La conseillère Isabelle N. Miron a vu des dizaines de scènes déchirantes après le passage de la tornade dans le quartier Mont-Bleu. «Les gens se sont fait une vie et ça part en l’espace de cinq secondes.»

Émotion et espoir pour Isabelle N. Miron, un an après la tornade [VIDÉO]

Encore ébranlée par la tornade dévastatrice dans le quartier Mont-Bleu même si elle croit «que tout le monde est prêt à passer à autre chose», la conseillère municipale du district de l’Orée-du-Parc, Isabelle N. Miron, peine à contenir ses larmes lorsqu’on lui demande si la femme derrière la politicienne a fini par craquer lors de cette gestion de crise.

Parce que derrière la politique, il y a aussi la vie, la mère de trois enfants a encore en tête le lundi 24 septembre 2018, lors du premier retour en classe à l’école Côte-du-Nord depuis les tristes événements.

«Ce matin-là, j’ai marché avec mes enfants, et même si les rues avaient été déblayées, le paysage avait vraiment changé. Quand on est arrivé à l’école et que j’ai réalisé qu’il y avait de petits amis qui n’avaient plus de sacs d’école ni de boîtes à lunch, l’une de mes filles s’est effondrée en larmes, et ensuite moi aussi», se souvient-elle, la voix nouée par l’émotion.

Elle-même indirectement sinistrée, car un morceau de toiture a défoncé la portière de sa voiture, elle se rappelle encore comme si c’était hier de la visite des chefs politiques sur la rue Daniel-Johnson, qui ont accepté de faire une trêve de campagne électorale au lendemain de la tornade.

«On marchait, la rue était encore pleine de débris, rien n’avait été ramassé encore. Il y avait des toits, de la vitre, etc. Quand on est arrivé à l’intersection et qu’on a vu l’arbre sous une tonne de débris, j’ai dit à Philippe Couillard: vous voyez le bout rouge? Ça, c’est un RAV-4, lui ai-je dit. Je me souviendrai toujours de son visage lorsque je lui ai fait réaliser que le véhicule avait été projeté avec une telle violence qu’il s’était replié sur lui-même. C’était hallucinant. Tu te dis que ça ne se peut pas. S’il y a avait eu quelqu’un dans cette voiture-là, il n’aurait eu aucune chance», confie Mme Miron.

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Avec le recul, celle qui dès les premières secondes après les intempéries a lâché un coup de fil au maire Maxime Pedneaud-Jobin pour lui dire de «virer de bord sur l’autoroute parce qu’il [venait] de se passer quelque chose», retient que dans de telles circonstances, on se sent souvent malgré nous impuissants.

«Je ne savais pas quoi faire, honnêtement. Dans le petit guide de la conseillère municipale, ce n’est pas écrit: après la tornade, voici ce que tu fais. [...] C’est une machine tellement bien huilée que je pense que la meilleure chose que tu puisses faire, comme élue, c’est de t’ôter du chemin et de laisser les services d’urgence faire leur travail. J’ai écouté, je les ai consolés, j’ai même trouvé quelqu’un pour aller acheter une caisse de boîtes de mouchoirs. C’est une chose à laquelle on n’avait pas pensé», se remémore la conseillère.

La conseillère municipale du district de l’Orée-du-Parc, Isabelle N. Miron

Et des scènes déchirantes, elle en a vu par dizaines, avoue celle qui croit que la tornade n’aurait assurément pas pu frapper un quartier plus fragilisé en sol gatinois. Plusieurs nouveaux arrivants y ont élu domicile.

«Il y a des immeubles où les gens n’ont même pas pu retourner chercher des photos de famille, des papiers, des passeports, c’était trop dangereux. J’ai vu les policiers être obligés de repousser des gens en larmes, j’ai aussi vu les pics de démolisseurs qui partaient avec des murs sur lesquels les cadres étaient encore accrochés. Les gens se sont fait une vie et ça part en l’espace de cinq secondes, c’est fini», se désole-t-elle.

Par ailleurs, Isabelle Miron avoue que certaines leçons doivent être tirées de l’après-tornade.

«C’est sûr que je vois les résultats dans le quartier et je trouve ça dommage que les promoteurs n’ont pas eu tout l’accompagnement dont il auraient eu besoin. Je ne blâme pas que la Ville là-dedans, parce qu’au niveau des assurances, il va aussi falloir aussi qu’on embraie et qu’on s’adapte à de nouvelles réalités climatiques. C’est dommage de voir un bâtiment flambant neuf, et de l’autre côté de la rue, un terrain vague où on ne sait trop ce qui va arriver», lance-t-elle, ajoutant que le bruit des marteaux, «c’est signe que les choses avancent».

Le quartier Mont-Bleu va se relever avec brio du 21 septembre 2018, estime-t-elle.

«Autant une tragédie comme celle-là met un peu à mal le tissu social, autant ça fait ressortir une belle solidarité. C’était beau à voir», conclut Mme Miron.