L’administration municipale reconnaît globalement une tendance «légèrement à la hausse» du nombre de congés d’invalidité chez ses cols blancs.

Épuisement professionnel chez les cols blancs gatinois: «l’élastique a été trop étiré»

Comment vont les cols blancs de Gatineau ? « Ils sont fatigués, lance d’emblée leur représentante syndicale. On observe une détresse évidente dans certains services de la Ville. Les restructurations, le stress, la charge de travail ; beaucoup de nos membres ont étiré l’élastique depuis trop longtemps. Pour certains, il a pété en 2018, pour d’autres c’était en 2019. D’autres tomberont en 2020. »

Interpellée par Le Droit, la présidente du Syndicat des cols blancs de la Ville de Gatineau, Geneviève Carrier, prend le temps de bien peser ses mots. Elle affirme vouloir continuer de travailler dans un esprit de collaboration avec l’employeur, mais du même souffle elle ajoute qu’il vient un temps où « les choses doivent être dites ».

Mme Carrier ne cache pas son inquiétude face à la santé de plusieurs de ses membres au sein de l’appareil municipal. En novembre dernier, Le Droit révélait que près de 1200 congés d’invalidité ont été accordés à des cadres, des cols bleus et des cols blancs de la Ville de Gatineau depuis 2017. Statistiquement, les cols blancs se révèlent être, année après année, les plus fortement représentés.

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L’administration reconnaît globalement une tendance « légèrement à la hausse » du nombre de congé d’invalidité.

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin affirmait pour sa part, en novembre, que ces données sur l’invalidité lui apparaissaient comme « pas très significatives » par rapport à d’autres données et saluait la capacité de son administration à livrer les services à la population. Mme Carrier ne partage pas l’avis du premier magistrat.

« Le taux d’invalidité est selon moi très important actuellement à Gatineau, dit-elle. On a commencé une tournée de nos membres dans les différents services et la détresse est un élément qui revient souvent. Les gens travaillent avec des chaises vides. On se fait dire qu’il manque du monde, que les fonctionnaires sont forcés de livrer plus avec moins de gens. Beaucoup de salariés font appel à nous parce qu’ils se retrouvent en invalidité. L’employeur ne peut plus ignorer le haut taux d’absentéisme. Le fait que les absences sont en grande partie de nature psychologique doit l’amener à se questionner sérieusement sur son environnement de travail dans certains services. Le climat de travail et le stress vécu par plusieurs salariés amènent bien de la fatigue dans l’organisation. L’employeur doit prendre ses responsabilités. »

Bienveillance

La présidente du Syndicat des cols blancs affirme avoir perçu un changement d’attitude de la part de l’employeur face à ses travailleurs dans la dernière année.

« On le sent dans le traitement des dossiers, dit-elle. On sent une attitude plus bienveillante. L’employeur voit bien qu’il lui manque du monde, qu’il peine à recruter et à retenir ceux qui restent. Peut-être a-t-il amorcé une réflexion pour mieux prendre soin de son monde. »

Mme Carrier soutient avoir interpellé le service des ressources humaines à de nombreuses reprises en 2019 concernant ses inquiétudes par rapport à l’état de santé global de ses membres. « Je ne sais pas si le message s’est rendu à la direction générale, mais aux ressources humaines, personne ne peut dire qu’il n’est pas au courant, dit-elle. Je crois avoir été entendu, mais il reste à voir ce qui sera fait en 2020 pour rectifier la situation. Le statu quo n’est plus une option. »