Gatineau tarde à lancer l’étude que tout l’Outaouais attend pour déterminer la «solution régionale» qui mettra fin à l’enfouissement.

Gatineau devra s’expliquer concernant la valorisation des déchets

Alors que le Pontiac se dit prêt à transformer en électricité les déchets de toute la région de la capitale nationale, la Ville de Gatineau tarde à lancer l’étude que tout l’Outaouais attend pour déterminer la «solution régionale» qui mettra fin à l’enfouissement et donnera le coup d’envoi à la valorisation. La Table des préfets de l’Outaouais s’attend à des explications de la Ville, d’ici la fin du mois, concernant ces délais.

Gatineau a octroyé un contrat de 250 000 $ sur cinq ans, en juillet 2017, pour la réalisation de cette étude. Les MRC ont accepté de contribuer financièrement après avoir été convaincues de la pertinence de la démarche. Ce sont des chercheurs de la Polytechnique de Montréal qui ont été retenus par le conseil municipal de Gatineau pour faire le travail.

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«Ça fait deux ans de ça et la Ville de Gatineau n’a toujours pas donné le mandat de recherche à la Chaire, a révélé au Droit le directeur général du Conseil régional de l’environnement et du développement durable l’Outaouais (CREDDO), Benoît Delage, la semaine dernière. C’est sa responsabilité de le faire. Ça retarde. Nous, on a joué notre rôle. On parle d’un enjeu régional, avec plusieurs partenaires. Je crois que l’appui est clair au niveau politique à Gatineau, mais ça bloque quand même et on ne sait pas pourquoi.»

Les préfets attendent des réponses

Le préfet de la MRC Papineau, Benoît Lauzon, affirme avoir été mis au fait de ces délais. «J’ai posé des questions il y a déjà un petit bout de temps et je n’ai toujours pas eu de réponse, précise M. Lauzon. Il faut que Gatineau donne les éclaircissements. En fait, ça devrait déjà être fait, mais là il faut qu’on obtienne toutes les explications dans ce dossier lors de la prochaine rencontre de la Table des préfets, à la fin octobre.»

Les tentatives de rapprochement entre les MRC pour que la région avance d’un même pas dans ce dossier ne datent pas d’hier, mais n’ont jamais été couronnées de succès. Pressée depuis quelques années par le gouvernement du Québec de mettre fin à l’enfouissement des déchets, l’Outaouais, comme plusieurs autres régions, aborde maintenant le sujet avec plus de conviction.

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«CE N'EST PAS PARCE QUE LE TEMPS PASSE QU'ON EST EN RETARD», DIT PEDNEAUD-JOBIN

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, est bien au fait du projet de valorisation de déchets proposé par la préfète du Pontiac, Jane Toller. Il affirme toutefois attendre les conclusions de l’étude réalisée par des chercheurs de la Polytechnique de Montréal pour se prononcer sur la solution régionale. 

« L’étude est en cours, ce n’est pas terminé, je ne suis pas prêt du tout à me prononcer, a-t-il indiqué au Droit. Le Pontiac est associé à la démarche, mais ça n’empêche pas qu’ils peuvent faire avancer leur projet. Ça pourra faire partie des choses qui seront étudiées. »

Au cours de l’entrevue, jeudi dernier, le maire de Gatineau n’a cependant pas mentionné que son administration n’avait toujours pas donné le mandat clair précisant aux chercheurs les attentes envers l’étude pour laquelle un contrat a été octroyé en 2017 au coût de 250 000 $. Son cabinet a confirmé l’information au Droit, vendredi, en fin d’après-midi, en indiquant que la Chaire de recherche en valorisation des déchets a rappelé à la Ville, le printemps dernier, la nécessité qu’on lui fournisse un « mandat clair » pour amorcer ses travaux. Ce mandat clair n’a toujours pas été donné. L’attachée de presse du maire, Laurence Gillot, a évoqué la fin de l’année en cours comme échéancier pour que les attentes soient précisées. Plus de deux ans se seront écoulés entre l’octroi du contrat et le dépôt du mandat de recherche.

Le cabinet du maire a aussi confirmé que les chercheurs ne seront pas en mesure de livrer les premiers résultats à la fin 2019, comme prévu initialement et que le tout était reporté d’un an. Même si une première rencontre de démarrage a été organisée avec les principaux partenaires de l’étude en novembre 2017, ce n’est que le printemps dernier que Gatineau a invité les MRC à déléguer un représentant sur le comité technique du projet. Mme Gillot ajoute que les MRC devaient fournir des données sur leur tonnage de déchets. Les chiffres n’ont cependant pas été compilés partout de la même façon, ce qui complique la tâche, a-t-elle mentionné. 

Jane Toller précise que sa MRC participe financièrement à cette étude et reconnaît la pertinence de la mener à terme. Des signes d’impatience ont toutefois commencé à poindre parmi les différents partenaires de la Ville de Gatineau au sujet de cette étude, dit-elle. « Le problème, et je ne suis vraiment pas la seule à la dire, c’est que le processus est très très lent, dit-elle. Je ne critique pas cette étude, mais faut-il rappeler qu’il y a urgence ? Il y a urgence de créer des emplois dans le Pontiac et il y a aussi une urgence climatique. Il y a urgence d’agir pour qu’on cesse d’enfouir nos déchets. On n’a pas besoin de réinventer la roue. Le Durham-York Energy Centre est un exemple à suivre. Pourquoi ne pas simplement faire comme eux. »

Le maire de Gatineau mentionne pour sa part que toutes les municipalités de la région ont des contrats de transport et d’enfouissement en vigueur à respecter pour les prochaines années. « Il faut trouver une solution, et on la trouvera quand il sera temps de la trouver, a-t-il lancé. Ce n’est pas parce que le temps passe qu’on est nécessairement en retard. L’objectif est de bien travailler et là on fait des études. »