Le maire Maxime Pedneaud-Jobin n'a pas l'intention d'appuyer le projet d'un nouveau pont tel que souhaité par le député fédéral de Gatineau, Steven McKinnon.

Futur pont interprovincial : Pedneaud-Jobin accusé de rejeter 50 ans de revendications gatinoises

En admettant, cette semaine, qu’il n’avait pas l’intention de lever le petit doigt pour un nouveau pont à l’est de Gatineau, le maire Maxime Pedneaud-Jobin a, aux yeux de ceux qui y croient encore, trahi 50 ans de revendications gatinoises.

Le conseiller municipal et président de la commission de développement économique de Gatineau, Jean-François LeBlanc, reproche au maire d’avoir fait passer son opinion personnelle et celle de son parti dans ce dossier par-dessus celle du conseil municipal. « Le maire et Action Gatineau ont droit à leurs opinions, mais il ne s’agit pas de la position du conseil, note M. LeBlanc. C’est au conseil de se positionner là-dessus, et non pas uniquement au maire et à son parti. Et à ma connaissance, la dernière fois que le conseil municipal de Gatineau s’est prononcé sur la pertinence d’un nouveau pont l’est [en 2013], il l’a fait de manière unanime. C’est la Ville d’Ottawa qui a ensuite bloqué le projet. »

Le député fédéral de Gatineau, Steven MacKinnon, qui fait cavalier seul dans le dossier du pont depuis quelques années, a pour sa part de la difficulté à cacher son irritation face aux récents propos du maire Pedneaud-Jobin.

« Ce n’est pas du tout clair dans mon esprit que ce projet défendu par Gatineau depuis 50 ans ne fait plus partie des revendications de la Ville, a-t-il lancé. J’attends des clarifications du maire de Gatineau à ce sujet. »

Dans la foulée de la série d’articles publiés par Le Droit, en début de semaine, sur l’enjeu de la congestion routière sur les autoroutes 5 et 50, le maire Pedneaud-Jobin a affirmé que sa « position personnelle » dans le dossier du pont était la même que celle du maire.

« On a énormément de priorités autres dans les prochaines années et il est clair des deux côtés de la rivière que la priorité va aux grands projets de transport en commun », a-t-il affirmé. 

Une priorité fédérale

Le député MacKinnon précise que ceux qui tentent d’opposer le projet de train léger dans l’Ouest et le pont dans l’Est font fausse route. 

Il rappelle que le futur pont interprovincial est au nombre des priorités du gouvernement fédéral pour le Québec et que cela n’a pas empêché Ottawa d’appuyer vivement le projet de train souhaité par le maire de Gatineau. 

Au congrès biennal du Parti libéral du Canada, à Winnipeg, en 2016, il a été résolu que « la construction d’un pont à l’est de la région de la capitale nationale soit considérée comme prioritaire et que le montant nécessaire soit alloué par le gouvernement afin de mettre au point un plan final pour sa construction, en collaboration avec les gouvernements provinciaux et les municipalités. »

M. MacKinnon ajoute que le futur pont de l’Est ne peut pas être analysé de la même façon que le projet de train. « Le pont serait une infrastructure exclusivement fédérale, dit-il. Ce serait un actif fédéral. Le train, c’est autre chose. C’est un projet de la Ville de Gatineau, financé en partie par le fédéral dans un programme contrôlé par le gouvernement du Québec. Le gouvernement du Canada a la responsabilité d’assurer la fluidité du transport interprovincial. La volonté de la faire n’a pas toujours été au rendez-vous par le passé, mais aujourd’hui, le gouvernement a bien l’intention de jouer son rôle. »

La meilleure façon de faire augmenter la part modale de manière substantielle du transport en commun dans l’est de Gatineau passe par ce pont, estime M. MacKinnon. 

« Toutes les études le disent, tous les experts s’entendent là-dessus, insiste-t-il. Le pont viendrait ajouter des options de trajets et d’arrimage entre les deux réseaux de transport en commun. »

Le conseiller Daniel Champagne ne désapprouve pas les propos du maire Pedneaud-Jobin, mais il est d’avis que n’importe quelle infrastructure qui bénéficierait au transport collectif doit être considérée. 

« Si on peut en même temps livrer le train léger et continuer à travailler sur un nouveau pont qui facilitera la fluidité et le transport collectif, pourquoi dire non à ça ? lance-t-il. On ne peut pas fermer la porte à ça. Si le maire est contre, il doit justifier sa position. »

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Watson est d’accord avec Pedneaud-Jobin

Le maire d’Ottawa, Jim Watson, accorde son appui à son homologue gatinois Maxime Pedneaud-Jobin dans le dossier de la construction d’un sixième pont interprovincial.

Selon lui, c’est loin d’être une priorité, au moment où les deux villes planchent sur un projet d’arrimage entre les deux systèmes de transport en commun. Au printemps 2017, Ottawa et Gatineau ont annoncé la création du Groupe de travail conjoint en matière de transport, qui réunit à la même table les maires, des élus et les dirigeants des deux sociétés de transport.

Le maire Watson estime que le député fédéral de Gatineau, Steven MacKinnon, dont l’une des priorités est l’érection d’un autre pont, fait cavalier seul.

Le maire Pedneaud-Jobin, lui, martèle que les priorités de Gatineau sont claires : l’arrimage avec Ottawa, le prolongement du Rapibus à l’est, le train à l’ouest et le transport actif. « Notre stratégie est de rapprocher les deux rives, dit-il. C’est une des raisons principales pour lesquelles nous avons signé une entente avec Ottawa, [...] qui a comme objectif de planifier ensemble la vision de transport sur les deux rives, donc de choisir ensemble quelles sont les infrastructures qui nous seront nécessaires, que ce soit un pont ou autre chose. »

Pour Jim Watson, l’option privilégiée reste la construction d’un tunnel à quatre voies de 3,5 km qui relierait le pont Macdonald-Cartier à l’autoroute 417. Le projet de tunnel permettrait de diminuer le nombre de camions lourds qui transitent d’un côté de la rivière à l’autre en empruntant l’avenue King-Edward, dans la Basse-Ville.