Festival G-Anime: Gatineau, la japonaise

À droite, une famille de super héros déambule en plein Palais des congrès. C’est la totale : le père, la mère et les enfants sont costumés de la tête aux pieds comme d’invraisemblables êtres fabuleux. À gauche, une midinette aux cheveux pastel, courtement vêtue, traverse rapidement l’aire des exposants ; elle a l’air d’être sortie tout droit des années yé-yé, mais à une sauce science fictive. Bienvenue au Festival d’animation japonaise et geek G-Anime de Gatineau.

Ici, c’est le village global japonais en plein Gatineau : films d’animation japonais doublés ou sous-titrés (dits animes), jeux de cartes et de tables électroniques, cosplay (des concours de tenues vestimentaires), karaoké et, bien sûr, les mangas (de la bande dessinée japonaise). Le festival couvre plusieurs autres domaines geek, particulièrement la culture web, la mode japonaise et les jeux vidéo.

Le palais des congrès de Gatineau a soudainement pignon sur rue à Tokyo. En trois jours, près de 2000 mordus de culture nippone s’y seront pressés, de vendredi à dimanche. 

Selon Luc Biron, président de la Société d’animation japonaise de Gatineau et organisateur du Festival d’animation japonaise et geek G-Anime, les 13-26 ans représentent le groupe d’âge le plus présent au salon, mais l’événement attire vraiment autant les enfants et leurs parents que les ados. 

Entre 60 % à 75 % du public est francophone, selon l’année, et 40 % des visiteurs proviennent de l’extérieur de la région d’Ottawa-Gatineau. 

« Certains ont fait six heures de route pour venir nous voir », s’enorgueillit Luc Biron ; Abitibi, Montréal, Trois-Rivières...

Le rendez-vous des otakus

Ici, c’est le rendez-vous des otakus, un terme générique désignant les amateurs de mangas et d’animes japonais. Les otakus forment une sorte de petite communauté résolument tournée vers l’univers du fantastique japonais, ses codes bien particuliers, sa mode démesurée et colorée, et son art naïf.

L’événement central de ce festival est sans contredit la Mascarade, un concours de tenues vestimentaires (le cosplay), dans le cadre duquel les 70 participants de cette année enfilaient des costumes inspirés de l’univers de leurs héros de BD ou d’animes. Le tout se décline en cinq catégories : de débutant à... maître.

Le G-Anime de Gatineau, c’est 400 heures de contenu en trois jours et 80 000 $ de budget avec des frais d’entrée de 35 $ à 50 $. 

Une passion toute japonaise

Les illustratrices québécoises Catherine Bulot et Véronique Thibault possèdent même leur identité et leurs surnoms japonais. Quand elles deviennent artistes, elles s’appellent respectivement Katsuke et Pinkviviz. Leurs oeuvres explosent de couleurs et sont remplies de visages humains, d’animaux et de créatures de BD nippone qui se déclinent en affichettes, porte-clés, tapis de souris d’ordinateur, autocollants, signets et coussins, vendus à leur kiosque.

Catherine, alias Katsuke, confie au Droit qu’elle fait aussi un peu d’ecchi, un genre de mangas coquins à connotation érotique pour adultes.

« Mais je les cache derrière d’autres oeuvres », à l’abri des regards des plus jeunes, dit-elle.

Quant aux amateurs de cosplay, c’est-à-dire ceux qui se déguisent comme des personnages fictifs de BD ou d’animes japonais, « y en a pour qui c’est vraiment intense, qui vont se donner du trouble pour se confectionner des armures, des armes... De trouver les matériaux, de trouver le temps, l’investissement pour tout faire ça, c’est vraiment impressionnant », explique Catherine.

Véronique enchaîne : « C’est parfois le budget annuel des adolescents. Toute l’année, ils vont économiser pour pouvoir acheter le matériel et les matériaux pour les costumes, pour pouvoir payer les frais d’entrée des festivals, pour venir à un ou deux événements annuels. C’est vraiment leur passion. Pendant ce temps-là, on les retrouvent pas dans la rue, les gangs ou la drogue. Ce sont des jeunes qui mettent leur énergie dans quelque chose de plus créatif ».