Seuls les conseillers Marc Carrière et Jean-François LeBlanc ont continué de s’opposer aux nouvelles règles concernant la construction de bâtiments verts.
Seuls les conseillers Marc Carrière et Jean-François LeBlanc ont continué de s’opposer aux nouvelles règles concernant la construction de bâtiments verts.

Feu vert pour les toits verts

Le flou provoqué par plusieurs déclarations contradictoires entourant la construction de bâtiments verts, la semaine dernière, à Gatineau, s’est finalement dissipé. Élus et promoteurs sont maintenant fixés. Le conseil, à la vaste majorité, va officiellement de l’avant avec son nouveau règlement, au grand dam de l’industrie de la construction.

Le président du comité consultatif d’urbanisme (CCU), Jocelyn Blondin, et la conseillère Louise Boudrias, qui ont tous deux critiqué le manque de consultation de l’industrie de la construction dans ce dossier, ont décidé de se rallier au reste du conseil. Une proposition de Mme Boudrias qui prévoit essentiellement la poursuite d’un dialogue avec les entrepreneurs, les associations du milieu de la construction et les citoyens quant à l’application des nouvelles mesures, ainsi que la possibilité de modifier le nouveau règlement grâce à un éventuel omnibus a permis de satisfaire les attentes des deux élus. 

Seuls les conseillers Marc Carrière et Jean-François LeBlanc ont continué de s’opposer. Ce dernier a demandé de reporter l’adoption du règlement, mais aucun élu n’a voulu l’appuyer dans cette démarche. Il s’est aussi retrouvé « hors d’ordre » lors des discussions en caucus préparatoire en demandant à ce que l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) puisse obtenir un siège à la commission sur le développement du territoire, de l’habitation et de l’environnement. 

En vertu du nouveau règlement, toute construction d’une superficie de 2000 m2 et plus devra prévoir au minium de 20 % de toit végétal. Les stationnements de plus de 20 cases devront être alvéolés ou comprendre des mesures de perméabilité pour l’eau de pluie et avoir une canopée de 40 %. Les éoliennes seront permises à l’extérieur du périmètre urbain, les cours d’école devront comprendre beaucoup plus de verdure et les nouvelles maisons et multilogements devront être munis de bornes de recharge pour les voitures électriques. 

Pas question de reculer

La présidente de la CDTHE, Maude Marquis-Bissonnette, a pour sa part continué de marteler que l’industrie de la construction avait été consultée dans tout ce processus qui a débuté avec l’adoption du schéma d’aménagement en 2013 et qui s’est poursuivi en public au sein de sa commission au cours des derniers mois et lors de la rencontre, en fin d’année, avec les différentes associations du milieu de la construction. « Il y a 44 mentions pour les toits verts dans le schéma d’aménagement, a-t-elle souligné. On savait depuis longtemps que ça s’en venait. Le processus qui a mené à l’adoption du règlement aujourd’hui est à mon avis complet. Ma vision des choses c’est qu’il faut accompagner l’industrie dans ces changements. Tout le monde est d’accord avec les objectifs, là on pourra discuter de comment on va y arriver. »

Mme Marquis-Bissonnette reconnaît que les aspects réglementaires concertant les toits verts sont ceux qui inquiètent le plus l’industrie de la construction. Elle précise que les choses doivent toutefois être relativisées. 

De fait, sur les quelque 90 000 bâtiments déjà construits à Gatineau, la nouvelle réglementation, si elle avait déjà été en application, n’aurait touché que 367 d’entre eux. 

La conseillère se dit prête à maintenir un dialogue avec l’industrie de la construction, à accompagner les promoteurs dans l’application des changements qu’amènera le nouveau règlement, mais elle a démontré très peu d’ouverture à modifier les principes du règlement. « Je vais être très difficile à convaincre de revenir en arrière sur les éléments structurants du règlement, a-t-elle insisté. On peut le bonifier, préciser des choses, mettre des outils en place, mais moi je ne veux pas revenir en arrière sur les grands principes qu’on vient d’adopter avec ce règlement. »

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L'INDUSTRIE VOULAIT SIX MOIS POUR S'ADAPTER

Dans un geste de dernier recours, l’industrie de la construction a demandé au conseil municipal, mardi, de repousser de quelques mois l’adoption du nouveau règlement sur les bâtiments verts.

« L’industrie demande une période d’adaptation pour la nouvelle réglementation, elle demande de pouvoir s’adapter, a lancé au conseil Shawn Côté, porte-parole de l’Association de la construction du Québec (ACQ). L’industrie est un gros bateau à faire tourner, c’est difficile. On ne demande pas un report de plusieurs années, mais juste de six mois, le temps de travailler avec vous. »

La demande a été rejetée, à la majorité, par le conseil municipal. Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a précisé qu’il devait y avoir un « point de rupture, un moment où on décide de tourner la page sur les anciennes façons de faire ».

L’industrie de la construction devra donc s’adapter dès maintenant au nouveau règlement, tout en poursuivant le dialogue avec la municipalité sur l’application des nouvelles mesures. Sous le couvert de l’anonymat, de nombreux entrepreneurs sont entrés en contact avec Le Droit pour dénoncer la façon dont la Ville avancera dans le domaine de la construction verte, surtout pour ce qui concerne les toits verts pour lesquels les entreprises affirment ne pas avoir l’expertise nécessaire. 

Tous ont dénoncé le manque de consultation sur les détails réglementaires, se disant mal préparés à répondre à de nouvelles exigences mal précisées.  

La crainte de voir les prix de construction augmenter de 10 à 15 % est partagée par plusieurs. « L’idée est bonne, mais la réglementation de la Ville est bâclée », a affirmé l’un d’eux.

 Les exigences concernant les revêtements perméables dans les stationnements en laissent certains dubitatifs, notamment sur la durabilité des matériaux ainsi que leur efficacité après quelques hivers à recevoir du sel, du sable et différents agrégats.