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Gatineau souhaite faire plus de place aux piétons et cyclistes dans ses nouvelles rues.
Gatineau souhaite faire plus de place aux piétons et cyclistes dans ses nouvelles rues.

Gatineau: des rues plus «conviviales», mais plus coûteuses

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
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Les nouvelles rues «conviviales» souhaitées par le conseil municipal de Gatineau pour faire de place aux piétons, aux cyclistes et aux arbres, mais moins aux voitures coûteront plus cher à aménager et à entretenir.

Ce constat rendu public en comité plénier par le Service de l’urbanisme, mardi, n’a cependant pas refroidi l’enthousiasme des conseillers déjà en faveur de ce nouveau modèle vers lequel entend se tourner Gatineau, alors que pour d’autres élus, il est visiblement source de contrariétés.

Actuellement, quand vient le temps d’aménager de nouvelles rues, le Service des infrastructures de la Ville de Gatineau jongle avec une douzaine de sortes de rue différentes en fonction du milieu où elles doivent s’insérer. Avec le nouveau devis normalisé qui doit entrer en vigueur en septembre, en même temps que la politique sur les rues conviviales, ce sont 18 différents types de rues que seront à la disposition des ingénieurs. Uniquement que pour les rues locales, cinq modèles seront proposés.

Le Service de l’urbanisme estime que d’ici environ 10 ans, 44 km de nouvelles rues seront aménagés à Gatineau. Si ces nouvelles rues étaient aménagées en fonction des normes techniques actuelles, elles coûteraient un peu plus de 1,8 million $ à entretenir, balayer et déneiger chaque année. En les aménageant en rues conviviales, les coûts annuels grimperaient à 2,2 millions $, notamment en raison des dépenses supplémentaires pour le balayage et l’entretien normal des trottoirs et des pistes cyclables.

Impact pour les promoteurs
Les besoins d’espace pour aménager ces kilomètres de rues conviviales sont aussi plus grands. De fait, l’emprise publique nécessaire pour leur aménagement est de 14 % supérieur. L’espace réservé à la chaussée est réduit de 7 %, alors que l’espace total utilisé pour des trottoirs augmente de 291 % et de 46 % pour des pistes cyclables. Le directeur du Service de l’urbanisme, Mathieu Bélanger, souligne que l’emprise nécessaire pour l’aménagement des rues conviviales a nécessairement un impact sur la superficie développable des terrains pour les promoteurs immobiliers.


« L’aménagement de ces rues implique aussi des coûts plus élevés pour les promoteurs. »
Mathieu Bélanger, directeur du Service de l’urbanisme

La Ville de Gatineau n’a toutefois aucune analyse lui permettant d’évaluer les coûts supplémentaires provoqués par l’aménagement d’une rue conviviale. Les conseillers Marc Carrière, Jean-François LeBlanc et Mike Duggan ont tous trois dénoncé l’absence de cette information dans la présentation du Service de l’urbanisme. Le peu de détails sur ce que ces nouvelles normes techniques représentent comme coûts d’entretien supplémentaire pour la Ville les a aussi fait sourciller.

«Le calcul de ces coûts est primordial à mon avis, a affirmé M. LeBlanc. On sait maintenant qu’une rue conviviale augmente les prix pour les promoteurs et que ça réduit l’espace développable sur les terrains. Un peu comme le règlement sur les bâtiments verts, c’est une autre mesure qui va faire augmenter les coûts et c’est le citoyen qui va payer pour ça, c’est déplorable.»

Un legs pour l’avenir
À l’autre bout du spectre, la conseillère Maude Marquis-Bissonnette qui défend le concept des rues conviviales depuis son entrée en politique municipale et le conseiller Daniel Champagne estiment que d’avoir des rues plus vertes offrant plus d’espace aux cyclistes et aux piétons est une contrepartie suffisante pour justifier des coûts supplémentaires. «L’impact sur la qualité de vie n’est pas à négliger, a insisté M. Champagne. C’est vraiment inspirant. Ça pourrait être un legs important de ce conseil pour l’avenir.»

Mme Marquis-Bissonnette soutient que les impacts financiers des rues conviviales sont difficiles à calculer. «Il y a effectivement un coût plus important associé à la construction de trottoirs, à la plantation d’arbres et à l’ajout de mobilier urbain, mais il y a aussi beaucoup de retombées positives à calculer, dit-elle. Quand on verdit un secteur, les propriétés prennent de la valeur. Plus il y a de pistes cyclables et de trottoirs, plus les gens sont enclins à délaisser la voiture et à se déplacer en transport en commun. Plus il y a d’arbres, plus on réduit les dépenses pour l’entretien de l’asphalte. Il faut considérer l’impact financier, mais aussi les impacts sur de saines habitudes de vie. Avec les rues conviviales, nous répondons à la demande des citoyens.»

L’adoption des rues conviviales se fera à l’automne lors du vote du conseil sur la politique associée à ces nouvelles rues. Les élus qui souhaiteront s’opposer au nouveau devis normalisé des rues conviviales devront s’opposer à l’adoption de la politique. Pour l’instant, une majorité du conseil semble en faveur du virage vers ces rues plus vertes et où l’auto cède de l’espace aux transports actifs.