Le futur aréna Guertin, en construction sur le boulevard de la Cité, dans le secteur Gatineau
Le futur aréna Guertin, en construction sur le boulevard de la Cité, dans le secteur Gatineau

En manque d’argent, VMSO suspend les travaux du futur Guertin

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Les travaux du futur aréna Guertin dans le secteur de la Cité sont suspendus jusqu’à nouvel ordre. L’organisme Vision multisports Outaouais (VMSO) n’est actuellement plus en mesure de garantir qu’il a la totalité des fonds nécessaires pour terminer les travaux du complexe multiglaces de plus de 100 millions $.

L’information est tombée mardi matin, alors que le conseil d’administration de VMSO était toujours en rencontre d’urgence. Une lettre envoyée par l’entreprise JPL à tous les sous-traitants du chantier dont Le Droit a obtenu copie expose clairement la situation. Devant un manque à gagner de plusieurs millions de dollars dans le projet, le principal créancier de VMSO, Desjardins Entreprises, a décidé de cesser de décaisser les sommes consenties par son prêt de 20 millions $ tant que la situation ne sera pas régularisée. 

Dans un échange courriel dont nous avons obtenu copie, la compagnie JPL qui agit comme gestionnaire de chantier dans le projet a avisé les sous-traitants que pour protéger ses créances, elle entreprend les démarches afin de déposer une hypothèque légale sur l’immeuble complété à 60 % dès la semaine prochaine. Tous les sous-traitants ont été invités à venir chercher leurs outils et à quitter le chantier jusqu’à nouvel ordre. 

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En entrevue avec Le Droit, le président de VMSO, Alain Sanscartier, a rappelé qu’un manque à gagner d’environ 10 millions $ avait été rendu public en début d’année. Les augmentations de coûts étaient principalement causées par la hausse des coûts de construction et des matériaux. 

«Notre situation financière était fragilisée, on ne le cache pas, mais là, avec la COVID-19, on nage en plein brouillard, a-t-il reconnu. Ça vient ajouter toute une couche. Là, on ne parle plus d’un manque de 10 millions. En fait, c’est un inconnu pour nous actuellement. On doit attendre des analyses pour avoir plus de détails, mais entre-temps, on n’était pas capable de garantir qu’on aurait les fonds disponibles pour terminer le projet. Dans ce contexte, on n’était pas à l’aise de repartir la machine le 11 mai pour ensuite se retrouver dans la même situation dans trois ou quatre mois.»


L'amphithéâtre doit ouvrir ses portes en 2021.

À mots couverts, le président de VMSO affirme que Desjardins Entreprises aura besoin d’être rassuré et que l’aide de Québec ou de la Ville de Gatineau sera nécessaire. «Depuis huit semaines, depuis le début de la crise, VMSO n’a plus aucun revenu provenant du Complexe Branchaud-Brière, note M. Sanscartier. On devait avoir quatre ou cinq gros événements ce printemps. Là, on n’a aucune idée à quel moment les activités reprendront, ni quels seront les impacts des nouvelles règles sanitaires dans un contexte de sport de glace.»

Échéancier

Évidemment, la situation actuelle remet passablement en question les nouveaux échéanciers qui avaient été donnés par VMSO en début d’année. «Au moment où on se parle, notre objectif de livrer l’amphithéâtre de 4000 sièges à temps pour l’ouverture de la saison des Olympiques en août 2021 est maintenu, précise le président de VMSO. Quant aux arénas communautaires, ça serait illusoire dans le contexte actuel de confirmer aujourd’hui qu’on pourra livrer ça pour novembre 2020 comme prévu.»

Québec en mode urgence

Mis au fait de la situation précaire de VMSO dans les dernières heures, le député de Chapleau, Mathieu Lévesque, affirme avoir avisé immédiatement la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest. «La ministre considère la situation urgente, dit-il. Tout est sur la table, que ce soit une garantie de prêt, une caution ou une autre forme de prêt. On va évaluer toutes les solutions possibles. Il y a beaucoup de fonds publics d’engagés dans ce projet. Il faut absolument le terminer. Le temps presse dans ce dossier et nous en sommes conscients.»

M. Lévesque reconnaît que le projet connaissait des problèmes de financement avant l’arrivée de la crise de la COVID-19. L’arrêt des travaux et l’incertitude par rapport à la suite des choses ont cependant exacerbé l’enjeu financier. «C’est la COVID qui fait déborder le vase et c’est dans ce contexte-là que les solutions sont envisagées.»

Questionné à savoir si Québec allait demander une participation financière de la Ville de Gatineau dans la recherche de solution, le député de Chapleau a indiqué que d’éventuelles conditions n’avaient pas encore fait partie des discussions.