Le patron de l’entreprise gatinoise Hexo, Sébastien St-Louis, à son usine de production de cannabis du secteur Masson-Angers.

Hexo a «sous-estimé» l’infrastructure nécessaire

Le grand patron de l’entreprise gatinoise Hexo a expliqué, jeudi, que les produits du cannabis avaient mis du temps à atteindre les détaillants parce que les producteurs autorisés ont « sous-estimé » l’infrastructure nécessaire pour exécuter les commandes.

Les commentaires de Sébastien St-Louis interviennent après que Santé Canada ait dévoilé, plus tôt cette semaine, des données sur les ventes légales de cannabis et les chiffres sur les stocks. Selon l’agence fédérale, les ventes de cannabis séché ont diminué en janvier, pendant que les réserves des producteurs autorisés ont continué de s’accroître.

« Tous les producteurs autorisés, y compris Hexo, ont généralement sous-estimé la quantité d’infrastructures requises pour l’emballage, la logistique, les employés et l’espace requis pour vraiment traiter les commandes », a observé le chef de la direction de l’entreprise de Masson-Angers, lors d’une conférence téléphonique pour discuter de ses plus récents résultats trimestriels.

« C’est une chose de faire pousser ce produit, c’est une chose de le mettre dans des sacs géants. Mais lorsqu’il faut songer à livrer plusieurs gammes de produits individuels, ça devient assez complexe. »

Depuis que le Canada a légalisé le cannabis à des fins récréatives, en octobre dernier, de nombreux détaillants provinciaux, territoriaux et privés ont été confrontés à des pénuries de produits. Cela a incité la Société québécoise du cannabis (SQDC) à fermer ses magasins les lundis et mardis. Cette rareté a aussi été évoquée par le gouvernement de l’Ontario dans sa décision de limiter à 25 le nombre initial de magasins physiques de cannabis dans la province.

Décalage

Selon les statistiques publiées par Santé Canada mercredi, un décalage persiste dans les stocks finaux entre les producteurs et les canaux de vente.

En janvier, les ventes totales de cannabis séché, tant médicinal que récréatif, au Canada ont atteint 7115 kilogrammes, en baisse de 3,7 % par rapport aux 7385 kilos de décembre, a indiqué Santé Canada.

Toutefois, la quantité des stocks de cannabis séché fini chez les producteurs autorisés a augmenté de 16,4 % au cours de cette période pour atteindre 10 174 kilogrammes, a précisé l’agence de santé. Parallèlement, la quantité de stocks de plantes séchées finis détenus par les distributeurs et les détaillants des provinces et territoires a diminué de 5,7 % au cours de la période, passant à 9346 kilos.

Les ventes et les stocks d’huile se sont mieux comportés en janvier.

Les ventes totales d’huile de cannabis ont augmenté de 4,3 % pour atteindre 7856 litres en janvier. Dans le même temps, les stocks d’huile finis détenus par les producteurs autorisés ont augmenté de 24 %, passant à 33 822 litres, et ceux des distributeurs et des détaillants, de 29,8 %, à 19 099 litres.

Revenus en hausse

M. St-Louis a indiqué s’attendre à ce que les ventes de Hexo soient relativement stables au cours de son troisième trimestre qui prendra fin le 30 avril, mais une nouvelle installation du producteur de Gatineau, actuellement en construction à Belleville, en Ontario, promet d’être « transformationnelle », a-t-il fait valoir.

« Une installation de deux millions de pieds carrés nous donnera assez d’espace pour atteindre (la cible) de 400 millions $ de ventes nettes l’année prochaine et plus tard », a-t-il indiqué aux analystes.

Hexo a annoncé mercredi une autre décision qui devrait accroître son envergure : un accord amical sur l’acquisition de Newstrike Brands dans le cadre d’une transaction toute en actions évaluée à 263 millions $.

Les actionnaires de la société ontarienne de cannabis appuyée par les membres du groupe rock The Tragically Hip se voient offrir 0,063 32 action ordinaire de Hexo pour chacune des actions de Newstrike qu’ils détiennent.

Sur la base de la valeur des actions de Hexo à la clôture de mardi, l’offre représenterait près de 47 cents par action.

Les sociétés ont indiqué que cet accord, qui nécessite l’approbation des actionnaires de Newstrike, donnerait à Hexo la capacité de produire environ 150 000 kilos de cannabis par an et de réaliser des synergies annuelles de 10 millions.

Perte de 4,3 millions

Hexo a affiché jeudi une perte de 4,3 millions $ pour son deuxième trimestre, ses revenus ayant cependant progressé à 16,2 millions $ au cours de ce qui était son premier trimestre complet depuis la légalisation du cannabis récréatif au Canada.

La perte par action s’est chiffrée à 2 cents pour le trimestre clos le 31 janvier.

En comparaison, Hexo avait réalisé une perte de 9 millions $, soit 10 cents par action, pour la même période de l’exercice précédent. Ses revenus s’étaient alors élevés à 1,2 million $.

La perte d’exploitation s’est élevée à 6,9 millions $, par rapport à celle de 4,7 millions $ de l’année précédente, en raison de plus fortes dépenses liées à la préparation de la légalisation du cannabis récréatif et à la rémunération à base d’actions.