Deux marelles ont été peinte sur le sol au parc Central par l’entreprise Énergie Cardio.

Gatineau trébuche dans une marelle

Une marelle peinte au sol dans l’un des parcs les plus fréquentés de la Ville de Gatineau n’a rien de bien dangereux. C’est même carrément anodin. Ça fait la promotion des saines habitudes de vie. Mais quand cette marelle fait l’objet d’une campagne de marketing bien orchestrée sur les réseaux sociaux et qu’elle utilise les enfants pour vendre un produit à leurs parents, ça pose plus de questions, ça heurte des sensibilités et surtout, ça prend des autorisations.

C’est le coup de publicité réalisé par la firme Punch Marketing pour le compte de l’entreprise Énergie Cardio dans le parc Central, dans le secteur du Plateau, il y a quelques semaines. Deux marelles ont été peintes au sol, directement dans l’espace public, sur le sentier asphalté près des structures de jeux. Deux marelles sur lesquelles la Ville de Gatineau a sévèrement trébuché, la semaine dernière.

La présidente d’Énergie Cardio, Claire Tremblay, explique que cette campagne, menée dans plusieurs autres villes de la province s’adresse bien entendu aux parents et qu’elle tente de promouvoir l’activité physique. « On veut que les gens aient du plaisir et la marelle réfère à la simplicité de jouer dehors comme quand nous étions petits », explique-t-elle. Les adultes pouvaient ensuite embarquer dans le jeu d’Énergie Cardio, se rendre sur les réseaux sociaux et indiquer où ils avaient vu les marelles et ainsi courir la chance de gagner quelques mois d’abonnement gratuits dans un gymnase de la chaîne.

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La conseillère du Plateau, Maude Marquis-Bissonnette, n’a pas particulièrement apprécié la manœuvre qui, a-t-elle insisté, n’est pas conforme avec la réglementation municipale. « Ce n’est pas une publicité de cannabis, c’est pour promouvoir de saines habitudes de vie, on se comprend, mais ce n’est pas admissible pour autant, dit-elle. On ne peut pas se permettre de faire de la publicité, comme ça, dans l’espace public. On ne peut pas permettre à des entreprises de commencer à taguer le sol dans des parcs comme ça. »

Gatineau a autorisé

La Ville de Gatineau a prétendu, durant toute la semaine dernière, n’avoir jamais donné l’autorisation à Énergie Cardio pour apposer ses marelles sur le sol du parc Central. La présidente de l’entreprise a affirmé vivement le contraire en précisant que la Ville de Gatineau s’était même montrée « intéressée par le concept de la campagne qui fait la promotion de l’activité physique ». Mme Tremblay précise avoir interpellé d’autres villes au Québec qui lui ont refusé l’utilisation de leur espace public. « On n’est pas fou non plus, a-t-elle lancé. Nous avons respecté la volonté des villes. Nous n’avons rien fait dans les endroits où nous n’avons pas eu l’autorisation. »

Le Droit a dû exiger, auprès de l’entreprise, la preuve écrite de cette autorisation pour que la Ville reconnaisse, cinq jours après le premier de plusieurs appels du journaliste à ce sujet, qu’un fonctionnaire avait bel et bien donné son accord officiel au projet.

« Il y a eu une erreur, une incompréhension [au service des loisirs], a expliqué la porte-parole de la Ville, Bianca Paquette. Le fonctionnaire aurait dû poser plus de questions pour mieux saisir la demande. Nous pensions qu’il s’agissait d’une activité avec un début et une fin dans le temps. En temps normal, un projet de cette nature n’aurait pas été autorisé. L’information [de la part du fonctionnaire] nous est parvenue au compte-gouttes toute la semaine. Nous n’avons pas donné la bonne information. Nous n’avons pas respecté notre réglementation. Il y aura plusieurs éléments à valider dans cette histoire et le directeur du service va vouloir aller au fond des choses avec le fonctionnaire impliqué. »

Mme Marquis-Bissonnette admet qu’il y a eu du cafouillage de la part de la Ville dans cette affaire qui paraissait bien simple au départ.

« Je ne veux pas juger le travail de l’employé, ce n’est pas mon rôle, mais je pense qu’il y a des choses qui vont devoir être clarifiées à l’interne dans ce dossier, ce n’est pas acceptable », a-t-elle dit. Elle croit cependant qu’il s’agit d’un « cas isolé » et qu’une révision des procédures de la Ville concernant l’utilisation de l’espace public par l’entreprise privée n’est pas nécessaire.

La Ville de Gatineau a dépêché des cols bleus, vendredi dernier, pour que les marelles soient effacées.

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DEUX MARELLES, TROIS VERSIONS, UN MEA CULPA

15 octobre

Interpellée par Le Droit pour la première fois concernant deux marelles peinte sur le sol au parc Central par l’entreprise Énergie Cardio, la Ville de Gatineau affirme n’avoir aucune trace d’une quelconque discussion ou correspondance concernant cette affaire. Des vérifications sommaires sont faites au sein de l’administration, et personne ne semble savoir de quoi il est question. La Ville conclut que l’entreprise a agi de sa propre initiative, sans les autorisations nécessaires. Elle affirme que l’entreprise sera rapidement contactée et qu’il lui sera demandé de retirer l’empreinte des marelles à ses frais. 

17 octobre

Après vérification auprès de la présidente d’Énergie Cardio, le nom de la firme de marketing, celui du fonctionnaire municipal impliqué et la date à laquelle ce dernier a donné l’autorisation pour la réalisation des marelles sont précisés auprès du service des communications. La Ville corrige alors sa version et confirme qu’il y a eu des discussions avec la firme Punch Marketing pour la réalisation du projet au parc Central, mais qu’à aucun moment dans les discussions une autorisation a été accordée ni verbale ni écrite de la part du fonctionnaire. L’espace public des Gatinois est protégé par la réglementation, dit-on. 

18 octobre

Énergie Cardio réitère avoir reçu toutes les autorisations nécessaires auprès de la municipalité et demande un avis légal pour partager avec le journaliste la preuve écrite de cette autorisation. La Ville de Gatineau maintient sa position et ajoute qu’une telle campagne publicitaire n’aurait de toute façon jamais été autorisée puisqu’elle ne respecte pas la réglementation municipale. 

19 octobre

La présidente d’Énergie Cardio fournit la preuve écrite de l’autorisation, signée par un fonctionnaire du service des arts et loisirs. Quelques heures plus tard, la Ville change complètement sa version des faits et admet avoir autorisé la réalisation des deux marelles au parc Central. La Ville prétexte une mauvaise compréhension du projet et fait son mea culpa. Le service des communications admet des manquements dans les procédures et affirme que l’employé concerné a tardé à donner l’information demandée. La Ville a décidé d’acquitter elle-même les frais pour nettoyer les marelles. Le directeur du service est chargé de clarifier les événements qui ont mené à ce cafouillage.