L’époque où un promoteur immobilier pouvait aisément raser un boisé ou remblayer un milieu humide à Gatineau serait en voie d’être révolue.
L’époque où un promoteur immobilier pouvait aisément raser un boisé ou remblayer un milieu humide à Gatineau serait en voie d’être révolue.

Gatineau veut protéger ses arbres et ses milieux humides

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
L’époque où un promoteur immobilier pouvait aisément raser un boisé ou remblayer un milieu humide à Gatineau serait en voie d’être révolue.

Les pressions citoyennes qui se sont multipliées au cours des derniers mois pour que la Ville de Gatineau accorde plus d’importance à la protection de l’environnement dans son nouveau plan d’urbanisme n’auront pas été vaines. La nouvelle version du plan devant orienter le développement de la Ville pour la prochaine décennie a été présentée vendredi à la commission du développement du territoire, de l’habitation et de l’environnement. D’autres étapes précéderont son adoption par le conseil municipal à la fin du mois d’octobre, mais à première vue, les messages envoyés ce printemps par les différentes associations de résidents et les groupes environnementaux semblent avoir trouvé écho dans le nouveau plan de la Ville. 

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L'urbanisme à Gatineau en bref

Alors que la première version du plan soumis à la population permettait le remblai de milieux humides dans les écoterritoires et les corridors verts, la deuxième version viendrait carrément l’interdire. «C’est un changement important», insiste la présidente de la commission, Maude Marquis-Bissonnette. 

La Ville de Gatineau accordera plus d'importance à la protection des milieux humides.

De fait, le territoire de Gatineau abrite près de 5000 hectares de milieux humides. Si le plan d’urbanisme est adopté tel quel et que le diable ne se cache pas trop dans les détails, 96,8 % des milieux humides de Gatineau seraient totalement protégés. Il resterait 154 hectares de milieux humides éparpillés un peu partout sur le territoire encore susceptibles d’être développés. «Je pense que ça va répondre en très grande partie aux craintes des citoyens à ce chapitre, affirme la conseillère. On va aussi loin qu’on peut dans le cadre de cet exercice. Ça sera extrêmement rassurant pour bien des gens.»

Et rien ne serait encore joué pour les 3,2 % de milieux humides qui demeurent sans protection puisque la Ville de Gatineau doit éventuellement produire un Plan régional des milieux humides et hydriques qui pourrait aussi mener à la préservation de ce qui n’aura pas été protégé par le plan d’urbanisme.


« Je pense que ça va répondre en très grande partie aux craintes des citoyens à ce chapitre. »
Maude Marquis-Bissonnette

Protection des boisés

Le nouveau plan d’urbanisme permettra, dans une certaine mesure, le développement immobilier dans les corridors verts et les boisés de protection, mais Gatineau entend devenir beaucoup plus stricte quant à la protection des arbres qui s’y trouveront. S’inspirant largement du guide américain Growing Greener pour déterminer sa nouvelle réglementation, la Ville de Gatineau forcerait les promoteurs à conserver 60% des arbres se trouvant sur ces types de terrains. La première mouture du plan prévoyait la protection de 50% des arbres.  

Bien des résidents de l’ouest de la Ville ont aussi été marqués récemment par des promoteurs qui ont rasé la totalité des arbres sur des terrains identifiés comme des boisés de protection. Cela ne serait plus possible avec le nouveau plan d’urbanisme qui forcerait les promoteurs à conserver 40 % des arbres présents. C’est une nette augmentation par rapport aux 15 % que prévoyait au départ le schéma d’aménagement. 

«On voudra cependant aller encore plus loin pour les boisés de protection, explique Mme Marquis-Bissonnette. Idéalement, on voudra que ce qui sera déboisé soit uniquement ce qui sera nécessaire pour implanter le projet approuvé. Il y aura une culture à changer ici, mais cette façon de faire se voit ailleurs au Québec. On voudra mettre en place un guide pour le développement dans les boisés de protection qui identifierait comment on développe, comment on fait le lotissement et comment on préserve ce qu’il y a à préserver pendant les travaux de construction. Gatineau peut faire beaucoup mieux qu’actuellement. On va outiller l’administration et les promoteurs. C’est un chantier que je souhaite qu’on fasse.» Les pénalités pour ceux qui ne respecteront pas la réglementation seront aussi plus sévères. «Elles sont si basses actuellement qu’elles ne représentent pas un incitatif à ne pas abattre d’arbres sans la permission», note Mme Marquis-Bissonnette.