Le directeur général du RPGO, Louis-Antoine Blanchette, précise que le modèle final choisi sera connu dès le début de la nouvelle année.

Futur musée régional : c’est l’heure des choix

Tout le milieu du patrimoine de la région était réuni à la Ferme Moore, vendredi, à l’invitation du Réseau du patrimoine de Gatineau et de l’Outaouais (RPGO) pour jeter les bases de ce qui est appelé à devenir l’une des institutions culturelles phares de la région, le futur musée régional de l’Outaouais.

Les discussions se sont étendues sur toute la journée. Du partage des collections des différents musées locaux à la gouvernance du futur musée, en passant par l’apport de la cybermuséologie et l’endroit qui devrait accueillir un éventuel bâtiment, la soixantaine de participants n’aura laissé aucun détail au hasard. Il s’agissait de la conclusion de la grande démarche de concertation entamée par le RPGO en 2016. Le modèle final choisi doit être connu dès les premiers mois de 2019. « Là, nous serons rendus à l’action, à ancrer le projet concrètement dans la réalité », assure le directeur général du RPGO, Louis-Antoine Blanchette.

Plusieurs modèles muséaux ont émergé au fil des derniers mois, mais celui du « branch muséum » qui consiste à avoir une institution centrale qui concentre et partage l’expertise, et à laquelle viennent s’arrimer des musées satellites aux quatre coins de la région semble vouloir s’imposer dans les discussions. « C’est celui qui jusqu’ici fait le plus l’unanimité, indique M. Blanchette. On verra cependant ce qui ressortira de cette journée de discussion, mais l’esprit du projet c’est de faire en sorte que les organismes existants ne perdent pas leur identité. Le musée régional ne doit pas supplanter ce qui est déjà en place, mais plutôt permettre la collaboration, l’échange de collections et la création d’expositions itinérantes. Si on travaille dans une optique de mutualité et de partage des ressources, les autres musées ne seront pas supplantés, ils gagneront une infrastructure importante. »

Si tous s’entendent sur le besoin d’un endroit commun permettant l’entreposage sécuritaire et selon les normes de préservation des artefacts, ce n’est pas tout à fait le cas pour la construction d’un nouveau musée à proprement parler. Selon le directeur général du RPGO, une telle construction qui agirait comme une vitrine et qui ferait le pont avec les autres institutions est toutefois « inévitable ».

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, est aussi de cet avis. « Personnellement, il me semble qu’un lieu central est assez incontournable, dit-il. Il faut un genre de maison-mère qui est en appui aux autres pôles ailleurs dans la région. Il faut avoir quelque chose de visible pour les gens de l’extérieur qui viennent nous visiter, quelque chose qui a de l’envergure un peu. »

Ce qui est clair et assumé dans le milieu du patrimoine, c’est que le temps presse et que si rien n’est fait, des artefacts importants seront perdus en raison d’un entreposage déficient ou de l’absence d’une politique d’acquisition claire et du manque de ressources humaines spécialisées.

L’Outaouais profite aussi d’une formation unique dans la province offerte à l’Université du Québec en Outaouais en cybermuséologie. Cela représente une pépinière de nouveaux professionnels qui pourraient vivement contribuer à implanter de nouvelles idées en faisant profiter de son expertise à tout le milieu.

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Le maire de Gatineau Maxime Pedneault-Jobin se range résolument derrière ceux qui font la promotion d’un musée régional.

LE MILIEU DU PATRIMOINE SE MOBILISE POUR UN MUSÉE

Le milieu du patrimoine a démontré par le passé qu’il était capable de se mobiliser, mais il lui aura fallu au moins dix ans pour le faire dans le but de doter l’Outaouais d’un musée régional, la seule région du Québec encore à ce jour à ne pas en avoir. 

La présence de grands musées nationaux à proximité a sans doute contribué à cette absence d’une infrastructure régionale permettant à l’Outaouais d’exposer son histoire, son patrimoine et sa culture, mais de l’avis de plusieurs intervenants présents, vendredi, au MuséOForum, une part du blâme revient au milieu lui-même. 

Le vent vient cependant de tourner. La mobilisation pour doter la région d’une infrastructure muséale régionale est maintenant manifeste. 

« Avec une mobilisation comme celle-là, je pense que l’heure du musée régional est arrivée, a affirmé au Droit le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, après s’être adressé aux participants. Si on arrive comme région à avoir un projet assez rassembleur et avec un concept assez novateur, Québec n’aura pas le choix. »

Le défi historique de l’Outaouais a toujours été de s’inscrire dans l’imaginaire québécois, rappelle le maire Pedneaud-Jobin. On a parfois l’impression que la Chasse-Galerie, c’est à Trois-Rivières, mais ce n’est pas vrai, c’est ici. Jos Montferrand, il venait de Montréal, mais il est de l’Outaouais. Une des façons de s’inscrire dans l’imaginaire des gens, c’est de raconter notre histoire et ici, on ne la raconte pas. On l’a fait, mais trop peu. Un musée régional permet de véhiculer ça. »

Le maire de Gatineau estime qu’une telle mobilisation historique incitera toute la classe politique à se ranger derrière le projet qui sera choisi par le milieu. Il s’est engagé à défendre le projet dès qu’il sera précisé. 

M. Pedneaud-Jobin s’attend d’ailleurs à une vaste coalition régionale. « Ça pourrait être tous les députés, les maires, la conférence des préfets, dit-il. Qu’on en fasse une priorité de l’ensemble de la région. » Quant à une éventuelle participation financière de la Ville dans le projet, le cabinet du maire indique que la forme que la participation de la Ville prendra sera évaluée « dans le temps comme dans le temps ».