Les citoyens d'Ottawa ne se gênent pas non plus pour signaler la présence de nids-de-poule. Le département des travaux publics a reçu 6574 appels à cet effet au cours des cinq premiers mois de l'année 2014.

Gatineau: Des problèmes en profondeur

Le déficit d'entretien dans les infrastructures est devenu impossible à ignorer à Gatineau. « Le mur », comme se plaisent à le nommer plusieurs conseillers municipaux, viendrait d'être atteint.
Le tiers des routes locales de Gatineau ne devraient même plus avoir le droit de porter le vocable « route » tellement elles sont dans un état de décrépitude avancé. Les choix imposés par ce déficit d'entretien dans les infrastructures, maintenant évalué à 1,4 milliard de dollars, mèneront à une collision frontale entre deux visions dominantes au conseil lorsque viendra le temps de boucler le budget cet automne.
Les élus consultés par LeDroit sont unanimes : ils devront jouer de franchise avec le contribuable.
Plusieurs sont favorables à faire passer la taxe dédiée aux infrastructures, actuellement de 1 %, à 2 %. Sans autre modification ou rationalisation permettant de contrôler l'augmentation de la taxe foncière, les Gatinois pourraient voir leur compte de taxes municipales passer de 2,9 % à 3,9 %. À cela pourrait s'ajouter, sous certaines conditions, l'instauration de taxes d'amélioration locale afin de permettre aux citoyens de se payer la réfection de leur rue s'ils le désirent. Plusieurs conseillers commencent d'ailleurs à se faire à l'idée de devoir vendre cette option à leurs concitoyens.
Le conseiller Maxime Tremblay soutient que Gatineau devrait dépenser au moins 10 millions de plus par année dans son budget de quelque 100 millions $ réservé à la réfection des routes.
« Ça fait longtemps qu'on le dit, qu'on va finir par frapper le mur, souligne le conseiller Stéphane Lauzon. Là, nous l'avons frappé. Dans le secteur Gatineau, la réparation des nids-de-poule ne sera pas complétée avant l'automne. Il y a eu 1 150 nouvelles requêtes pour ça juste cette année. Les équipes ne suffisent pas à la tâche du tout. »
Le conseiller était au nombre des élus qui ont fait une sortie publique sur l'état des routes dans le secteur Gatineau lors du dernier comité plénier.
La situation est à ce point sérieuse que le caucus du secteur Gatineau a rencontré la direction de la Ville dès le lendemain. Un plan d'action doit être présenté aux citoyens du secteur dès la semaine prochaine, précise le conseiller Denis Tassé.
« Il reste encore quelques rêveurs autour de la table du conseil, des gens qui tiennent mordicus à leur vision d'avenir et aux grands projets, mais ils sont de moins en moins nombreux, soutient le conseiller Jocelyn Blondin. Le maire est d'ailleurs un de ceux qui deviennent de plus en plus conscients du problème. »
Maxime Pedneaud-Jobin a décliné les demandes d'entrevue du Droit. Il a jugé qu'il était prématuré de discuter des dossiers qui doivent retenir l'attention l'automne prochain.
Denis Tassé, qui préside le comité du budget, est d'avis que les élus seront forcés à investir plus que prévu dans l'entretien des infrastructures. « Les gens ne demandent pas une bibliothèque centrale, dit-il en faisant directement allusion aux volontés du chef d'Action Gatineau. Les arts, la culture et l'environnement, c'est important et nous investissons déjà beaucoup là-dedans. Mais les gens ne nous demandent pas d'en faire plus, ils nous demandent de boucher les trous dans leur rue. »
Résister à la pression ?
La conseillère Denise Laferrière convient que les routes gatinoises se désagrègent rapidement et que la pression des citoyens pour que la Ville agisse plus rapidement ne cesse de prendre de l'ampleur.
« Certains conseillers ont plus de difficulté à prendre la pression qu'exercent sur eux les citoyens, dit-elle. À mon avis, il faut résister. Nous devons prendre les décisions qui sont les plus porteuses pour l'avenir de Gatineau. »
La question pourrait facilement se régler dans les quartiers, selon elle, en mettant en place le modèle de la taxe d'amélioration locale. « Comme ça, ceux qui souhaitent se le payer pourront le faire, affirme-t-elle. Les autres qui refusent n'auront qu'à attendre. »