Maxime Pedneaud-Jobin, qui rappelle que le conseil municipal a adopté la semaine dernière une résolution pour demander à Québec de « retarder l'implantation du décret dans sa forme actuelle », craint entre autres que « des centaines de résidents » doivent quitter leur demeure « sans avoir les moyens d'assumer les coûts d'un nouveau domicile ».

Inondations : Gatineau ne veut pas gérer «maison par maison»

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, souhaite que la Ville n'ait pas à se soumettre au décret gouvernemental sur la reconstruction dans les zones inondables, afin de pouvoir gérer les demandes en fonction des communautés, et non « maison par maison ».
Dans une lettre adressée au ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, et à son collègue de l'Environnement, David Heurtel, le maire Pedneaud-Jobin note que la réponse du gouvernement sur la possibilité de reconstruire certaines résidences ayant subi de graves dommages lors des inondations du printemps ne « semble pas acceptable ». Le décret prévoit une interdiction de reconstruction dans les zones à risque d'inondation de récurrence 0-20 ans, si les travaux nécessaires représentent de 50 à 65 % de la valeur de la propriété.
Le maire, qui rappelle que le conseil municipal a adopté la semaine dernière une résolution pour demander à Québec de « retarder l'implantation du décret dans sa forme actuelle », craint entre autres que « des centaines de résidents » doivent quitter leur demeure « sans avoir les moyens d'assumer les coûts d'un nouveau domicile ». D'autres pourraient rester, souligne-t-il, « mais à leurs risques et périls, car l'aide financière ne couvre pas les coûts pour indemniser leurs propriétés, et ils ne pourraient évidemment pas bénéficier d'une aide lors d'une prochaine inondation ».
Maxime Pedneaud-Jobin écrit que la proposition gouvernementale actuellement sur la table « conduirait à la disparition de quartiers, à petit feu, au gré des prochaines inondations », ce qui signifie que « les résidents qui pourront rester se retrouveront dans des communautés ressemblant à des fromages gruyères ».
Le maire a expliqué en entrevue que la solution passe donc, selon lui, par la mise en place d'un « plan de gestion des plaines inondables » afin d'immuniser des terrains pour les faire sortir de la zone à risque d'inondation de récurrence 0-20 ans. M. Pedneaud-Jobin précise d'ailleurs que les secteurs pouvant être protégés de la sorte sont déjà identifiés par la Ville et ont été approuvés par Québec.
Selon les estimations actuelles, Gatineau pense que les maisons qui ne pourront pas être reconstruites en vertu du décret se comptent « en centaines ». « Je ne suis pas convaincu que ce que le gouvernement propose actuellement, c'est ce qui va nous coûter le moins cher à long terme », croit Maxime Pedneaud-Jobin.
« On veut atteindre les mêmes objectifs, on veut arrêter de payer et on veut que les gens ne soient plus menacés par les inondations, mais la solution qu'on propose, on pense qu'elle est plus intelligente parce qu'elle y va par communauté plutôt que d'y aller maison par maison », ajoute le maire, qui rappelle d'ailleurs dans sa lettre que le gouvernement a « toujours assuré que la réparation et la reconstruction se feraient en tenant compte des communautés dans leur ensemble et des drames humains qui ont été vécus et qui se vivent encore » à Gatineau.
Deux mois après le début de la décrue, quelque 170 familles gatinoises demeurent prises en charge par la Croix-Rouge, a fait savoir le maire, qui dit constater « de l'exaspération, de la détresse psychologique et une impatience extrême » chez les sinistrés.