Manifestation pour l'accès au logement à Gatineau.
Manifestation pour l'accès au logement à Gatineau.

Itinérance et crise du logement : le secteur communautaire appelle à l’action

Incendie au Gîte Ami, crise du logement, pandémie, campings démantelés à répétition : l’année 2020 n’a pas été tendre envers les sans-abri et les mal-logés de Gatineau. Et à la veille du 1er juillet, l’inaction des différents paliers gouvernementaux se fait sentir, ont dénoncé divers acteurs du secteur communautaire, mardi, lors d’une manifestation dans le centre-ville de Hull.

« So-so-so, société malade! »

Ils étaient une cinquantaine, mardi après-midi, à crier des slogans, à lever le poing, et à planter des tentes devant l’édifice Jos-Montferrand, dans le centre-ville de Gatineau. Pendant un moment, l’accès à l’immeuble situé coin Laurier et de l’Hôtel-de-Ville a été bloqué – empêchant du même coup les prestataires de l’aide sociale d’aller chercher leur chèque mensuel, au neuvième étage du même édifice. Alexandre Deschênes, organisateur communautaire du Collectif régional de lutte à l'itinérance en Outaouais (CRIO), bouillait déjà. La nouvelle a fait sauter la soupape. « Encore une autre injustice! »

Depuis l’incendie au Gîte Ami, le 31 décembre dernier, les usagers du centre d’hébergement temporaire ont été contraints de se déplacer d’un centre communautaire à l’autre – ou de ranger leurs tentes à répétition, étant donné les démantèlements du camping autour du ruisseau de la Brasserie. La cerise sur le gâteau : l’aréna Robert-Guertin, qui héberge actuellement jusqu’à une soixantaine de sans-abri, cessera de les recevoir au plus tard à la fin juillet, deux mois après leur avoir ouvert ses portes. « Ça va être la sixième fois qu’ils vont changer d’endroit, déplore Alexandre Deschênes. Quand on dit que tout le monde a un besoin de stabilité, eux n’échappent pas à cette règle-là, et ils n’en ont pas. »

Aucun autre site n’a encore été choisi pour remplacer l’aréna. Le Gîte Ami affiche complet. Mardi après-midi, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) a indiqué par communiqué qu’« un comité de relocalisation a été mis en place afin de rapidement trouver un emplacement alternatif. »

Alexandre Deschênes, organisateur communautaire du Collectif régional de lutte à l'itinérance en Outaouais (CRIO).

À côté de la manifestation, le CRIO a adressé une série de demandes à la Ville et au premier ministre du Québec, François Legault. Du lot, le collectif réclame de Québec un moratoire sur les démantèlements à Gatineau et la relocalisation des personnes vulnérables à la COVID dans des hébergements où la distanciation physique peut être observée plus facilement, comme des résidences étudiantes vidées pour l’été.

Gatineau compte une population itinérante « visible » d’environ 150 individus. En ce qui concerne les personnes en situation d’itinérance « cachée », ou dans des logements de dépannage, Alexandre Deschênes la situe à une soixantaine de ménages. À Gatineau, 1,8% des logements sont disponibles et le coût moyen du parc locatif a augmenté de 4,5% cette année - la hausse la plus importante en 15 ans, observe le CRIO. « Oui, on a une certaine atténuation de la crise du logement avec le coronavirus, dans le sens que les gens bougent moins, tempère l’organisateur communautaire. Mais d’année en année, il y a une augmentation des personnes en situation d’itinérance et de précarité. »

La Régie du logement occupée

Quatre étages plus haut, toujours dans l’édifice Jos Montferrand, cinq manifestants se préparaient à une longue veillée. Dans le centre de services de la Régie du logement du Québec, les cinq s’étaient enchaînés à des chaises dans la salle d’attente, décidés à y rester. Poliment, une employée est venue leur demander de prendre rendez-vous en ligne. Erreur : ils comptaient y rester « aussi longtemps qu’on n’aura pas un rendez-vous avec la ministre » des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest.

Des manifestants ont occupé les bureaux de la Régie du logement à Gatineau pour obtenir un rendez-vous avec la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation.

Après le passage du Droit, la sécurité a contraint les manifestants de quitter. Les organismes du CRIO comptent continuer d’essayer de rencontrer Mme Laforest.

Mardi, la ministre a tweeté que le 1er juillet, « personne ne sera à la rue ». « C’est une aberration totale, s’indigne Pierre-Luc Baulne, de l’Association pour la défense des droits sociaux. Ça fait des années qu’il y a cette problématique-là à Gatineau. Il va falloir qu’on l’aborde et qu’on trouve des solutions durables. »