Dans un conte de fées, l'aréna Guertin serait un peu comme le dragon qui vient mettre le feu au village et qui retourne dans sa grotte.

La bête

ANALYSE / Tout près de 500 articles ont été écrits sur Guertin par les reporters du Droit affectés aux affaires municipales gatinoises depuis les douze dernières années. C'est pratiquement un article par semaine. En voilà un de plus. Le septième sur le dossier depuis mercredi.
Aucun autre sujet ne lui arrive à la cheville en matière de couverture médiatique municipale dans la dernière décennie. Pas même le Rapibus. 
Les politiciens qui se succèdent depuis trois mandats à la table du conseil ont su rivaliser d'adresse, et parfois de maladresse pour nourrir la bête. Ils l'ont d'ailleurs tellement nourrie depuis qu'elle est née, en 2005, qu'elle est devenue gigantesque et parfois carrément incontrôlable.
Le dragon
Dans un conte de fées, Guertin serait un peu comme le dragon qui vient mettre le feu au village et qui retourne dans sa grotte. S'il y avait des journalistes dans les contes de fées, ils couvriraient l'événement. Ils chercheraient à savoir à quel moment le dragon pourrait revenir. Ils porteraient attention à ce qui se raconte à son sujet et ils en informeraient les villageois. Au château, les notables s'obstineraient sur le plan à mettre de l'avant pour l'empêcher de faire des ravages.
Mais Gatineau n'évolue pas dans un conte de fées. La bête qui met le feu au village depuis douze ans n'est pas un dragon qui crache du feu. C'est un simple projet d'aréna de 4000 places qui s'est transformé en une bête politique et médiatique. Elle en a fait voir de toutes les couleurs aux Gatinois et aux deux derniers maires, Marc Bureau et Maxime Pedneaud-Jobin. 
Un partenariat-public-privé pour une rénovation, un refus de Québec, l'idée d'une construction sur la rue Wellington, un retour au lieu d'origine et finalement un plan de centre multifonctionnel. On y ajoutera une place publique et une structure vitrée qui change de couleur au gré des événements qui s'y déroulent. Tout ça au cours des deux mandats du maire Bureau. 
Maxime Pedneaud-Jobin entre en scène. Le premier appel d'offres est rejeté. Il balance tout le dossier à l'Unité permanente anticorruption et convoque une conférence de presse pour en aviser tout le monde. Plusieurs entrepreneurs généraux de la région ne lui ont toujours pas pardonné. Changement de stratégie, même résultat. Le deuxième appel d'offres est rejeté.
Tout balance
C'est précisément à ce moment-là, le 2 juin 2015, que tout balance. Seuls les conseillers Denis Tassé, Sylvie Goneau et Denise Laferrière votent en faveur de la construction d'un centre multifonctionnel de 75 millions $ au centre-ville. On les a d'ailleurs tous retrouvés cette semaine en commission parlementaire pour tenter de convaincre l'Assemblée nationale de ne pas adopter le projet de loi privé 227 qui permettrait à Gatineau d'officialiser l'entente sans appel d'offres intervenue avec Vision Multisports Outaouais. 
Mme Goneau est aujourd'hui candidate à la mairie. M. Tassé aussi, même s'il continue à vouloir faire durer un suspense qui n'existe plus depuis des semaines quant à son avenir politique. C'est d'ailleurs à la suite de ce vote que M. Tassé a exprimé pour la première fois son ambition pour la mairie. 
C'est cette même journée du 2 juin 2015 que survient aussi l'un des votes les plus importants du mandat, remporté par le maire à 10 contre 9. 
Le respect du libellé de cette résolution a depuis fait l'objet de bien des critiques de la part des adversaires du maire.
Toujours est-il que ce jour-là, le maire Pedneaud-Jobin déclare que le privé doit prendre la relève dans le dossier, que Gatineau ne sera pas propriétaire du futur aréna et qu'il ne sera pas construit sur le site actuel. Il ajoute vouloir « changer le modèle » actuellement en place dans les villes qui hébergent un club de la LHJMQ et dit vouloir convaincre Québec de lui permettre d'utiliser la subvention de 26,5 millions $ pour réaliser une partie du plan de redéploiement des arénas communautaires. 
Les récriminations quant à la transparence du processus mis en place par le maire ont été nombreuses et virulentes cette semaine, mais elles n'ont pas ému les députés en commission parlementaire sur l'aménagement du territoire. 
Au contraire. Mercredi soir, ces derniers ont salué le caractère novateur du projet de 104 millions $ présenté par la Ville de Gatineau. Certains y ont même vu un modèle exportable à la grandeur de la province.
La veille, la Ville dévoilait son plan pour les arénas communautaires. Gatineau compte démolir tous ses arénas, sauf les deux à Aylmer, et transférer tout ça à l'entreprise privée qui sera invitée à construire des complexes multiglace à l'Est et à l'Ouest. La Ville se contentera d'acheter des heures de glaces.  
La bête est sur le point d'être vaincue... à moins qu'environ 14 000 villageois décident de faire durer le suspense en allant signer le registre qui déclencherait un processus référendaire. Attendons voir un peu. Chaque fois qu'on la pensait sur le point d'abdiquer, la bête est revenue, plus forte que la fois précédente.