Le Domaine des flocons cumule chaque année quelque 170000 entrées.
Le Domaine des flocons cumule chaque année quelque 170000 entrées.

Domaine des flocons: la privatisation déconseillée

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Transférer la production du Domaine des flocons au privé apparaît plus comme une fausse bonne idée pour la Ville de Gatineau qu’une façon de gagner en efficacité et générer des revenus. Au contraire, Gatineau aurait avantage à renforcer son implication afin d’avoir un plus grand mot à dire dans l’organisation de l’événement, a appris Le Droit.

C’est la conclusion à laquelle arrive Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT) dans son rapport sur l’évaluation du modèle d’affaires « du plus grand terrain de jeux de neige en Amérique du Nord » obtenu en vertu de la loi d’accès à l’information. Le Domaine des flocons est coproduit par la Ville et le ministère du Patrimoine canadien depuis 2012. Le budget de réalisation est d’environ 1,2 million $ par année. La Ville paie 50 % de la facture et y dépêche de nombreux employés municipaux.

La conseillère Louise Boudrias, convaincue de pouvoir dégager des gains d’efficacité et permettre à l’événement de se renouveler en sous-traitant l’événement au privé, demandait cette analyse depuis 2017. « Le Domaine [des Flocons] ne présente pas les caractéristiques permettant une gestion ou une sous-traitance d’une partie importante de l’événement », soutient plutôt RCGT.

Un élément est très clairement ressorti des discussions entre la Ville et Patrimoine canadien. Même si Gatineau demeure libre de sous-traiter sa participation dans l’organisation de l’événement, le gouvernent fédéral « désire fortement que la Ville demeure le seul responsable et signataire de l’entente de partenariat pour l’organisation du Domaine », notamment en raison de la complexité provoquée par l’ajout d’un intermédiaire à un événement qui compte déjà une quarantaine de sous-traitants. Parce que même si Gatineau transfère ses activités au privé, elle demeurerait, selon le protocole, responsable des livrables.

Sur la question de l’efficacité, les auteurs du rapport précisent qu’elle est déjà « optimale considérant les impératifs » de l’événement. La majeure partie des coûts associés au Domaine des flocons sont considérés comme des dépenses incompressibles. Au mieux, un transfert au privé permettrait de dégager des économies de 8200 $.

Quant au renouvellement de l’offre du Domaine des flocons, les possibilités sont limitées. Patrimoine canadien a toute la latitude de définir les orientations et objectifs de l’événement. La génération de revenus fait face au même enjeu. « Patrimoine canadien assume le contrôle et le déploiement de l’image de marque de l’événement », note RCGT. Ainsi, le caractère gratuit de la majorité des activités au Domaine des flocons fait partie de l’ADN du site qui cumule chaque année quelque 170 000 entrées. Il y aurait donc peu de possibilités pour l’entreprise privée de générer des revenus sur le site.

Pistes d’amélioration

RCGT propose à la Ville de Gatineau de se « doter d’une véritable vision et d’orientations par rapport du Domaine des flocons ». Sans cet exercice, précise-t-on, « il sera difficile de se positionner par rapport au propriétaire de l’événement ». La Ville devrait « renforcer son implication » afin de s’approprier davantage le développement de l’événement. Enfin, une entente à long terme devrait être signée entre Gatineau et Patrimoine canadien, croit RCGT, pour inclure une vision de renouvellement à l’événement.

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Boudrias se rallie au rapport

La conseillère Louise Boudrias « accepte » les conclusions du rapport sur l’évaluation du plan d’affaires du Domaine des flocons, mais se dit « déçue » que le mandat donné à la firme Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT) n’ait pas prévu d’aller à la rencontre de sous-traitants qui auraient pu éventuellement être intéressés à prendre le relais de la Ville de Gatineau dans la production de l’événement.

« Le travail a été bien fait, je ne remets pas ça en question, mais à mon avis il aurait été pertinent de consulter les firmes spécialisées et la Table de concertation des événements, dit-elle. Ces intervenants auraient pu offrir des pistes de solution qui ne se retrouvent malheureusement pas dans le rapport. »

Mme Boudrias demandait depuis 2017 que la possibilité de transférer au privé la partie de la Ville de la production du Domaine des flocons soit analysée sérieusement. Même si le rapport de RCGT ne confirme pas l’hypothèse défendue par la conseillère, cette dernière se dit satisfaite des pistes de solutions proposées dans le rapport. « On met environ 600 000 $ par année là-dedans, mais on n’a pas un mot à dire sur l’événement en tant que tel, note Mme Boudrias. Ça n’a pas de sens. Je vais militer pour que les recommandations du rapport, notamment celle de négocier un contrat à plus long terme et de trouver le moyen d’avoir un mot à dire sur ce qui se passe au Domaine des flocons, soient suivies. On ne peut pas juste payer et n’avoir rien à dire. »