Les représentants de la Soupe populaire de Hull, du Gîte ami, du Bureau régional d’action SIDA (BRAS), du Collectif régional de lutte à l’itinérance de l’Outaouais (CRIO) et du Centre d’intervention et prévention et toxicomanie de l’Outaouais (CIPTO) ont dénoncé la situation lors d'un point de presse mardi.
Les représentants de la Soupe populaire de Hull, du Gîte ami, du Bureau régional d’action SIDA (BRAS), du Collectif régional de lutte à l’itinérance de l’Outaouais (CRIO) et du Centre d’intervention et prévention et toxicomanie de l’Outaouais (CIPTO) ont dénoncé la situation lors d'un point de presse mardi.

Itinérance à Gatineau: les organismes insultés lèvent le ton [VIDÉO]

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Les organismes en itinérance de Gatineau en ont assez. L’offre de la Ville de Gatineau d’aménager une halte-chaleur pour l’hiver dans une petite entrée derrière l’aréna Guertin est jugée carrément insultante et inadéquate par les intervenants sur le terrain. De son côté, la Ville précise que l’offre est à prendre ou à laisser. C’est donc un retour à la case départ dans ce dossier.

«Le temps n’est plus aux discussions, aux rencontres de concertation et aux réunions, réveillez-vous les autorités, a lancé le directeur général de la Soupe populaire de Hull, Michel Kasongo. Ce n’est plus le temps des games et des discours pour savoir de qui relève quoi. On est tanné, on ne veut plus entendre ça. On veut des actions concrètes maintenant. On parle encore aujourd’hui de choses qui devaient se faire hier. Nous dénonçons avec fermeté la rapidité des discours, mais la lenteur des actions.»

La Soupe populaire, le Gîte Ami, le Bureau régional d’action SIDA (BRAS), le Collectif régional de lutte à l’itinérance de l’Outaouais (CRIO) et le Centre d’intervention et de prévention et toxicomanie de l’Outaouais (CIPTO) ont uni leur voix, mardi matin, pour exiger que les élus fédéraux, provinciaux et municipaux cessent de se renvoyer la balle sur leurs champs de compétence. Près d’une dizaine de personnes auraient été forcées de dormir dehors ce week-end en raison du manque de places en hébergement d’urgence. 

«Le vase déborde»

Les organismes communautaires demandent depuis septembre aux autorités d’aménager une halte-chaleur afin de permettre aux itinérants qui n’ont pas de place en hébergement d’urgence d’avoir au moins un endroit pour demeurer au chaud. «On pensait avoir une lueur d’espoir, mais finalement on se fait mettre dans un garde-robe, lance Yves Séguin, directeur du CIPTO. Là, le vase déborde. On est découragé. On ne sait plus quoi faire.»

La présidente de la commission Gatineau, ville en santé, Renée Amyot, a expliqué que les services municipaux ont étudié quatre installations appartenant à la Ville qui auraient pu accueillir la halte-chaleur demandée par les organismes.

«Nous n’avons pas pu trouver de local, donc nous avons identifié cet endroit [derrière l’aréna Guertin] qui, nous en convenons, n’est pas parfait, a-t-elle indiqué. Si les groupes communautaires l’avaient accepté, on l’aurait aménagé pour qu’il soit acceptable afin de recevoir de 15 à 20 personnes, mais ils rejettent ce scénario. Ça nous aurait permis d’ouvrir la halte-chaleur au début du mois de décembre. Pour l’instant, nous sommes de retour à la case départ.» 


« Là, on nous offre une entrée et un petit corridor, dit-elle. C’est inadapté. Si une personne a des symptômes de la COVID, elle devra être isolée juste à côté, dans un tout petit local. Moi je ne passerais pas la nuit là-dedans. »
Lise Paradis, directrice générale du Gîte ami

Face à ce refus des groupes communautaires et à l’incapacité de la Ville de fournir un local assez grand respectant les critères exigés, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) vient de se tourner vers le privé afin de trouver un local qui pourrait répondre à la demande. Les analyses seraient en cours. 

La directrice générale du Gîte Ami, Lise Paradis, a rappelé qu’il est important d’offrir une halte-chaleur qui permettra de respecter les règles de distanciation physique ainsi que les besoins de sécurité des usagers et des travailleurs sur place. «Là, on nous offre une entrée et un petit corridor, dit-elle. C’est inadapté. Si une personne a des symptômes de la COVID, elle devra être isolée juste à côté, dans un tout petit local. Moi, je ne passerais pas la nuit là-dedans.»

Mme Amyot a rétorqué que selon le CISSSO, le lieu proposé par la Ville permettait de respecter les directives de distanciation sociale. 

Le directeur général de la Soupe populaire de Hull, Michel Kasongo.

«Je ne peux pas croire que la Ville de Gatineau n’est pas en mesure d’offrir mieux que ça avec toutes les infrastructures qu’on a ici», a insisté M. Séguin. 

L’utilisation du centre communautaire du parc Fontaine a été évaluée, mais la Ville refuserait de le mettre à la disposition des itinérants. «La Ville dit qu’il y a un enjeu de cohabitation en raison de la patinoire et de l’école à proximité, note M. Séguin. La Ville dit aussi qu’elle ne veut pas revivre ce qu’elle a vécu au printemps dans le quartier Fournier avec l’utilisation du Centre Père-Arthur-Guertin. Mais il doit bien y avoir d’autres endroits. Pourquoi pas la Fonderie, ou la Maison du citoyen?»

Les intervenants ont aussi continué de dénoncer le manque de places en hébergement d’urgence. Près d’une dizaine de personnes ont dû être refusées à la porte de l’aréna Guertin en fin de semaine en raison d’un manque de places. «On est la quatrième ville au Québec, rien ne devrait être impossible avec de la mobilisation, a ajouté M. Kasongo. Il ne revient pas au communautaire de répondre aux besoins fondamentaux de la population. On a des élus à tous les niveaux qui sont en place pour ça. Qu’ils arrêtent d’attendre des miracles du communautaire, on n’a plus la capacité de faire de la magie.»