Les élus de Gatineau font un premier pas vers ce qui pourrait devenir un vaste chantier d’asphaltage de rues locales de plusieurs millions de dollars qui s’étendrait sur plusieurs années.
Les élus de Gatineau font un premier pas vers ce qui pourrait devenir un vaste chantier d’asphaltage de rues locales de plusieurs millions de dollars qui s’étendrait sur plusieurs années.

Gatineau: nids-de-poule et asphalte au menu d’un huis clos

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Les élus de Gatineau font un premier pas vers ce qui pourrait devenir un vaste chantier d’asphaltage de rues locales de plusieurs millions de dollars qui s’étendrait sur plusieurs années.

Lors d’une séance de travail tenue à huis clos, mardi après-midi, le conseil a reçu un état de situation sur le pavage des rues de la ville. Les stratégies d’intervention des services municipaux ont été passées en revue et les élus se sont penchés sur un plan de financement d’un futur chantier de «lichettes d’asphalte». Pour ceux qui se souviennent des discussions budgétaires de novembre 2019, la lichette consiste à appliquer une mince couche d’asphalte sur une rue endommagée afin d’étirer sa durée de vie d’environ dix ans. L’idée avait été apportée à la table par le conseiller Jean-François LeBlanc. Ce dernier s’inspirait de ce qui a été fait dans la Ville de Québec depuis trois ans.

Le piètre état des routes à Gatineau ne fait plus de doute et la façon dont la Ville s’attaque à ce problème depuis des années a été pointée du doigt pour son manque d’efficacité par la Vérificatrice générale dans son plus récent rapport. La publication de ce rapport avait d’ailleurs fait dire au maire Maxime Pedneaud-Jobin qu’il était temps pour Gatineau de modifier sa stratégie pour la réfection des rues.

«Ça fait sept ans que je répète qu’il faut investir plus et mieux dans le pavage, a rappelé la conseillère Louise Boudrias. Peut-être qu’à force de le répéter j’ai été entendue. Ça aura pris un rapport de la Vérificatrice générale pour réveiller tout le monde. Pourtant, juste d’aller prendre une marche dans les rues de Gatineau aurait été suffisant à mon avis pour qu’on réagisse plus vite.»

Le conseiller LeBlanc affirme talonner l’administration municipale gatinoise depuis que le maire de Québec, Régis Labeaume, a annoncé en 2016 un investissement de 100 millions $ pour réaliser une «opération majeure d’asphaltage». Ce montant, explique-t-il, a permis d’étendre une couche d’asphalte sur 226 kilomètres de rues locales de la Vieille capitale. «J’ai trouvé ça intéressant comme façon de faire et j’ai voulu exporter ça ici, explique-t-il. J’ai fait plusieurs recherches, j’ai contacté les gens responsables de ça à Québec et j’ai transmis toutes les informations à notre administration, mais ça ne bougeait pas. C’est pour ça que j’ai décidé d’en parler publiquement lors de l’étude du budget l’an passé. La réponse de l’administration l’an passé a été de dire que Québec allait peut-être regretter sa décision, mais c’est loin d’être le cas. Pour eux, il est clair que c’est la meilleure décision qu’ils ont prise. Il n’y a presque plus de plaintes pour les nids-de-poule à Québec.»

Financement

Le président du comité exécutif, Cédric Tessier, confirme qu’une proposition budgétaire afin de financer un plan de lichette sera présentée en novembre prochain. Ce dernier n’a cependant pas voulu dévoiler un seul détail de la forme et de l’ampleur que cela pourrait prendre. Pour la conseillère Louise Boudrias et le conseiller Jean-François LeBlanc, il est évident que le financement de ce programme devra passer par le recours à la dette.

«Selon moi, ça prend des investissements d’au moins 20 millions $ par année si on veut être en mesure d’arrêter l’hémorragie dans nos rues un jour, affirme Mme Boudrias. Différents scénarios de financement vont nous être proposés, mais je suis persuadé que la seule solution qui sera valable sera d’emprunter. C’est une priorité des Gatinois, ils veulent qu’on s’occupe mieux des infrastructures et de nos routes. La situation financière de la Ville est bonne, nous avons une capacité d’emprunt et les taux d’intérêt sont bas.» Mme Boudrias ajoute que le financement de la lichette ne pourra pas être pris dans l’enveloppe annuelle de 25 millions $ destinée au pavage puisqu’elle sert déjà aux travaux d’asphaltage plus majeur et que Gatineau à un immense retard à combler ne la matière.

M. LeBlanc ajoute que l’investissement massif dans la lichette permet maintenant à la Ville de Québec de dégager des économies. «Faire plus de prévention sur nos routes permettra d’arrêter un jour d’investir dans un gouffre sans fin, a-t-il dit. Je pense que ça serait une bonne idée d’emprunter pour le faire. Il faudrait aussi voir avec le gouvernement du Québec s’il y a des subventions disponibles. La Ville de Québec a profité de certaines subventions pour son plan.»

Huis clos

Cédric Tessier a justifié la tenue d’une séance de travail à huis clos sur la lichette en affirmant qu’il était nécessaire pour le conseil de «débroussailler» ce dossier avant de le rendre public. La décision du comité exécutif n’a pas manqué d’irriter M. LeBlanc et Mme Boudrias. «À ma connaissance, il n’est pas question de ressources humaines ni d’éléments hautement stratégiques pour la Ville, note Mme Boudrias. Il y aura même des recommandations faites au conseil, ça veut dire que tout a déjà été débroussaillé. Pourquoi faire ça à huis clos ? On ne cesse de perdre en qualité des débats à Gatineau parce que certains préfèrent travailler à huis clos. Les citoyens attendent des nouvelles dans ce dossier depuis un an. Il aurait été intéressant qu’ils puissent nous voir travailler dans un dossier qui est aussi important pour eux.»

M. LeBlanc abonde dans le même sens. Selon lui, rien ne justifiait que cette rencontre se fasse à huis clos. «Si on avait été la Ville d’Ottawa on n’aurait pas été autorisé à faire ce genre de discussions à huis clos, surtout, ajoute-t-il, qu’on va devoir refaire toute cette présentation lors du budget. Les citoyens attendent des réponses dans ce dossier et on aurait pu commencer à leur en donner aujourd’hui.»