Plusieurs citoyens sont frustrés contre la Ville et sa gestion des inondations.

Inondations: « on ne peut plus continuer comme ça »

Décidément, le mois de juillet nous en aura fait voir de toutes les couleurs. Après la sécheresse, voilà que des pluies diluviennes se sont abattues sur la région dans les dernières heures. Conséquence : des refoulements d’égout et plusieurs sous-sols inondés, au grand dam de nombreux citoyens, qui en ont gros sur le cœur entre autres contre la Ville de Gatineau.

Assise sur le balcon de sa résidence du chemin de Chambord lors du passage du Droit, Josée McGovern fait partie de ceux-là.

C’est la cinquième fois en quelques années que sa demeure subit un tel sort.

La dernière, comme plusieurs autres citoyens, c’était le 30 octobre dernier, lors d’un autre épisode très pluvieux. Mais cette fois, dit-elle, c’est la goutte qui fait déborder le vase.

« J’ai appelé directement au bureau du maire. J’ai dit à son équipe qu’il aurait intérêt à regarder les nouvelles s’il veut bien comprendre. La source du problème, c’est le bassin (de rétention) l’autre côté de la rue Sainte-Monique, qui ne fournit pas. L’été dernier, la Ville pensait nous aider en creusant des fossés le long de la rue, mais ça n’a absolument rien changé, c’est une dépense inutile. Tout le monde connaît le vrai problème mais la Ville ferme les yeux et continue de hausser nos taxes », rage-t-elle.

Découragée, Mme McGovern soutient avoir investi dans les derniers mois 32 000 $ dans sa maison à la suite des derniers événements. Elle a entre autres fait installer un clapet et une membrane autour de sa demeure.

« Les assurances me coûtent 300 $ par mois, mais ce n’est pas de ma faute, dans le fond. Je suis une citoyenne responsable mais la Ville ne fait pas son travail. C’est rendu qu’aussitôt qu’il pleut un peu, je deviens très anxieuse, ça n’a pas de sens », lâche-t-elle.

Sur la rue Mistassini, Chantal Meilleur en a également ras-le-bol, elle dont le plancher en vinyle résistant à l’eau lui a coûté 20 000 $ dans le sous-sol.

« J’ai tout arraché il y a deux ans et là ça fait trois fois qu’on inonde depuis qu’on a posé le plancher. C’est dégueulasse, il y a quand même de l’eau partout. On est tellement tannés qu’on veut juste mettre une pancarte à vendre et partir. Ce sont de belles propriétés et de beaux terrains, mais on en est rendu à ce point-là. Depuis qu’ils ont refait la route (Chambord), c’est pire. Je ne comprends pas pourquoi la Ville n’intervient pas », lance celle qui réside à cet endroit depuis 2000.

Frustré, l’un de ses voisins, Steve Boulanger, pointe lui aussi du doigt les instances municipales.

« Les infrastructures n’ont pas été améliorées même si les maisons ont poussé comme des champignons alors là le bassin et les égouts ne sont plus capables de supporter une telle quantité d’eau. Ça refoule par les toilettes, les douches, etc. Une chance que les voisins s’entraident. Et la Ville n’est jamais responsable quand on les appelle, c’est frustrant. On ne peut plus continuer comme ça », affirme le Gatinois.

L'accumulation d'eau a rendu la circulation difficile tout au long de la journée.

Routes fermées
L’accumulation d’eau à de nombreux endroits a forcé la fermeture mercredi de nombreux tronçons routiers pendant plusieurs heures, dont les boulevards Maloney et Saint-René Est, forçant automobilistes et autobus de la STO à faire un détour via la rue Notre-Dame, entre autres. Dans l’ouest, une portion du chemin Vanier a aussi dû être fermée. Des crevasses se sont également formées sur les autoroutes 5 et 50.

La liste des rues où on a dénoté des inondations était longue. Au nombre de celles-ci, notons les rues Thérèse, Myre, Laperrière, Marlène-Goyet et Benoit, sans compter le boulevard Hurtubise, durement affecté par les inondations historiques de mai 2017.

Ailleurs en Outaouais, Cantley n’a pas été épargnée alors qu’une quinzaine de rues étaient submergées et inaccessibles.

Des sacs de sable ont été mis à la disposition des citoyens.

Le téléphone n’a pas dérougi au Centre d’appel non urgent de la Ville de Gatineau, qui en l’espace de quelques heures à peine mercredi matin a enregistré 282 requêtes.

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Les dégâts dans différents quartiers de Gatineau ont forcé la fermeture de plusieurs rues.

LE 25 JUILLET LE PLUS PLUVIEUX DE L'HISTOIRE

Avec les 130 mm de pluie tombés à l’aéroport d’Ottawa depuis dimanche, soit 13 fois plus que ce qui avait été reçu au cours des 21 premiers jours de juillet, marqués par la chaleur et le soleil, le gazon jaune risque de passer au vert si ce n’est déjà fait dans la région. 

Il y a 13 ans qu’on n’avait pas vu une séquence de quatre jours aussi pluvieuse que celle enregistrée du 22 au 25 juillet. 

En l’espace de 12 heures, mercredi, 60 mm sont tombés sur la capitale nationale, indique le météorologue à Environnement Canada, Steve Boily. 

Pire encore, la station du centre-ville d’Ottawa a dénoté une accumulation de 85 mm durant ce laps de temps. 

Il s’agirait du 25 juillet le plus pluvieux depuis que les données sont compilées, en 1872. Le record pour cette date remonte à 1969 (41 mm). 

Le record historique pour une seule journée de juillet la plus mouillée remonte à 1967 alors que 70 mm s’étaient abattus sur Ottawa.

 Le climat s’est véritablement emballé dans la capitale, car côté mercure, le 24 juillet 2018 aura été la journée avec le minimum le plus élevé en 57 ans avec 21,6 degrés Celsius. 

M. Boily indique qu’on verra la lumière au bout du tunnel dès jeudi alors que le soleil réapparaîtra en alternance avec les nuages pour au moins cinq jours. Les températures seront près ou légèrement sous les normales. 


Avec Louis-Denis Ebacher, Le Droit