La boule de papier chiffonnée

ANALYSE / La crédibilité des institutions publiques et démocratiques des Gatinois est malmenée depuis quelques semaines. Service de police, Ombudsman et Vérificatrice générale ; ces instances envers lesquelles les citoyens devraient avoir une confiance inébranlable ont toutes, dernièrement, dû encaisser des attaques qui laisseront inévitablement des cicatrices.

C’est un peu comme le concept de la feuille de papier qu’on chiffonne en petite boule. On aura beau la déplier et faire ce qu’on voudra pour lui redonner son allure d’origine, c’est une cause perdue. Les plis du chiffonnage demeureront visibles.

La crédibilité des institutions publiques et démocratiques des Gatinois est malmenée depuis quelques semaines. Service de police, Ombudsman et Vérificatrice générale ; ces instances envers lesquelles les citoyens devraient avoir une confiance inébranlable ont toutes, dernièrement, dû encaisser des attaques qui laisseront inévitablement des cicatrices.

Dans une ville où moins de quatre électeurs sur dix se déplacent pour voter quand ils sont convoqués aux urnes, chaque élément contribuant à créer un doute sur le sérieux des institutions publiques est un pas en arrière dans la lutte au cynisme et au désengagement. Pour un maire qui souhaite augmenter la participation citoyenne à la vie démocratique, il y a bien peu de positif à retirer en ce début de printemps.

SPVG
L’arrestation, en mars dernier, d’un journaliste de Radio-Canada à la suite d’une plainte pour harcèlement criminel, alors que ce dernier ne faisait qu’exécuter son travail dans les règles de l’art, a fait le tour du pays. À part le maire Maxime Pedneaud-Jobin qui a affirmé que son service de police avait fait ce qu’il fallait dans ce genre de circonstance, personne d’autre ne s’est porté à la défense du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) et de son chef dans cette affaire. Et pour cause.

Une semaine après avoir répété que ses policiers avaient bien travaillé dans ce dossier, le chef Mario Harel a été forcé de marcher sur la peinture quand le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a décidé de ne porter aucune accusation. Ce qui a été présenté à la population et aux journalistes comme une intervention rondement menée apparaît maintenant plus comme une erreur de jugement. Une enquête en déontologie est d’ailleurs en cours dans cette affaire.

La VG contre l’Ombudsman contre la VG
Le lien de confiance entre les élus, l’administration municipale et le Bureau de l’ombudsman de Gatineau (BOG) était déjà réduit à peau de chagrin en juillet dernier, mais la publication du rapport 2016 du chien de garde des citoyens l’a carrément brisé. Le conseil municipal, à la majorité, demandait, dès lors, à la Vérificatrice générale (VG) d’examiner la conformité des procédures de l’Ombudsman. Il s’agit d’un précédent dans le monde municipal québécois.

La suite de l’histoire s’est écrite cette semaine. Dans un rapport très dur, la VG a pratiquement anéanti la crédibilité du BOG dans sa structure actuelle, lui reprochant d’avoir dévié de son rôle et d’être aux prises avec un grave déficit d’objectivité. Le maire et le président du conseil, Daniel Champagne, n’ont pas manqué de rappeler que leurs préoccupations envers le BOG étaient finalement légitimes.

De fait, le rapport de la VG tend à donner raison à ceux qui s’inquiétaient de l’intégrité du BOG. Le changement de ton dans les rapports et interventions du Bureau est devenu perceptible après 2013, note le rapport de la VG. Cela coïncide avec l’élection du maire Pedneaud-Jobin, d’un conseil fortement renouvelé et le remplacement de Robert Weemaes par Marie-Hélène Lajoie à la direction générale de la Ville.

La Vérificatrice générale, dans l’une des annexes de son rapport, mentionne que le modèle d’Ombudsman que s’est donné Gatineau, en 2006, bien que peu coûteux et reposant sur du bénévolat, représente « un risque plus élevé de biais politique parce que plus il y a d’individus, plus il y a de risques de dérapage ». Le clou dans le cercueil tient cependant en une phrase dans rapport de la VG. « Le BOG ne remplit pas adéquatement son rôle auprès du citoyen notamment au chapitre de la disponibilité, de l’objectivité et de la crédibilité. »

Le chien de garde des Gatinois a évidemment sorti les crocs et il ne s’est pas contenté de japper. Il a mordu, lui aussi, et il a visé à son tour la crédibilité de la VG. « Mon niveau de confiance envers le bureau de la Vérificatrice générale n’est pas très élevé, son rapport est plein d’erreurs majeures », a lancé le président du BOG, André Guay. Il a accusé le VG d’avoir « cherché des poux pour discréditer » son organisation. Quant au manque de collaboration qui lui est reproché pendant l’examen de conformité, l’Ombudsman, sur la base d’un avis juridique, clame son « indépendance institutionnelle » et soutient que le mandat donné par le conseil à la VG est « nul et sans effet ».

le président du BOG, André Guay

La conseillère Louise Boudrias qui n’a jamais cessé de défendre le BOG n’a pas hésité à saisir le dossier pour attaquer politiquement le maire Pedneaud-Jobin. Elle a parlé d’une « journée sombre pour la démocratie à Gatineau ». Elle a accusé le maire d’avoir « détourné le rôle de la Vérificatrice générale pour en faire un instrument politique pour minier la crédibilité » de l’Ombudsman. Elle s’est finalement dissociée « totalement » et « avec force » du rapport de la VG.

« C’est clair que ça donne une situation désagréable, mais la meilleure façon de protéger les institutions c’est de reconnaître quand il y a des failles et de les corriger », a rétorqué le maire Pedneaud-Jobin, cette semaine. Des failles ont été identifiées. Les Gatinois sont maintenant en droit de s’attendre à ce que les corrections soient faites pour que la crédibilité de leurs institutions soit protégée. Alors voilà pour la petite boule de papier de la confiance envers les institutions. Elle est bien chiffonnée et en attente d’être dépliée.