Les propriétaires ont effectué d’importants travaux au 420, boulevard Cité-des-Jeunes.
Les propriétaires ont effectué d’importants travaux au 420, boulevard Cité-des-Jeunes.

Embourgeoisement dans le Mont-Bleu?

Lourdement endommagé par la tornade du 21 septembre 2018 qui a dévasté une partie du Mont-Bleu, le 420, boulevard Cité-des-Jeunes a récemment recommencé à accueillir des locataires après avoir fait l’objet de travaux majeurs de rénovation. Auparavant prisé par les étudiants du Cégep et les ménages à revenu modeste, l’immeuble de 95 unités de logement appartenant à la firme Osgoode Properties est cependant en voie de s’embourgeoiser, déplore un intervenant du milieu de l’habitation.

Un logement d’une chambre au 420, Cité-des-Jeunes se louait environ 650 $ par mois, tout compris, avant le passage de la tornade. Un appel du Droit auprès du propriétaire, quelques jours avant Noël, permet de constater une augmentation importante du prix du loyer. De fait, le même logement est aujourd’hui annoncé à 1040 $ par mois, tout compris. Pour un logement de deux chambres, le prix atteint maintenant 1319 $ mensuellement.

« Ce n’est plus abordable du tout, déplore le coordonnateur de Logemen’occupe, François Roy. C’est carrément un changement de vocation de l’immeuble que tente de faire le propriétaire. C’est une augmentation des loyers qui est selon nous carrément abusive. On craignait un embourgeoisement du secteur en raison des travaux de rénovation après la tornade et nos craintes sont en train de se matérialiser. On est en présence d’un propriétaire qui profite d’un désastre naturel pour augmenter les prix de ses loyers, changer sa clientèle et faire des profits énormes. »

Le vice-président d’Osgoode Properties, Geoffrey Younghusband, se défend de vouloir embourgeoiser un immeuble qui faisait auparavant partie du parc de logement abordable dans le quartier. « L’immeuble a presque dû être refait à neuf, dit-il. Des étages ont été réaménagés au complet. On parle de travaux majeurs. C’est évident que cela a un impact sur les loyers qui sont maintenant exigés, mais il y a aussi le marché de l’habitation qui ne cesse d’augmenter. »

Peu de sinistrés de retour

M. Younghusband mentionne que la majorité des locataires ont préféré mettre fin à leur bail à la suite de la tornade, alors que d’autres ont signifié par écrit leur désir de réintégrer leur logement une fois les travaux terminés. Selon la loi, le propriétaire est dans l’obligation d’accueillir en priorité les anciens locataires, et ce au même loyer qu’au moment de quitter en septembre 2018. Les portes du 420 Cité-des-Jeunes sont de nouveau ouvertes depuis la fin du mois de novembre, mais seulement 11 sinistrés de la tornade sont de retour dans leur logement. « Plusieurs ont changé de numéro de téléphone et n’habitent plus à l’adresse qu’ils nous ont laissée, note le vice-président d’Osgoode Properties. Nous avons fait toutes les démarches pour les retrouver, mais dans bien des cas c’est impossible. »

Appel à la contestation

François Roy invite pour sa part les locataires, anciens et nouveaux, à contester toute hausse de loyer qu’ils jugent abusive devant la Régie du logement du Québec. « On est devant un cas carrément abusif, dit-il. Je comprends qu’il y a eu des travaux importants à cet endroit, mais le propriétaire avait des assurances. » Le coordonnateur de Logemen’occupe rappelle qu’un propriétaire doit inscrire le prix de l’ancien loyer sur son bail. « Un nouveau locataire qui juge l’augmentation abusive peut la contester devant la Régie du logement, ajoute-t-il. À mon avis, c’est inadmissible. Les locataires doivent être vigilants et nous sommes prêts à accompagner ceux qui voudront entreprendre ces démarches devant la Régie. »

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Le quartier doit demeurer abordable, insistent deux conseillères

Malgré l’augmentation importante des loyers d’un immeuble locatif important dans le Mont-Bleu, la conseillère du quartier, Isabelle N. Miron, dit ne pas craindre un embourgeoisement du secteur reconnu pour son parc de logements abordables qui attire de nombreux cégépiens et nouveaux arrivants. 

Mme Miron et sa collègue présidente de la commission sur le développement du territoire, de l’habitation et de l’environnement (CDTHE), Maude Marquis-Bissonnette, affirment « déplorer » la hausse des loyers exigés par la firme Osgoode Properties au 420, boulevard Cité-des-Jeunes, mais soulignent du même souffle que les leviers dont dispose la Ville de Gatineau sont « très limités », voire inexistants. « C’est le marché privé, note Mme Miron. La propriétaire ne fait rien d’illégal. »

Le changement de clientèle qu’amènera l’augmentation des loyers au 420, Cité-des-Jeunes en fera un immeuble moins abordable qu’avant, reconnaît la conseillère, mais selon elle, il ne faut pas pour autant craindre un embourgeoisement du secteur. « Je ne crois pas qu’on peut dire qu’il y a une gentrification du quartier, dit-elle, la mixité sociale demeurera bien implantée dans le quartier. »

Mme Marquis-Bissonnette soutient que plusieurs villes, notamment Montréal, vivent actuellement la même situation dans des quartiers similaires au Mont-Bleu. « La pénurie de logements est partout et on voit souvent des augmentations des prix des loyers, dit-elle. Bien des villes peinent actuellement à conserver leur parc de logements abordables en raison de la pénurie. »

La présidente de la CDTHE estime toutefois que le passage de la tornade dans le Mont-Bleu, bien que dramatique pour de nombreux sinistrés, représente une « opportunité » de réfléchir à l’avenir de ce secteur. « Il faut s’assurer de conserver ce milieu comme un lieu d’accueil pour les nouveaux arrivants, dit-elle. On travaille présentement avec deux chercheurs pour rendre ce secteur plus résilient. L’analyse qui est faite touche aussi à l’abordabilité du secteur. »