En patrouille avec l'armée

Un calme relatif régnait, mardi matin, dans les rues inondées de Pointe-Gatineau. Pour les hommes du 12e Régiment blindé des Forces armées canadiennes en patrouille de reconnaissance dans le secteur, l'heure n'est plus au remplissage de sacs de sable, aux évacuations et à la construction de digue.
La dizaine de militaires de la Troupe 43 de l'Escadron D qui sillonnent tranquillement les rues du quartier à bord de leurs immenses LAV III est plus occupée à saluer les gens, les rassurer et colliger de l'information. Le Droit a passé l'avant-midi avec eux.
L'arrivée du cortège militaire à l'angle des rues Cartier et des Rapides, vers 8 h 15, ne passe pas inaperçue. Surpris par la présence des engins stationnés devant leurs résidences, les citoyens, certains encore en pyjama et café à la main, n'hésitent pas à sortir pour immortaliser le moment. L'adjudant Sandrino Brignone va à la rencontre d'un voisin. D'autres se joignent à eux. 
Les immenses digues montées dans les cours arrière des maisons ont tenu le coup. L'adjudant remarque des centaines de sacs de sable inutilisés aux coins des rues. « C'est une bonne nouvelle, l'eau baisse », lance-t-il. 
L'Escadron D poursuit sa route et emprunte la rue Jacques-Cartier. Plusieurs ont évacué leur maison. Le cavalier Patrick Bradley, originaire de Gatineau, remarque qu'une pompe a perdu son tuyau de rallonge et rejette l'eau à l'intérieur de la digue. 
Il met ses bottes et va replacer le tuyau. Le geste est anodin, mais pourrait permettre de sauver une maison de plus sur cette rue durement éprouvée. « Je suis heureux d'être ici, c'est chez nous, lance-t-il. Je suis content de pouvoir venir aider les gens de ma région. »
Quelques résidences plus loin, deux dames sortent sur le balcon et saluent les soldats. « Bonjour mesdames, lance l'adjudant Brignone. Il y a beaucoup d'eau dans la maison ? La santé, ça va ? Bonne chance. Ne lâchez pas. L'eau baisse. » L'une des dames leur lance « ça fait du bien de vous voir ».
Un homme seul dans sa chaloupe avance lentement. Il semble exténué. « C'est pas facile, lance-t-il la gorge nouée. Ça fait 25 ans que j'investis dans cette maison au bord de la rivière et là, je n'ai plus rien. » Les soldats tentent de lui donner un peu de courage en rappelant que « l'eau baisse ». L'homme regarde dans l'eau et refoule quelques larmes. « En tout cas, merci de m'avoir écouté, salut les gars », lance-t-il en repartant.  
L'adjudant Brignone signale au poste de commandement trois personnes dont la résidence est très inondée et qui n'ont presque plus de nourriture. « Il faudrait leur demander d'évacuer, dit-il dans sa radio. Les pompiers devraient aller faire un tour. » Au même instant, une dame offre des muffins tout frais à l'équipe. Il y a de la joie dans le LAV III. Tous les coéquipiers du cavalier Bradley lui font promettre cette fois de ne pas en manger deux et d'en laisser pour les autres. Repentant de la veille, il s'incline.
L'Escadron D accorde du temps à tous ceux qui les interpellent. Un homme demande de l'aide lorsque le temps sera venu pour retirer ses sacs de sables. Un autre propose de commencer à organiser le nettoyage.
La tournée se passe sans incident. Les enfants courent devant les fenêtres du salon pour saluer les militaires. Les parents en font autant. En sortant de la rue Jacques-Cartier à l'angle du boulevard Maloney, les militaires croisent une policière. Tout le monde se salue. Elle sort son téléphone et prend une photo.