L'eau commence à se retirer à Gatineau, mais le combat des sinistrés n'est pas terminé.

La bataille continue

Martine Constantineau a quitté sa maison de la rue Adélard pour la première fois en une semaine, mardi en matinée, question d'aller voir ses enfants évacués et de récupérer son courrier. Le plan de match était clair dans sa tête. « On retourne après pour continuer la bataille. »
C'est une femme aux traits tirés qui a mis le pied sur le sol de la rue Saint-Louis, en débarquant d'une chaloupe, pour aller étreindre des proches.
Malgré l'épuisement, Mme  Constantineau ne veut pas laisser sa demeure entre les mains de Dame nature. « C'est notre maison, a-t-elle soupiré. Pour les enfants, c'est important. Les enfants sont évacués depuis mardi passé, ils sont avec les grands-parents, donc c'est eux autres qui nous donnent la force de continuer. On sait qu'ils sont bien, et nous, on se bat pour notre maison, nos biens. [...] On a peut-être un pouce d'eau dans le sous-sol, mais on se relaye jour et nuit. [...] Si je laisse tomber en ce moment, je peux perdre mon sous-sol, mes biens. Ce n'est pas un choix. Pas après tous ces efforts-là. » 
Au coin des rues Saint-Louis et Moreau, on pouvait bien voir, mardi matin, que l'eau se retirait tranquillement. Des débris laissés par la crue jonchaient la chaussée sur quelques mètres. La voiture coincée à l'angle des rues Saint-Louis et René, devenue un point de repère visuel du niveau de l'eau dans Pointe-Gatineau, a vu une partie de son pare-brise émerger. La veille, on ne voyait qu'une infime partie de son toit.
Dans l'est du secteur Gatineau, Hélène Lafrance et Paul Bourboin sortaient en chaloupe par la rue Campeau pour aller faire des commissions, mardi avant-midi. Leur maison du boulevard Hurtubise tient le coup. « On vient à bout de pomper », ont-ils dit. Les dommages sont tout de même grands. « Le garage est fini, la remise aussi, et la piscine, se désolait Mme Lafrance. On a pour des milliers de dollars d'outils perdus. [...] Mais ce matin, on avait une petite lueur d'espoir en voyant l'eau baisser. »
Lui aussi résident du boulevard Hurtubise, Michael McCann se tenait sur la rue Campeau, là où la rivière urbaine commençait. Évacué depuis une semaine avec sa conjointe, il dit obtenir un « excellent service » de la Croix-Rouge. Pour celui dont la résidence avait pu rester au sec lors des inondations de 1974, les pertes seront grandes, cette fois. « Il y a trois pieds d'eau sur le plancher du rez-de-chaussée, a-t-il indiqué. On a deux unités murales, des planchers, des murs à refaire. Je ne pense pas pouvoir retourner à la maison avant deux ou trois mois. »