Plusieurs organismes dont le Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais (CREDDO) demandent au conseil municipal de Gatineau de réserver 1 % des sommes investies en asphalte et en béton chaque année, dès 2021, et de réinvestir ces fonds dans la plantation d’arbres.
Plusieurs organismes dont le Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais (CREDDO) demandent au conseil municipal de Gatineau de réserver 1 % des sommes investies en asphalte et en béton chaque année, dès 2021, et de réinvestir ces fonds dans la plantation d’arbres.

Gatineau invitée à échanger 500 m d’asphalte pour planter 2000 arbres par année

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Plusieurs organismes dont le Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais (CREDDO) demandent au conseil municipal de Gatineau de réserver 1 % des sommes investies en asphalte et en béton chaque année, dès 2021, et de réinvestir ces fonds dans la plantation d’arbres. Sur le terrain, cela pourrait se résumer à 500 m de nouvel asphalte de moins par année, mais à 2000 arbres de plus.

L’idée lancée à quelques semaines de l’étude du budget à la Ville survient alors que la pandémie de COVID-19 forcera certainement les élus à faire des choix difficiles et le CREDDO affirme en être bien conscient. «On ne pouvait pas s’empêcher d’essayer, lance le directeur général du CREDDO, Benoît Delage. Est-ce que ça va passer cette année? Je l’espère. Si ce n’est pas pour le budget 2021, il faudra que ça devienne un enjeu des prochaines élections. Ce n’est pas tant le montant que ça représente qui est important, mais le changement de paradigme que ça demande. En fait, c’est un mécanisme d’écofiscalité qu’on demande. On souhaite que les arbres qui sont des infrastructures naturelles soient intégrés à même les budgets des infrastructures d’asphalte et de béton.»

L’idée de percevoir l’arbre comme une infrastructure fait son chemin dans plusieurs municipalités du Québec. Elle est appuyée par l’Institut national en santé publique du Québec (INSPQ). En novembre dernier, 127 médecins québécois demandaient au gouvernement québécois d’investir de façon urgente et substantielle dans le verdissement urbain pour protéger la santé et le bien-être de la population. Les villes de Sherbrooke, Laval et Drummondville adhèrent déjà à l’idée. Réserver 1 % du budget en infrastructures pour planter des arbres représenterait pour Gatineau 422 000 $ par année, selon les calculs du CREDDO.

«C’est bien plus un investissement qu’une dépense, souligne M. Delage. Au bout d’un mandat, ça voudrait dire 8000 nouveaux arbres. C’est le meilleur placement qu’une ville peut faire. L’asphalte ne se bonifie pas avec le temps. L’arbre, pour sa part, il croît, devient grand et plus il vieillit, plus il rend des services. Plusieurs études le démontrent. Les arbres ont des bénéfices économiques, environnementaux, dans la gestion de l’eau et pour la santé publique. Il faut que les élus de Gatineau misent là-dedans.»

Investissement rentable

Le professeur à l’Institut des sciences de la forêt tempérée (ISFORT) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique, Jérôme Dupras, est plus que convaincu de la pertinence d’un tel investissement pour planter des arbres à Gatineau.

«De très nombreuses études démontrent que les infrastructures vertes et naturelles ont un très haut rendement sur l’investissement, dit-il. La démonstration scientifique est faite depuis longtemps. Une étude de la Banque TD, il y a quelques années, a démontré qu’un investissement de 1 $ dans la forêt urbaine peut rapporter des bénéfices allant de 2 $ à 12 $. Ça permet d’économiser sur la climatisation, le contrôle des eaux de ruissellement et la qualité de l’air. Planter des arbres c’est ce qui offre le gain le plus facile et le plus rentable pour une ville. À l’échelle provinciale, ce sont des milliards $ dépensés pour traiter plusieurs maladies qui pourraient être économisés si les villes donnaient plus d’importance à l’arbre comme infrastructure.»

Pas d’ombre pour les pauvres

Benoît Delage mentionne que le taux de canopée (couvert forestier) de Gatineau est bon. «Mais il est inégal, s’empresse-t-il d’ajouter. Les arbres sont carrément absents de plusieurs quartiers à Gatineau. On peut le voir juste en regardant la cartographie des îlots de chaleur. Et on remarque aussi que ce sont toujours dans les quartiers défavorisés où il manque d’arbres. Les quartiers pauvres manquent de parcs, manque d’arbres, manquent d’ombre.»

Le CREDDO n’hésite pas à parler d’une «iniquité environnementale» dans certains quartiers de Gatineau. «C’est ça qu’on doit commencer à résoudre aujourd’hui, dit-il. Il y a des populations vulnérables dont il faut améliorer la qualité de vie. Le nombre de jours de canicule va doubler d’ici 20 ans. Ce sont les arbres qu’on plantera aujourd’hui qui auront un impact rendu-là.»