La tension est à son comble entre le conseiller Denis Tassé et le maire, Maxime-Pedneaud-Jobin.

Guerre ouverte entre Tassé et Pedneaud-Jobin

La guerre jusque là latente entre le conseiller Denis Tassé et le maire, Maxime Pedneaud-Jobin, a éclaté au grand jour, mardi, à Gatineau, avec en toile de fond le dossier du futur aréna Guertin.
L'opposition de Denis Tassé au projet du futur Guertin défendu par le maire de Gatineau est bien connue. Ce dernier pousse cependant la note beaucoup plus loin et ne lésine plus sur les moyens pour faire connaître son opinion jusque dans les plus hautes sphères du gouvernement du Québec. 
Dans une lettre adressée au ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, le conseiller demande carrément une enquête sur les façons dont le maire, Maxime Pedneaud-Jobin, gère et contrôle ce dossier depuis plus d'un an. Les accusations lancées par M. Tassé ont fait sortir le maire de son flegme habituel. 
«Je ne peux pas croire que le conseiller Tassé soit prêt à aller aussi loin que ça pour nuire au projet, a-t-il lancé lors d'un point de presse convoqué en fin d'après-midi. Les accusations gratuites qu'il fait sont des atteintes à l'intégrité de la majorité du conseil, à la mienne et à celle de l'appareil municipal. C'est tout à fait déplorable comme accusations et ça n'a pas sa place en politique. M. Tassé me met des bâtons dans les roues depuis le début de ce projet-là. Il continue son oeuvre de destruction, c'est tout. Il a perdu tous ses votes dans ce dossier et il a de la misère à le prendre.»
Denis Tassé affirme au ministre que le projet sur lequel l'administration travaille actuellement a été grandement modifié par rapport au devis de l'appel d'offres. «L'entrepreneur choisi [Vision multisports Outaouais] a présenté un document qui ne respectait plus, et par beaucoup, l'appel d'offres initial sur la base duquel l'autre entrepreneur [Sénateurs d'Ottawa] a été éliminé.»
Cette affirmation a fait sursauter le maire qui a tourné en dérision l'attaque de son adversaire. «De quel devis parle-t-il? a lancé M. Pedneaud-Jobin. À quoi fait-il référence. Il n'y a pas de devis. Nous avons demandé qu'on nous présente des projets. Il parle d'une différence entre quoi et quoi. J'ai hâte de comprendre ça. C'est du n'importe quoi. Si le ministère juge approprié de venir faire une enquête, il est le bienvenu. Ça va juste démontrer qu'on a travaillé de la bonne façon.»
Le conseiller poursuit sa lettre en s'attaquant directement au maire Pedneaud-Jobin, qu'il accuse de «museler» les conseillers en imposant le huis clos sur «toutes les discussions» entourant le projet. 
Là aussi, le maire de Gatineau rejette du revers de la main les accusations de manque de transparence. Il a dit mettre au défi tout ceux qui en doutent de lui montrer un cas, ailleurs au Québec, où une négociation avec un tiers privé se fait en public. «Il n'y en a pas, a-t-il insisté. C'est quand la négociation est terminée qu'on dépose l'entente pour qu'elle soit analysée, débattue et adoptée en public. En attendant, faire des accusations de manque de transparence n'a pas de bon sens.»
Le conseiller demande au ministre Coiteux de surseoir au vote sur le projet de loi privée de la Ville déposé il y a 24 heures par le député Marc Carrière. Le maire Pedneaud-Jobin a précisé, sans donner plus de détails, avoir eu de nombreuses discussions, mardi, avec différents intervenants impliqués dans ce dossier, dont le bureau du ministre Coiteux. 
Denis Tassé n'a pas donné suite aux nombreuses demandes d'entrevues faites par Le Droit.
Un appui formel et des sympathisants pour le conseiller Denis Tassé
Denis Tassé est le seul signataire de la lettre qu'il a fait parvenir au ministre des Affaires municipales, mais au moins un autre conseiller, Jocelyn Blondin, l'appuie formellement dans sa démarche en souhaitant, lui aussi, une «enquête» dans le dossier du futur aréna Guertin. 
«Je suis absolument d'accord avec M. Tassé, il doit y avoir une enquête dans ce dossier, affirme M. Blondin. Je demande moi aussi à ce qu'on cesse de cacher les chiffres à la population.»
Sans aller aussi loin que M. Blondin, les conseillers Maxime Tremblay et Louise Boudrias estiment qu'en entretenant des doutes d'ordre éthique, M. Tassé est légitime d'interpeller Québec de la sorte.
Une enquête n'est cependant pas nécessaire, selon Mme Boudrias, qui dit avoir confiance au comité exécutif qui a suivi le dossier de près. «Ça ne m'empêche pas de penser qu'on ne fait pas le choses de la bonne façon et c'est pourquoi je vais moi aussi aller m'opposer au projet de loi privé à Québec.
Maxime Tremblay est d'avis que son collègue Denis Tassé est tout à fait dans son droit de faire une demande d'enquête s'il juge que c'est opportun. «Le gouvernement fera sa démarche et jugera si ce que fait M. Tassé est pertinent ou pas», dit-il.