La conseillère Louise Boudrias a été très critique lors de l’étude du budget alors le vice-président du comité exécutif Cédric Tessier a permis la mise en place d’un environnement politique rigoureux.

Hausse du niveau de jeu au conseil

ANALYSE / Un grand constat s’impose au terme de cette semaine d’étude budgétaire à la Maison du citoyen. Les Gatinois n’ont pas été nombreux à voter le 5 novembre, mais ceux qui se sont déplacés pour le faire ont contribué à former un conseil municipal énergique et efficace. Le niveau de jeu vient de monter d’un cran.

La courbe d’apprentissage peut être abrupte pour ceux qui sont fraîchement élus et qui doivent rapidement adopter un budget complexe de 600 millions $. Les anciens à la table l’ont d’ailleurs répété à plusieurs reprises aux nouveaux qui se sentaient parfois bousculés devant la masse d’informations qu’ils avaient à digérer en peu de temps. Plusieurs nouveaux conseillers ont tout de même su tirer leur épingle du jeu en n’hésitant pas à questionner l’administration et le comité exécutif qui parrainait politiquement la proposition budgétaire. 

Audrey Bureau a peut-être carrément sauvé la résolution sur le programme de subvention pour les couches lavables en proposant plutôt une enveloppe pour encourager des gestes écoresponsables. Elle a aussi été particulièrement active dans les débats sur la bibliothèque Lucy-Faris et l’animation des anciens centres-villes. Sa présence à la table du conseil à la place de l’ex-conseillère Josée Lacasse, qui a été complètement absente du débat public pendant tout son mandat, aura certainement un impact sur la représentation au conseil des intérêts des citoyens d’Aylmer. 

Maude Marquis-Bissonnette a livré un vibrant plaidoyer sur l’importance pour une communauté d’avoir une bibliothèque pour l’accompagner dans son développement. Son court exposé sur le rôle de ces institutions locales pour les immigrants, les chercheurs d’emploi, les familles et les étudiants est survenu à un moment clé de la présentation du plan de déploiement des bibliothèques. Une somme de 46 millions $ a finalement été unanimement réservée par le conseil pour agrandir et moderniser les bibliothèques Lucy-Faris et Guy-Sanche. 

L’expérience acquise par Renée Amyot dans le domaine de la santé lui a permis de défendre avec crédibilité l’investissement de 100 000 $ par année pour l’allongement de la saison des piscines et des pataugeoires. Elle a présenté cette mesure au conseil comme une dépense simple et peu coûteuse en matière de santé publique. Les points d’eau en milieu urbain qui permettent de se rafraîchir ne sont jamais de trop en période de canicule, même lorsque cette dernière s’étire jusqu’en septembre.

Tandem Tessier-Carpentier

La nouvelle formule mise en place dans le cadre de cette semaine d’étude, où l’administration se place en retrait une fois qu’elle a donné aux élus l’information qu’elle avait à livrer, a aussi contribué à hausser le niveau de jeu. Le tandem formé par le président du conseil, Daniel Champagne, et le vice-président du comité exécutif, Cédric Tessier, pour assurer le déroulement des débats, jeudi, a permis la mise en place d’un environnement politique rigoureux. 

Le président du comité exécutif, Gilles Carpentier sera un personnage clé au sein de ce conseil au cours des quatre prochaines années. Ses interventions auprès des élus, cette semaine, et les messages qu’il a lancés à l’administration démontrent qu’il n’a pas l’intention de prendre son rôle de « bras droit du maire » à la légère.  

Préparation et organisation

Les conseillers qui ont cherché à s’opposer au plan budgétaire défendu par le comité exécutif, et de surcroît par les élus d’Action Gatineau, ont aussi rapidement compris que « la game venait de changer ». Si la semaine qui vient de passer donne un avant-goût de la façon dont ce conseil dirigera les affaires de la Ville, ceux qui voudront marquer des points politiques à cette table auront intérêt à être préparés et organisés. 

La conseillère Louise Boudrias et son collègue Jocelyn Blondin ont multiplié les tentatives pour créer une brèche dans ce bloc politique qui a serré les coudes toute la semaine pour défendre la proposition budgétaire 2018. Les deux élus du secteur Hull ont été en mesure de rallier des collègues comme Mike Duggan, Gilles Chagnon, Pierre Lanthier, Jean Lessard et Jean-François LeBlanc lors de certains votes indicatifs, mais jamais ce ne fut suffisant pour battre, ne serait-ce qu’une seule proposition soumise au vote. 

Ils sont plusieurs à être montés au créneau pour tenter de convaincre le conseil d’envisager une hausse de taxes moins élevée que les 2,9 % proposés aux contribuables pour une cinquième année de suite. Un commentaire de Gilles Chagnon au terme des quatre jours de débat a cependant bien résumé la cause de l’échec politique des tenants de la pédale plus douce sur la hausse des taxes. « Moi, je m’attends à ce que l’administration m’apporte des idées », a-t-il lancé. 

Le relatif vide politique qu’occupait auparavant l’administration municipale à Gatineau semble avoir été comblé. Les idées viendront beaucoup moins des fonctionnaires et beaucoup plus des politiciens au cours des quatre prochaines années. Le nouveau modèle de fonctionnement des comités et commissions est d’ailleurs fait pour ça. Les élus qui voudront porter un ballon politique jusque derrière la ligne des buts devront être préparés, documentés et organisés. Ce n’était pas entièrement le cas des opposants cette semaine. 

Louise Boudrias a admis que la formule mise de l’avant par le comité exécutif pour l’étude du budget a fait en sorte que sa capacité à changer le cours des choses a été considérablement affaiblie. Elle a même reconnu avoir lancé la serviette lors des débats sur les votes indicatifs de jeudi après-midi. 

« À quoi bon débattre juste pour débattre », a-t-elle dit. Elle a quitté la Maison du citoyen frustrée par la tournure des événements et par le manque d’ouverture d’une majorité du conseil à étudier d’autres scénarios budgétaires. Elle n’était pas la seule.