La Ville de Gatineau possède l’équivalent de 600 terrains de soccer de terres agricoles.
La Ville de Gatineau possède l’équivalent de 600 terrains de soccer de terres agricoles.

Gatineau veut devenir une «ville nourricière»

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
La COVID-19 force des collectivités entières à repenser leurs modes de consommation. La dépendance parfois extrême aux marchés extérieurs pose désormais de sérieuses questions de viabilité. Plusieurs souhaitent des chaînes d’approvisionnement plus résilientes, plus «durables». L’élan des dernières semaines pour consommer plus local est réel. Les initiatives se multiplient et le secteur qui apparaît comme le plus à portée de main pour faire un premier pas est l’alimentation.

Depuis quelques années, des municipalités du Québec s’intéressent à la mise en place d’un «système alimentaire durable» qui leur permettrait de devenir des «villes nourricières». En Outaouais, l’idée est abordée à l’échelle régionale. Le projet est piloté par la Direction de la santé publique. Plusieurs acteurs sont déjà impliqués dans la réflexion. Le milieu de l’éducation, celui de la santé, les MRC, le secteur agroalimentaire et les organismes communautaires qui portent à bout de bras des initiatives permettant de nourrir des communautés plus fragilisées seront de la réflexion. Les agriculteurs et tous ceux qui gravitent autour de la distribution des produits formeront évidemment les premiers maillons de cette chaîne.

La Ville de Gatineau a intégré les premières étapes visant l’édification d’un système alimentaire durable dans le calendrier des travaux de la Commission Gatineau, ville en santé pour le mandat en cours. La présidente de la commission, Renée Amyot, admettait, lors d’une entrevue avec Le Droit en début d’année, qu’il s’agissait d’un «gros dossier à maints égards» pour sa commission dans les mois à venir. La conseillère de Limbour était cependant loin de s’imaginer, en janvier, la valeur qu’allait prendre un tel projet quelques mois plus tard.

Parce qu’ultimement, bien des besoins exprimés par la population depuis le début de la crise pourraient trouver une réponse dans ce fameux système alimentaire durable, explique Mme Amyot avec maintenant quelques semaines de pandémie de recul. «Ça n’a rien à voir avec l’autosuffisance alimentaire, ce serait illusoire, affirme la conseillère qui a fait carrière dans le domaine de la santé publique. On vit au Canada. À moins de vouloir reculer 75 ou 100 ans et manger des navets, des patates et des carottes tout l’hiver, il n’y aura pas d’autosuffisance.»

Renée Amyot

Un des grands objectifs d’un tel système, dit-elle, c’est de s’attaquer à l’insécurité alimentaire, mais aussi de solidifier tout le réseau local lié à l’alimentation, de la ferme jusqu’au mangeur.

Pour l’instant, le truc est encore très embryonnaire. «Attendez-vous pas à voir ça en place dans un an», avertit Mme Amyot. Une seule ville au Québec a transposé la théorie en pratique et a acquis le titre de «ville nourricière» en 2017 : Saint-Bruno-de-Montarville.

Un premier regard sur les outils dont dispose Gatineau pour faire un bout de chemin dans un tel système montre cependant qu’une certaine base est déjà en place.

La Ville s’est récemment dotée d’un plan de développement de sa zone agricole. Le programme d’agriculture urbaine avec ses poules et ses abeilles a connu un succès immédiat. Des investissements sont faits pour augmenter le nombre de jardins communautaires et solidifier les marchés publics. Des initiatives communautaires comme les frigos partage et les cuisines collectives survivent grâce à des organismes.

Un système alimentaire durable va cependant beaucoup plus loin et nécessite une mobilisation importante et dans le temps de bien des joueurs. Il tient compte de la production agricole locale, de sa distribution et sa pérennité afin de créer un environnement favorable à une saine alimentation tout en réduisant les impacts sur l’environnement. Un tel système s’assure de l’accessibilité physique, géographique et financière des aliments. Un désert alimentaire n’a pas sa place dans un tel système parce que la localisation des différentes infrastructures de distribution alimentaires est à proximité des populations. Le milieu de l’éducation reprend aussi ses droits en cuisine en invitant plus tôt les enfants à apprendre à cuisiner, à mieux manger et à jardiner.

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