seule et ne le financera pas toute seule. »

La priorité dans les immobilisations en infrastructures culturelles a toutefois été donnée aux bibliothèques Lucy-Faris, Guy-Sanche et du Plateau. Le maire se donne le reste du mandat pour développer le concept de ce que pourrait être le « prochain grand projet pour Gatineau ».