Le maire de Gatineau Maxime Pedneaud-Jobin a mis de côté son habituelle retenue quant au discours du premier mnistre Legault lors des assises de l’UMQ.

La diplomatie au vestiaire

ANALYSE / Cette semaine, pour une rare fois depuis qu’il a été élu maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin a laissé la diplomatie au vestiaire pour réagir au discours tenu par le premier ministre François Legault devant l’Union des municipalités du Québec (UMQ). On est encore très loin des sautes d’humeur de Régis Labeaume, mais on pourrait assister au début d’un changement de ton dans les relations entre Gatineau et Québec.

Les négociations qui s’intensifieront au cours des prochains mois entre Québec et les villes pour la signature d’un nouveau pacte fiscal s’annoncent difficiles. Elles pourraient laisser des cicatrices si le gouvernement n’accouche pas d’une réelle réforme de la fiscalité municipale. Le maire Pedneaud-Jobin tient beaucoup à ce changement en profondeur qui, selon lui, permettrait aux villes d’arriver dans le 21e siècle. L’effort qu’il consacre à cet objectif avec ses collègues de l’UMQ depuis six ans rendrait la défaite politique douloureuse.

La « voix forte » de Gatineau pourrait être tentée de hausser le ton si elle sent que les choses lui glissent entre les mains.

Le maire de Gatineau a bien entendu signifié par le passé son mécontentement face à la position rigide adoptée par le gouvernement caquiste sur la question de l’encadrement du cannabis. Il avait aussi remis en question la pertinence d’abaisser les seuils d’immigration dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre et n’avait pas caché être peu emballé par le premier budget du nouveau gouvernement, déposé il y a quelques semaines. Mais Maxime Pedneaud-Jobin n’avait pas encore été aussi incisif qu’il l’a été jeudi à l’égard du gouvernement Legault, ou même du précédent gouvernement Couillard.

Le choix des mots

Ceux qui côtoient le maire au jour le jour savent à quel point il peut prendre du temps et un soin jaloux à choisir les mots qu’il utilise quand il s’exprime. Il déteste être amené à réagir à chaud et évite le plus possible les réactions intempestives.

Alors quand le maire affirme, comme il l’a fait cette semaine lors d’une entrevue téléphonique avec Le Droit, que le gouvernement du Québec est « délinquant en matière fiscale », et qu’il vise directement François Legault en disant qu’il n’a « pas senti que le premier ministre est aussi conscient qu’il le devrait de l’importance des villes pour le développement du Québec », c’est que les choses ne vont pas bien.

Les mots « peur » et « inquiétude » font très peu partie du vocabulaire utilisé par le maire. Il les utilise avec parcimonie. Cette semaine, il est passé tout près d’utiliser les deux dans la même phrase. « Ce qui me fait peur, a-t-il dit, c’est qu’on passe à côté d’une occasion de vraiment changer la fiscalité municipale. Je ne sens pas une volonté de réformer la fiscalité municipale. Je sens une volonté de négocier à la dure un nouveau pacte fiscal qui n’inclut pas une vraie réforme de la fiscalité. C’est inquiétant. »

L’eau qui remonte

Le maire de Gatineau est dans une position un peu inconfortable pour se lancer dans une guerre de mots avec Québec. Ce n’est de toute façon pas son genre. Du moins, pas en public.

L’eau qui s’était mise à baisser s’est remise à monter. Des enjeux majeurs liés aux inondations et aux changements climatiques devront être traités dans les prochains mois à Québec.

Ils seront autant sociaux que financiers. Les villes veulent faire partie de la discussion et Gatineau sera l’une des principales concernées.

Les canaux de communication avec le gouvernement devront être grands ouverts. Le maire Pedneaud-Jobin aura fort à faire avec Québec pour sortir les Gatinois du pétrin dans lequel ils sont plongés depuis le printemps 2017.