Pour la première fois de son existence, la Ville de Gatineau s’apprête à reconnaître officiellement qu’elle a des responsabilités en matière d’itinérance.
Pour la première fois de son existence, la Ville de Gatineau s’apprête à reconnaître officiellement qu’elle a des responsabilités en matière d’itinérance.

Itinérance: fin du débat « on s’en mêle ou on s’en mêle pas » à Gatineau

Ce n’est pas d’hier que les intervenants en itinérance prônent une meilleure cohésion et davantage de coordination dans les actions sur le terrain à Gatineau. Le réseau de la santé, les organismes communautaires, la Ville de Gatineau, les centres d’hébergement et les travailleurs de rues chantent tous la même chanson depuis des années, mais sans jamais avoir encore trouvé la bonne note. Les choses sont peut-être sur le point de changer.

Pour la première fois de son existence, la Ville de Gatineau s’apprête à reconnaître officiellement qu’elle a des responsabilités en matière d’itinérance. La chose peut paraître anodine, mais il n’en est rien quand on sait à quel point le terrain du partage des responsabilités entre Québec et les villes est glissant. Le maire Maxime Pedneaud-Jobin parle même d’un « moment historique » pour Gatineau qui est sur le point de se doter d’un plan d’action de 689 000 $ sur trois ans pour faire face à ses responsabilités. La présentation a été faite jeudi matin, lors de la commission Gatineau, ville en santé. Le plan devra cependant être adopté par le conseil municipal avant d’être mis en application.

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« L’objectif était de clarifier les rôles, explique M. Pedneaud-Jobin. On a eu la capacité de se sortir de ce débat du on s’en mêle ou on s’en mêle pas. Les villes évoluent. Notre vision du rôle de Gatineau évolue. Au lieu de demeurer dans une dynamique où on se retient de se mettre le bras dans le tordeur d’un domaine qui n’est pas le nôtre, on décide de reconnaître notre rôle et de le définir. Pour moi, c’est un marqueur important. On met de l’ordre dans notre maison, on accepte qu’on a un rôle à jouer et on le formalise. »

«Évidemment, le joueur principal en itinérance ça restera Québec», précise le maire de Gatineau. « Mais la réalité, c’est lorsqu’il y a un problème en itinérance, c’est mon téléphone qui sonne, c’est celui de la Ville, s’empresse-t-il d’ajouter. Quand la vie dans un quartier devient plus difficile, c’est la Ville qui doit intervenir. »

En s’engageant ainsi dans la clarté de son action, Gatineau sait qu’elle va créer des attentes, mais ce sera réciproque. Le maire Pedneaud-Jobin ne lâche d’ailleurs pas d’une semelle le fédéral et le provincial afin qu’ils signent l’entente sur le logement. Son ton change dès qu’il aborde ce sujet. Il ne dissimule plus son exaspération dans ce dossier.


« Lorsqu’il y a un problème en itinérance, c’est mon téléphone qui sonne, c’est celui de la Ville. »
Maxime Pedneaud-Jobin

Ce n’est pas tout de construire des logements, ajoute-t-il. Les besoins en soutien communautaire en logement sont criants dans la région. « Un enjeu majeur », dit le maire. Tout le milieu, la Ville et le CISSSO compris, demande depuis un an à Québec d’ajouter des fonds. « Ce n’est absolument pas notre responsabilité ça, dit M. Pedneaud-Jobin. Zéro. Sauf que si on n’a pas ça, on ne règle pas les problèmes de l’itinérance. »

Organisateur communautaire au Collectif régional de lutte à l’itinérance de l’Outaouais (CRIO), Alexandre Deschênes, préfère rester sur ses gardes avant de crier victoire. Il dit cependant percevoir un « momentum » qui pourrait mener à une plus grande collaboration entre les acteurs institutionnels et les organismes communautaires. Il déplore toutefois que les organismes, ceux qui sont en première ligne, n’aient toujours pas de pouvoir décisionnel. « On a été consultés cette fois, c’est une avancée, mais ensuite, on ne décide rien, dit-il. Avant de s’emballer, on va attendre que des projets lèvent de terre. »

M. Deschênes reconnaît toutefois que la crise sanitaire et le feu au Gîte ami, cet hiver, ont forcé des collaborations qui n’étaient au départ pas nécessairement naturelles entre les organismes, la ville et le réseau de la santé. « On peut avoir des désaccords avec la Ville, il y en a eu récemment [démantèlement du campement], mais quand le feu a pris au Gîte, la Ville a répondu présente immédiatement », rappelle-t-il.