Le terrain boisé à l’angle de la rue Fraser et du boulevard Lucerne
Le terrain boisé à l’angle de la rue Fraser et du boulevard Lucerne

Gatineau recule sur la mise en vente d’un terrain boisé

La mobilisation de nombreux citoyens force le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, à exiger de la direction générale de la Ville qu’elle suspende le controversé processus de vente du terrain boisé à l’angle de la rue Fraser et du boulevard Lucerne.

«Depuis quelque temps, beaucoup d’informations qui n’avaient pas fait partie des discussions au conseil municipal lors de la décision de le mettre en vente ont fait surface, a déclaré le maire par voie de communiqué de presse. Il est possible que le terrain abrite un milieu d’une grande richesse écologique, en plus de comporter certaines zones avec un réel potentiel archéologique.» 

La mise en vente de ce terrain, en mars, n’avait fait l’objet d’aucune communication publique de la part de la Ville de Gatineau. Le Droit avait révélé, le 12 mars, que ce terrain boisé d’une superficie de 5343 m2, évalué à 3,7 millions $, faisait l’objet d’un appel d’offres pour le disponible au plus offrant. Du développement résidentiel, et commercial dans une moindre mesure, allait y être autorisé. Le président du comité exécutif, Cédric Tessier, avait alors précisé que sa vente faisait partie de la stratégie de la Ville pour financer une partie de l’achat du terrain de Multivesco derrière le Canadian Tire du Plateau, qui doit accueillir le futur complexe multiglaces de l’ouest. 

Le cabinet du maire a refusé toutes les demandes d’entrevue à ce sujet, jeudi, prétextant que le conseil n’avait pas encore reçu toutes les confirmations nécessaires dans ce dossier.

Le conseiller Cédric Tessier

Pas d’analyse de la valeur

Visiblement, l’administration municipale n’a fait aucune vérification de la valeur écologique de ce terrain avant de le mettre en vente. C’est la mobilisation de plusieurs citoyens et d’associations de résidents du secteur qui a forcé la Ville de Gatineau à mettre son processus de vente sur la glace. Ce terrain est situé dans une zone de protection des boisés et se trouve tout au bout d’un corridor vert qui permet de connecter tout un écosystème qui va de la forêt Boucher jusqu’à la rivière des Outaouais. 

Radio-Canada a d’ailleurs révélé, au cours des derniers jours, que le terrain compte de nombreux chênes blancs, une espèce rare, ce qui conférerait une valeur écologique non négligeable au boisé. 

«Je veux remercier les citoyens qui se sont mobilisés, ainsi que les associations de résidents du secteur, d’avoir partagé avec nous leurs connaissances de ce terrain, a ajouté le maire dans sa communication écrite. Merci de vos efforts, même en ces temps particuliers. En contexte d’urgence climatique, les terrains en milieu urbain sont de plus en plus stratégiques. Nous verrons dorénavant à ce que les vérifications sur leur valeur écologique soient faites systématiquement avant de prendre la décision de mettre en vente tout terrain de propriété publique. 

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin

L’administration pointée du doigt

Plusieurs citoyens et élus, dont les conseillères Audrey Bureau et Maude Marquis-Bissonnette ont dénoncé, récemment, le manque d’outils réglementaires dont dispose la Ville de Gatineau pour protéger son couvert forestier. En d’autres mots, il est facile pour un promoteur à Gatineau de couper des arbres, sans se soucier de devoir en protéger un certain nombre. D’autres villes sont beaucoup plus restrictives que Gatineau à ce chapitre.

La conseillère Maude Marquis-Bissonnette

Le développement d’un autre terrain boisé dont la valeur écologique a déjà été estimée importante, dans le Plateau, près de la future bibliothèque, a soulevé l’ire de plusieurs citoyens récemment. La Ville a cependant prétexté que la valeur écologique du terrain avait beaucoup diminué depuis que le boulevard du Plateau a été aménagé en plein milieu du boisé, ce qui permet aujourd’hui à la Ville de l’ouvrir au développement résidentiel tout en respectant sa réglementation. 

Avant d’aller plus loin dans le processus de vente du terrain à l’angle de la rue Fraser et du boulevard Lucerne, le maire Pedneaud-Jobin a demandé à ce qu’une caractérisation écologique et archéologique du terrain soit «confirmée aux membres du conseil». C’est à la suite de cette opération que le conseil décidera s’il maintient sa décision. À l’origine, les promoteurs avaient jusqu’au 27 mai pour déposer une offre d’achat.