Inondations: des correctifs avant les vrais et coûteux changements

La Ville de Gatineau apporte les correctifs qu’elle peut pour mieux contrer une éventuelle crue des eaux catastrophique comme celle du printemps dernier. Elle veut encadrer la force bénévole sur le terrain, elle fait des réserves de sacs de sable et formera ses citoyens, mais les vrais changements à faire, ceux qui pourraient avoir des impacts financiers considérables, ne sont pas encore déterminés.

Dix centimètres d’eau de plus, en mai dernier, et Gatineau perdait son usine d’épuration des eaux usées qui dessert tout l’est de la Ville. L’incident environnemental et de santé publique a été évité. La Ville avait installé d’urgence trois pompes pour parer au pire. Le talus entourant l’usine avait aussi été rehaussé au cours des deux dernières années.

« L’usine est aux normes actuelles, mais l’enjeu qu’on a, et nous en avons discuté lors du forum sur les inondations organisé par le gouvernement du Québec, c’est : est-ce que, dans le cadre des changements climatiques, ces normes-là doivent changer? a précisé le maire Maxime Pedneaud-Jobin. Ça concerne l’ensemble des infrastructures municipales et gouvernementales. »

La discussion dépasse évidemment les strictes compétences municipales de Gatineau. Les normes permettant de s’adapter aux réalités des changements climatiques viendront de Québec et d’Ottawa. Respecter ces futures normes pourrait coûter des milliards de dollars. 

« Des experts européens sont venus nous voir l’an passé, lors du forum organisé par le ministre David Heurtel, et ils disaient qu’il y a toute une série de normes pour différents types d’infrastructures qui ne sont plus adéquates dans le monde d’aujourd’hui, a affirmé le maire Pedneaud-Jobin. Si toutes les canalisations doivent être changées, à la grandeur de la ville, ça coûtera très cher. Si toutes nos infrastructures doivent être protégées différemment, ça va coûter des milliards de dollars. Il reviendra aux gouvernements de déterminer les normes et les priorités. » 

Immunisation

L’inondation du printemps dernier a aussi soulevé la question de l’immunisation des quartiers les plus à risque. Toute construction a été interdite dans les zones inondées pour une période de 18 mois. La Ville réfléchit en ce moment à comment s’y prendre pour le faire et aux conséquences de ne pas le faire. « On n’est pas encore rendu là, a noté le maire. La réflexion va se faire au cours des deux prochaines années. »

Sacs de sable

L’administration municipale a rapidement compris, l’an passé, qu’elle n’avait pas suffisamment de sacs de sable en stock pour intervenir rapidement et convenablement. Cette année, 180 000 sacs de sable prêts à être remplis sont en réserve de la république. Ça représente le tiers de tout ce qui a été livré sur le terrain, le printemps dernier.  

Pillage

Les inquiétudes des citoyens concernant la sécurité de leurs biens, pendant les évacuations, étaient bien réelles, a noté le maire Pedneaud-Jobin. Elles ont d’ailleurs peut-être été exacerbées par certains médias et intervenants qui ont diffusé des informations inexactes. « C’était d’abord un enjeu de communication, a admis M. Pedneaud-Jobin. Dans les faits, il y avait des inquiétudes, mais à peu près rien n’a été rapporté au 911. On avait des policiers qui faisaient de la circulation routière ailleurs. Ça démontre qu’on avait encore beaucoup de marge de manœuvre. Si on avait senti que les citoyens ou leurs biens avaient été en danger à certains endroits, on aurait fait du redéploiement. La menace de pillage n’a jamais été validée sur le terrain. Il n’y a pas de changement à faire à ce niveau-là, si ce n’est qu’on sait que certains véhicules sont plus efficaces que d’autres pour circuler. »

Cartographie

Gatineau a reçu 2,8 millions $ du gouvernement du Québec pour refaire la cartographie des zones inondables pour tout le sud de la région de l’Outaouais. Le maire souhaite que ce nouvel outil aille jusqu’à l’évaluation de la vulnérabilité édifice par édifice. « En plus de pouvoir réaliser des simulations plus pointues, on pourra agir en priorité dans les édifices les plus vulnérables s’il y a des gens à évacuer. »