Les changements climatiques ont fait grimper la facture dédiée aux heures supplémentaires payées aux employés de la Ville de Gatineau.

Heures supplémentaires à Gatineau: les changements climatiques font grimper la facture

EXCLUSIF / En faisant des efforts pour faire plus avec moins ou en « changeant les façons de faire », la Ville de Gatineau est parvenue, depuis 2013, à dégager des millions de dollars d’économies récurrentes chaque année. Ces économies ont atteint 15 millions $ en 2017. Depuis quatre ans toutefois, la Ville est incapable de contenir l’augmentation de la facture dédiée aux heures supplémentaires payées à ses employés.

Des données du service des finances de la Ville de Gatineau obtenues par Le Droit avec la loi d’accès à l’information démontrent que plus de 10 millions $ en heures supplémentaires ont été payés par la Ville en 2018. 

Cela représente 4,5 % de l’ensemble du traitement salarial pour la même période. 

En 2017, lors des premières inondations historiques, la facture a presque atteint 12 millions $, du jamais vu dans l’histoire de la Ville. 

En 2012, le montant dépensé en heures supplémentaires dépassait tout juste 6,6 millions $ et ne représentait que 3,4 % des dépenses salariales de la municipalité.

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, affirme cependant que les heures supplémentaires, « ça fait presque partie du fonctionnement d’une ville ». 

Mais pour l’augmentation de la facture, il n’hésite pas à pointer du doigt les changements climatiques.

« C’est certain que ça des effets importants dans la mesure où c’est un gros coût en heures supplémentaires, dit-il. On l’a vécu en 2017 et on va le revivre cette année. Le déneigement cette année aura aussi amené plus d’heures supplémentaires. C’est un des coûts des changements climatiques. Le prix à payer n’est pas que financier. Ce sont aussi des gens fatigués, mais qui s’investissent énormément. »

Qui doit payer ?

En 2017, Québec a assumé 2,3 millions $ de la facture de 4,5 millions $ découlant des inondations. Le gouvernement a du même coup épongé une bonne partie des heures supplémentaires payées par la Ville à ses employés. 

Dans la mesure où Québec accepte l’idée que les événements climatiques seront plus nombreux, plus intenses et plus destructeurs dans le futur, il y a lieu de revoir le programme de compensation des villes, croit toutefois le maire Pedneaud-Jobin.

« Il faut que le programme s’adapte, dit-il. Si tous les deux ans on doit payer deux millions de dollars de plus qu’à la normale en heures supplémentaires, un moment donné, ce sont les coûts de base de la Ville qui augmentent. Et là, il n’y a que la taxe foncière pour payer ça. »

Les dépenses en heures supplémentaires ne représentent par ailleurs qu’une petite partie des coûts supplémentaires qu’engendreront les changements climatiques pour les municipalités, ajoute M. Pedneaud-Jobin. 

Ce n’est rien en comparaison de ce que les contribuables devront assumer en matière de réparation et d’adaptation des infrastructures. 

« La question importante, c’est qui doit payer pour les changements ? indique le maire de Gatineau. Est-ce que c’est juste la ville qui est sur le terrain et qui en subit la conséquence ou c’est toute la collectivité, tous les contribuables québécois et canadiens ensemble ? Ça fait partie des questions qu’on doit se poser. S’adapter aux changements climatiques, ce n’est pas juste adapter nos rues. Ça devra aussi être adapter les budgets. On ne peut pas payer tout ça uniquement avec la taxe foncière. La facture ne peut pas être juste sur les épaules des villes, du plus petit joueur. »