La crue de 2017 entre dans l'histoire

Les vieux de la vieille de Pointe-Gatineau le savent trop bien. Les crues printanières font partie de l'ADN du secteur et si les pronostics les plus pessimistes se réalisent cette année, la crue de 2017 est sur le point de s'inscrire dans l'histoire aux côtés de celles de 1974 et 1876.
Les sinistrés dont nous publions les photos d'archives aujourd'hui ont sans doute fait partie des quelque 200 familles évacuées de force après la montée rapide des eaux de la rivière Gatineau, le 7 mai 1876. Presque tout le village avait été inondé cette année-là. Les maisons qui avaient été épargnées hébergeaient parfois jusqu'à sept familles de sinistrés. Il s'agit, encore à ce jour, de la plus importante crue printanière à avoir touché la Pointe-Gatineau.
L'histoire s'est répétée souvent par la suite. Avant la construction du barrage Mercier à la fin des années 1920, l'homme avait bien peu de contrôle sur le niveau de la rivière Gatineau. Ce meilleur contrôle n'a cependant jamais empêché la rivière Gatineau et le ruisseau Moreau d'inonder en partie la Pointe-Gatineau. La photo de la petite Louise Pilon, installée avec sa poupée dans une chaloupe sur la rue Saint-François-Xavier, en mai 1947, en témoigne.
La dernière crue printanière à avoir marqué l'imaginaire collectif remonte à 1974, mais certains se souviendront aussi de 1951, alors que des familles entières avaient dû être hébergées à la prison de Hull, ou encore de 1976. Cette année-là, raconte l'auteur et historien Raymond Ouimet, les inondations avaient même fait une victime sur la rue Hurtubise. Ovide Brunet, 56 ans, avait vu son auto tomber en panne au beau milieu de la rue. Surpris par la une montée rapide du niveau de l'eau, le quinquagénaire, souffrant d'une maladie cardiaque, s'est noyé en tentant de quitter son véhicule.
En 1876, l'eau était montée à 173,1 mètres au-dessus du niveau de la mer à Maniwaki. La crue avait atteint 169,4 mètres en 1974. Le directeur régional de la Sécurité civile, Gaëtan Lessard, précise que l'eau atteint actuellement 166,1 mètres au-dessus du niveau de la mer à Maniwaki. «On tente de maintenir le niveau de l'eau en bas de 166,5 mètres, dit-il. Ce sera une crue exceptionnelle qui marquera l'histoire, mais nous ne devrions pas vivre une répétition de 1974.»
Le Gatinois Guy Starsbourg habite sur la rue René depuis plus de 50 ans. Il se souvient de 1974 alors que l'eau avait monté jusqu'à un pied sous le plancher du rez-de-chaussée. Mercredi, son sous-sol était inondé d'environ trois pieds d'eau.
«Il faut aussi dire que le danger est moindre aujourd'hui, lance l'auteur et historien Raymond Ouimet. Les risques étaient encore plus élevés à l'époque où de la pitoune descendait la rivière. Ça provoquait parfois des embâcles et ça pouvait faire beaucoup de dommages. Les autorités comme la Ville de Gatineau sont aussi beaucoup plus proactives maintenant. À l'époque, c'était surtout les organisations paroissiales qui prenaient les choses en main comme elles le pouvaient.»
Les grandes crues de pointe-Gatineau
1876
• La plus importante n'ayant jamais été enregistrée;
• La crue aurait atteint 173,1 mètres au-dessus du niveau de la mer à Maniwaki;
• Tout le village de Pointe-Gatineau est submergé pendant tout le mois de mai;
• La crue atteint son plus haut niveau dans la nuit du 7 mai;
• L'évacuation du village dura trois jours;
• Plus de 200 maisons sont abandonnées, 30 disparaîtront complètement;
• Seule l'église Saint-François-de-Sales est épargnée;
• Un fonds de 707 $ est mis sur pied pour venir en aide aux familles éplorées.
1974 
• Nommée «la crue du siècle» et pourrait s'apparenter à celle de 2017;
• La crue a atteint entre 169,4 mètres au-dessus du niveau de la mer à Maniwaki;
• Elle force l'évacuation de 3000 personnes;
• Le tiers de la Ville de Maniwaki est inondé;
• Elle atteint sont plus haut niveau le 14 mai;
• Plusieurs autres municipalités sont touchées au Québec où 7000 personnes seront évacuées;
• Les dégâts se sont chiffrés à 169 millions $ en dollars de 1998.