Vision multisports Outaouais (VMSO) doit trouver 20 millions $ de plus pour terminer la construction du futur aréna Guertin.
Vision multisports Outaouais (VMSO) doit trouver 20 millions $ de plus pour terminer la construction du futur aréna Guertin.

Futur Guertin: le conseil adopte le plan de sortie de crise du maire

Le nouveau Guertin à 80,3 millions $, c’est du passé. Ça n’existe plus. Il faut maintenant parler d’un projet de 101,9 millions $. Vision multisports Outaouais (VMSO) doit trouver 20 millions $ de plus pour terminer le projet.

Le maire de Gatineau pensait que le protocole d’entente signé avec VMSO en 2018 venait clore ce dossier qui s’était incrusté dans la vie des Gatinois depuis plus d’une décennie. On parlait d’un risque zéro pour Gatineau lors de la signature. Maxime Pedneaud-Jobin est aujourd’hui contraint de demander l’accord du conseil municipal pour rouvrir le protocole d’entente et dépenser quelques millions supplémentaires dans le projet. La manoeuvre, espère le maire, devrait convaincre Québec de consentir une garantie de prêt à VMSO, ce qui sécuriserait Desjardins pour le financement d’un nouvel emprunt. 

Sans grand débat, le conseil a adopté, mardi, la recommandation du maire à la majorité. Les conseillers Jocelyn Blondin, Marc Carrière, Louise Boudrias et Audrey Bureau s’y sont opposés.

Le chantier du complexe multiglaces était terminé à 60 % quand la COVID-19 s’est invitée en mars dernier et a fait tout stopper. La pandémie n’explique cependant pas tout. VMSO avait déjà confirmé en début d’année que le projet était plombé par d’importants dépassements de coûts. «Avant la COVID, on avait un problème qu’on pouvait gérer, après la COVID on avait un problème qui n’était plus gérable», a lancé Maxime Pedneaud-Jobin au cours d’un breffage technique tenu sous embargo lundi.

La COVID s’en prend aux gens de bien des façons. Pour VMSO, elle s’est attaquée directement aux revenus de l’organisme, et par le fait même à sa capacité à emprunter pour assumer, tel que promis, tous les dépassements de coûts du projet. «À partir du moment où il n’y a plus de revenu, que tout s’écroule sans savoir à quel moment les activités vont reprendre, c’est devenu un accélérant sur un feu qui était allumé», a dit le maire. L’absence de revenus, les dépassements de coûts existants et toute l’incertitude que la COVID laisse planer sur l’industrie du sport en général ont rendu les créanciers de VMSO inquiets, a précisé la directrice générale de la Ville de Gatineau, Marie-Hélène Lajoie. 


« Avant la COVID, on avait un problème qu’on pouvait gérer, après la COVID on avait un problème qui n’était plus gérable. »
Maxime Pedneaud-Jobin

Moins d’économies  

Le montant investi directement dans la construction du complexe par la Ville reste à 37,8 millions $. Gatineau accepterait toutefois de payer plus cher pour chaque heure de glace louée dans les infrastructures gérées par VMSO. La location d’une heure de glace qui avait été fixée à 260 $ dans le protocole d’entente serait majorée à 302 $ dès l’ouverture. Le temps de glace loué au complexe Branchaud-Brière serait pour sa part augmenté à court terme. L’augmentation des revenus permettrait à VMSO d’emprunter 12 millions $ de plus immédiatement. 

Pour les Gatinois, l’augmentation des coûts de location représente environ 450 000 $ de plus par année, soit une somme annuelle d’environ 2,5 millions $ pour du temps de glace. Le maire demeure convaincu que le mariage avec VMSO demeure rentable pour les contribuables. Les économies de 33 millions $ sur 25 ans promises par le modèle de VMSO seraient revues à 22 millions $. «Si c’est la Ville qui opérerait, ça nous coûterait 22 millions $ de plus, même après les changements qu’on propose, a insisté le maire Pedneaud-Jobin. Le modèle, même avec la crise, reste très payant pour le contribuable.»

L’option de mettre VMSO en défaut parce que l’organisme est incapable de respecter le protocole a été évoquée. Gatineau aurait immédiatement hérité d’un édifice à moitié terminé. L’idée a été rejetée. La reprise d’appels d’offres en fonction des règles municipales «aurait coûté une fortune», soutient le maire. À cela s’ajoutaient une fermeture prolongée du chantier et l’obligation pour la Ville d’assumer la coûteuse gestion de l’amphithéâtre et des trois glaces communautaires. Il n’y avait aucun intérêt à procéder de cette façon, a affirmé M. Pedneaud-Jobin. «Les chiffres démontrent pourquoi», a-t-il ajouté. 

Selon Louise Boudrias, le plan proposé par le maire force la Ville à absorber tout le manque à gagner. «Il faut se souvenir qu’on a déjà majoré le budget de plus d’un million de dollars et autorisé plusieurs dérogations mineures pour diminuer les coûts du projet, a-t-elle rappelé. Il n’y a aucun risque pour le gouvernement dans ce plan. Je ne comprends pas pourquoi Québec n’accepte pas de financer une partie du manque à gagner pour réduire la pression sur le tarif horaire qu’on devra assumer. Selon moi, il est trop tôt pour parler d’économie dans ce projet. En seulement deux ans, nous avons perdu 11 millions d’économies.»

Vision multisports Outaouais (VMSO) doit trouver 20 millions $ de plus pour terminer la construction du futur aréna Guertin.

Jusqu’en 2066

Gatineau consentirait aussi à utiliser immédiatement ses deux options de dix ans pour porter le bail emphytéotique avec VMSO à 45 ans. Cette mesure qui en apparence ne coûte rien à la Ville permet à l’organisme d’amortir son prêt sur une plus longue période et d’emprunter 8 millions $ supplémentaires. Gatineau héritera toutefois d’un immeuble plus vieillissant en 2066. «On porte le jugement qu’au bout de 45 ans, l’édifice sera en bon état parce que VMSO est forcé de respecter notre politique de cycle de vie et devra mettre un montant de côté chaque année pour prévoir les réparations et pour qu’à la fin l’immeuble soit dans un état acceptable quand on va en hériter», a noté le maire. 

Si le conseil accepte les changements proposés par le maire, mardi soir, VMSO aura jusqu’au début septembre pour s’entendre avec le gouvernement du Québec pour une garantie de prêt et avec son créancier pour obtenir les 20 millions $ manquant pour boucler le projet. Des 37,8 millions $ consentis par la Ville pour la construction, il en reste un peu moins de 10 millions $ à dépenser. La directrice générale de la Ville de Gatineau estime que les projections de dépenses du projet laissent entrevoir que sans solution, il n’y aura plus d’argent au début septembre.