Décédé en 2013, Serge Dion est l’instigateur et président fondateur de l’Association des auteurs et auteures de l’Outaouais ainsi que du Salon du livre de l’Outaouais.

Gatineau «manque à son devoir de mémoire»

Selon Impératif français, la Ville de Gatineau « manque à sa responsabilité et à son devoir de mémoire » en « laissant pourrir dans son cimetière de noms » des personnalités marquantes de la sphère culturelle comme Bernard Assiniwi et Serge Dion, qui n’ont toujours pas de lieu public leur rendant hommage plusieurs années après leur décès.

Dans un message acheminé jeudi à la présidente de la Commission des arts, de la culture, des lettres et du patrimoine, Isabelle Miron, ainsi qu’au vice-président, Mike Duggan ; le président d’Impératif français, Jean-Paul Perreault, déplore que les demandes adressées à la Ville à ce sujet en 2010 et 2013 soient depuis restées lettre morte.

Mort en 2000, M. Assiniwi était un grand écrivain québécois d’origine algonquine, tandis que Serge Dion, qui a rendu l’âme en 2013, est l’instigateur et président fondateur de l’Association des auteurs et auteures de l’Outaouais (AAAO) ainsi que du Salon du livre de l’Outaouais (SLO).

Selon M. Perreault, il serait impardonnable que Gatineau ne souligne pas leur contribution en baptisant des espaces publics en leur mémoire. « Il s’agit de géants, de colosses qui sont toujours présents dans l’imaginaire collectif et qui ont laissé une marque profonde en Outaouais et même ailleurs. De voir que leur nom ne sort jamais, c’est un peu comme si la Ville manquait à sa responsabilité. Ces gens-là ont contribué à sa réputation de Gatineau », affirme-t-il.

L’écrivain Bernard Assiniwi ne mérite pas de « pourrir au cimetière de noms » de la Ville de Gatineau, affirme Impératif français.

Le président de l’organisme prie les deux élus municipaux d’intervenir car à son avis, MM. Assiniwi et Dion, de par la grandeur de leur œuvre respective, « méritent mieux que d’être oubliés dans une banque de noms ».

Jean-Paul Perreault soutient qu’au rythme où s’est développée la ville ces 15 dernières années, il y a assurément des lieux comme des parcs, des édifices ou encore de grandes artères qui pourraient porter le nom de ces personnalités. Il refuse toutefois de faire des suggestions, ne souhaitant pas « se substituer » au rôle de l’administration municipale à ce chapitre.

« À mon avis, le travail n’a pas été complètement bien fait ces dernières années. On ne veut pas développer d’animosité avec la Ville, on veut simplement sa collaboration. On ne veut pas d’excuses ni d’explications, on veut que ça reste au-dessus de la pile et que ça devienne une priorité », lance-t-il.

La rue Amherst

En 2010 et 2011, Impératif français avait milité pour que la Ville de Gatineau modifie le nom de la rue Amherst, dans le secteur Hull, pour la renommer rue Bernard-Assiniwi. Le débat houleux s’est étalé sur quelques mois, jusqu’à ce que le conseil municipal de l’époque tranche pour le statu quo. Le maréchal de l’armée britannique Jeffrey Amherst était reconnu pour sa haine envers les Amérindiens. On affirme qu’il avait eu l’idée de provoquer une épidémie de variole en distribuant des couvertures exposées à la maladie au sein de tribus indiennes.L

« On aurait pu baptiser cette journée-là (vote au conseil municipal) de honte nationale, de délire politique. Si la Ville veut continuer à rendre hommage à un criminel de guerre, c’est son choix, mais ça ne justifie pas de laisser en plan des noms de gens qui ont joué un rôle important à Gatineau, ailleurs dans la région et même à travers la province », conclut M. Perreault.