Fermeture des bars à 3h: incitatif pour le crime organisé, selon les opposants

Le pouvoir de réglementer les heures d’ouverture des bars obtenu en 1997 doit être considéré comme un « acquis sacré » et un rempart contre une détérioration de la qualité de vie des résidents, voire contre « le crime organisé » et « les gangs de rue d’Ottawa qui s’entretuent », insiste le Collectif pour le maintien des heures de fermeture des bars à Hull piloté par l’ancien conseiller municipal, Claude Bonhomme.

Les représentants de ce collectif vivement opposé au projet-pilote sur le prolongement des heures d’ouverture des bars n’ont pas lésiné sur les images fortes et la généralisation, vendredi, en conférence de presse. Ils veulent à tout prix que le conseil municipal rejette, mardi prochain, le projet-pilote présenté par le conseiller du quartier Cédric Tessier.

« On a expérimenté un désordre public qui faisait honte à la population pendant un siècle, a lancé Pierre Tanguay, ancien directeur du service de l’urbanisme de la Ville de Hull. L’histoire nous enseigne que le crime organisé a contrôlé la situation dans ce secteur. Les inviter à revenir serait à mon avis une erreur désastreuse. Je ne dis pas que ça serait automatique, mais c’est un incitatif qui pourrait favoriser leur retour. »

Meurtre, viol et crime organisé

Rejetant du revers de la main la possibilité que les habitudes de consommation aient pu changer depuis 20 ans, et que les mœurs aient évolué au point de ne pas craindre un projet pilote sur l’ouverture des bars jusqu’à 3 h, Claude Bonhomme a affirmé qu’« un gars saoul c’est un gars saoul […], un jeune c’est un jeune, ça n’a pas changé, c’est l’ordre des choses ». 

Une résidente du centre-ville, Monique Trottier, a pour sa part brossé un portrait bien sombre des fins de soirée près de sa résidence dans le Vieux-Hull. Selon elle, une heure de plus d’ouverture de bars pourrait pratiquement mener à une guerre entre les motards et les gangs de rue. 

« Il y a toujours des dommages aux propriétés, des déchets de toutes sortes, on se fait voler nos arbustes, nos bacs à fleurs. Ça vomit sur nos galeries. L’autre jour, j’ai entendu une fille crier à l’aide dans le parc Vaudreuil parce qu’elle se faisait violer par un type. Quelqu’un a dû aller la sauver. […] Et là nous allons importer des fêtards ontariens et ça, ça nous fait peur. L’alcool, la drogue, les déboires des gangs de rue qui s’entretuent à Ottawa. Ils vont voir ça et vont vouloir agrandir leur territoire et faire le ménage. Ça va mener à de la chicane avec les motards. Le conseil municipal et le maire doivent prendre en considération les craintes des résidents du centre-ville. »

« Basé sur rien »

Le collectif a par ailleurs rappelé que la consultation en ligne menée par la Ville de Gatineau n’avait aucune valeur scientifique, un élément que tend maintenant à reconnaître le conseiller Tessier. Claude Bonhomme a cependant rappelé que les résultats de cette consultation faisaient partie des considérants sur lesquels le conseil doit appuyer sa décision d’aller de l’avant ou pas avec le projet-pilote. « Donc on se base sur rien du tout, ou sur quelque chose qui a probablement été manipulé », a-t-il ajouté. 

Quant au principe d’équité pour les tenanciers de Hull par rapport aux autres débits de boisson à Gatineau qui peuvent fermer leurs portes à 3 h, M. Tanguay prétend que cet argument frise l’utopie. « L’heure de fermeture c’est un facteur parmi une multitude d’autres, a-t-il dit. Sur toutes les conditions qui déterminent l’environnement d’affaires d’une entreprise, la question de l’heure d’ouverture est tellement, mais tellement secondaire. »

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DES APPUIS POUR VISION CENTRE-VILLE

L’organisme économique Vision centre-ville et ses membres tenanciers obtiennent les appuis de l’ancien maire de Hull et de Gatineau, Yves Ducharme, et du président exécutif de Rues principales, Christian Savard, concernant le projet-pilote visant à prolonger les heures d’ouverture des débits de boisson dans le Vieux-Hull. 

« On a pris nos responsabilités dans les années 1990 quand la situation était véritablement problématique. Deux décennies plus tard, les temps et les mœurs ont bien changé et la concentration de bars dans le cœur du centre-ville n’a plus rien à voir avec ce que c’était à cette époque », a fait valoir M. Ducharme dans un communiqué publié vendredi par Vision centre-ville. 

M. Ducharme avait demandé à Québec l’harmonisation des heures d’ouverture avec Ottawa. 

« Pour un centre-ville comme celui de Gatineau, avoir une vie nocturne animée et saine fait partie des éléments de succès de la vitalité locale et commerciale », a renchéri M. Savard. Vision centre-ville a tenu à préciser que la vocation des établissements dans le quartier est aujourd’hui davantage tournée vers le divertissement et l’offre culturelle.