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La Ville de Gatineau a adopté, mercredi, un protocole d’entente entre le SPVG et le CISSSO pour mettre en place un modèle régional qui permettra d’avoir une réponse concertée sur le terrain. 
La Ville de Gatineau a adopté, mercredi, un protocole d’entente entre le SPVG et le CISSSO pour mettre en place un modèle régional qui permettra d’avoir une réponse concertée sur le terrain. 

Gatineau: une meilleure communication pour éviter des homicides intrafamiliaux

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
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Le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) et ses différents partenaires sur le terrain souhaitent formaliser leurs communications afin de lutter plus efficacement contre la violence conjugale et les risques d’homicides intrafamiliaux. 

La Ville de Gatineau a adopté, mercredi, un protocole d’entente entre le SPVG et le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) pour mettre en place un modèle régional qui permettra d’avoir une réponse concertée sur le terrain. Une somme de 90 000$ qui sera administrée par le SPVG servira à la mise en place d’un projet-pilote d’une durée d’un an. Il doit en découler un processus efficace de communication entre tous les intervenants concernés pour mieux protéger les victimes potentielles. 

Nouvelles façons de faire

La mise en place de ces nouvelles façons de faire était souhaitée depuis longtemps par la Table de concertation intersectorielle en matière de violence conjugale de l’Outaouais et était identifiée dans le plan d’action gouvernemental 2018-2023 en matière de violence conjugale.

«Une partie du projet vise à assurer la fluidité des échanges d’informations et à mobiliser les partenaires quand on sent qu’une situation devient à risque d’homicide conjugal et intrafamilial, explique Isabelle Plante, cheffe de la division recherche, développement et stratégie organisationnelle au SPVG. Le but est de construire une grille commune avec nos partenaires qui permettra à tous d’évaluer le risque d’homicide. On partagera tous le même langage. L’importance de la communication entre partenaires est capitale pour assurer la sécurité des victimes de violence conjugale à risque d’homicide. On doit mieux travailler en équipe autour des victimes pour mieux les protéger. Avec un tel outil, on ne sera plus en réaction, à tenter d’appeler un partenaire, mais on sera dans un processus déjà établi pour assurer une mobilisation rapide quand un risque est identifié. Quand il y a assez d’éléments de dangerosité, il faut que le sceau de la confidentialité puisse être brisé pour que l’information circule, pour qu’on puisse avoir une mobilisation.»

Recommendation

En novembre dernier, la coroner Pascale F. Boulay recommandait une révision des protocoles d’intervention en santé mentale afin de limiter les risques de meurtres intrafamiliaux. Elle se basait sur le meurtre de Claire Hébert, survenu à Gatineau, en janvier 2018, pour inviter les services policiers et les intervenants sociaux à mieux communiquer dans les cas de violence conjugale ou familiale.


« «La littérature suggère que la communication est un outil important de prévention dans les cas d’homicide conjugal [...]. »
Isabelle Plante, SPVG

Le 28 janvier 2018, Denis Junior Dompierre a tué sa mère à l’aide d’un objet contondant. La veille du décès, les policiers de Gatineau avaient été appelés à intervenir pour un conflit familial. Les policiers avaient observé des éléments révélateurs d’une problématique familiale persistante ainsi que des signes suggestifs d’une probable santé mentale fragile de la part du fils pour laquelle il n’était vraisemblablement pas suivi. Il n’y avait toutefois pas suffisamment d’éléments justifiant une intervention policière en vertu des dispositions du Code criminel. 

Même s’il ne s’agit pas à proprement parlé de violence conjugale, une meilleure communication entre les différents intervenants sociaux et la police aurait peut-être permis d’éviter le drame. 

«La littérature suggère que la communication est un outil important de prévention dans les cas d’homicide conjugal, note Mme Plante. Par exemple, un geste d’étranglement, un risque de séquestration ou un conjoint [violent] qui prend conscience que la relation est terminée sont des éléments qui démontrent que les risques d’homicide sont élevés. De bien les communiquer entre nous peut permettre des interventions plus rapides et mieux adaptées. C’est ce genre d’information que nous devons partager entre nous.»

Triste palmarès pour l’Outaouais

L’organisme Juripop a rappelé, mercredi, que l’Outaouais se classe au troisième rang en matière d’infractions commises sur la personne dans un contexte de violence conjugale avec 352 infractions par 100 000 habitants. 

Ces données émanent du ministère de la Sécurité publique et datent de 2015. L’organisme précise qu’il existe une «réelle problématique» quant à l’accès à des avocats spécialisés capable d’accompagner au mieux les victimes de violence conjugale en région. 

Les victimes, précise l’organisme, doivent souvent faire plusieurs heures de route afin d’avoir accès à un avocat spécialisé. Juripop estime que l’accès aux avocats spécialisés doit être amélioré, mais aussi que ces derniers devraient pouvoir recevoir des informations adaptées aux réalités de la violence conjugale.