Un tronçon de l’autoroute 50 a été fermé lors des inondations du printemps dernier. Selon le maire de Gatineau, la direction régionale du ministère des Transports a été prévenue 48 heures à l’avance, mais rien n’a été fait pour prévenir l’inondation cette artère routière majeure.

Inondation de la 50: Le MTQ était informé

La Ville de Gatineau a prévenu le ministère des Transports du Québec (MTQ) plus de 48 heures à l’avance, en mai dernier, qu’une section névralgique de l’autoroute 50 risquait fort d’être inondée. Mais la direction régionale n’a pas cru bon de réagir. On connaît tous la suite : la ville a été paralysée durant deux jours.

C’est ce qu’a laissé entendre le maire Maxime Pedneaud-Jobin mardi à Québec lors d’une rencontre visant à dresser le bilan des inondations historiques qui ont affecté la province au printemps dernier. Il faisait allusion à la fermeture de l’autoroute en direction ouest entre la bretelle du boulevard de la Gappe et la rue Montcalm, où circulent plus de 50 000 véhicules par jour. 

« On les a averti, on a des outils géomatiques qui nous permettaient d’estimer où se dirigerait l’eau dépendant de l’augmentation des niveaux. On savait que ce tronçon était à risque, alors on les a interpellés afin que des mesures soient prises. C’est clair que le MTQ n’avait pas anticipé ce risque-là. Ce qu’on a perçu, c’est que le niveau de préparation n’était pas adéquat », a lancé le maire de Gatineau lors d’un entretien avec Le Droit en fin de journée. 

L’inondation sur l’autoroute avait, rappelons-le, forcé de nombreux bureaux gouvernementaux, édifices municipaux et écoles à fermer leurs portes durant deux jours, le temps que la situation se résorbe et afin de limiter les déplacements. La chaussée de l’autoroute  avait dû être rehaussée avec du sable, à la hauteur du pont des Draveurs.

M. Pedneaud-Jobin affirme que s’il n’a pas abordé ce sujet plus tôt, c’est que l’heure n’était pas au bilan comme actuellement. 

« Durant la crise, ce n’était pas le temps de se lancer des roches. Nous, on a exprimé clairement au moment des événements que la réaction aurait pu être plus rapide, sachant qu’on leur apprend un risque le jeudi et que les travaux ne commencent que le lundi. [...] Le message que je voulais passer, c’est que si les villes doivent faire des changements, les gouvernements aussi. Et l’un d’eux, c’est de mieux se préparer à de telles situations. Aujourd’hui, c’était le bilan, le genre d’occasion où on a la capacité de se parler franchement », soutient-il. 

À titre de comparaison, le maire rappelle que les autorités municipales étaient inquiètes pendant plusieurs jours du sort de l’usine de traitement des eaux usées, située sur la rue Notre-Dame, le long de la rivière des Outaouais. Il affirme qu’en raison de la montée des eaux, la Ville « était à 25 cm de perdre son usine », un scénario qui se serait avéré un cas de santé publique majeur, selon lui. 


« On savait que ce tronçon était à risque, alors on les a interpellés afin que des mesures soient prises. C’est clair que le MTQ n’avait pas anticipé ce risque-là. »
Le maire Maxime Pedneaud-Jobin

« Disons que pour l’autoroute 50, on n’a pas senti le même niveau de stress et de préparation, surtout qu’ils avaient déjà dû fermer des bretelles d’accès avant », dit-il. 

Le ministre Fortin réagit 

Le ministre des Transports et député de Pontiac, André Fortin, avoue qu’il devra s’asseoir avec le directeur régional du MTQ et que le fil des événements devra être analysé plus en profondeur. 

« Il y a lieu de regarder exactement ce qui s’est passé, de voir à quel moment l’information a été communiquée. Je prends le commentaire du maire de façon positive, il s’est voulu constructif. Je le prends avec une oreille tendue et un esprit ouvert. Quand les municipalités nous contactent avec de l’information pertinente recueillie avec des outils technologiques avancés et qu’elles prennent le temps de parler au MTQ au sujet d’un enjeu, ce n’est pas pour rire. On a tout intérêt à écouter les villes et à prendre les mesures appropriées », indique-t-il, ajoutant toutefois que l’important est désormais de se tourner vers l’avenir.

Tirer des leçons 

La rencontre de mercredi à Québec, commandée par le ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire et ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, réunissait des dizaines d’élus et sinistrés. 

Le but ultime était de tirer des leçons des inondations et de réfléchir à une avenue qui permettrait aux autorités d’être mieux préparées à faire face à de telles crises.

La révision du programme d’aide financière, qui selon le ministre devrait être plus simple et plus souple, était au centre des discussions. 

La création d’un guichet unique et l’amélioration des communications étaient aussi au menu.

« Les réalités ne sont pas les mêmes pour toutes les municipalités, alors on va en tenir compte. Je peux d’ores et déjà vous dire que ce ne sera pas basé sur du mur à mur. C’est évident aussi qu’on va devoir développer une approche client », a commenté M. Coiteux à l’issue de l’activité. 

Plusieurs statistiques ont été présentées. On y a entre autres appris que 44 % des municipalités sondées jugent leur niveau de préparation de « pas du tout préparé » à « moyennement préparé » face aux inondations, alors que 40 % des sinistrés interrogés disent ne pas avoir eu de consignes sur une réintégration sécuritaire de leur résidence.