Figure bien connue dans le milieu culturel de l'Outaouais, Steven Boivin n’est pas tendre envers l’octroi de ce nouveau quart de million de dollars accordé au FMG.

Difficultés du FMG: grogne dans le milieu culturel

Plusieurs acteurs du milieu des arts et de la culture digèrent très mal de voir la Ville voler au secours du Festival de montgolfières de Gatineau (FMG). L’octroi d’une subvention spéciale de 250 000 $, adoptée mardi soir par le conseil municipal, pourrait bien être la goutte qui fera déborder le vase pour plusieurs organisateurs de plus petits événements qui jusqu’ici préféraient garder le silence afin de ne pas froisser leur principal bailleur de fonds qu’est la Ville de Gatineau.

Figure bien connue dans le milieu culturel de l’Outaouais, Steven Boivin a quant à lui décidé de dire publiquement ce que bien des gens du milieu pensent tout bas. Membre de la commission des arts et de la culture, copropriétaire du Minotaure dans le Vieux-Hull, ancien directeur artistique du défunt Festival de l’Outaouais émergent (FOÉ), cofondateur avec Julien Morissette du festival de la radio numérique Transistor et plus récemment cofondateur de Lutte 07, M. Boivin peine à bien peser ses mots devant la situation.

« Une subvention supplémentaire de 250 000 $, c’est énorme, c’est l’équivalent du Fond d’animation du centre-ville. Le FMG reçoit déjà 300 000 $ en argent et l’équivalent de la même somme en services municipaux. Dans le milieu, ça ne passe pas du tout. Ça écœure bien du monde cette subvention supplémentaire. »

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M. Boivin cite en exemple « Le Festif ! » de Baie-Saint-Paul dont la popularité ne cesse de croître. Cet événement qui fonctionnait avec un budget de 2,1 millions $ l’an passé n’a reçu que 35 000 $ de la municipalité. « Pourquoi le FMG est-il financé autant que ça, se questionne-t-il. Ce festival a clairement un accès privilégié à du financement qui n’est pas disponible pour les autres événements. Est-ce que Gatineau s’empêche de financer des plus petits événements pour continuer de réparer les erreurs du FMG ? »

Steven Boivin

Gatineau continue de financer l’animation de son centre-ville à raison de 237 500 $ pour 12 événements en 2020, en plus de soutenir les organismes culturels en finançant 85 projets pour une somme de 1,2 million $ et l’équivalent de 751 000 $ en services municipaux cette année.

Plusieurs événements ont cependant disparu à Gatineau dans les dernières années.

Dans les seuls douze derniers mois, Gatineau a perdu le Challenger de tennis et le Grand Prix cycliste. Si pour ces événements les enjeux dépassaient la stricte question du financement, ce n’est pas le cas d’autres événements qui ont disparu dans le passé, note M. Boivin.

« Le FOÉ est mort en raison d’un manque de financement et personne à la Ville n’a levé le petit doigt pour les aider, lance M. Boivin. Le conseil est bien prêt à verser 250 000 $ pour sauver le FMG, mais sauver le FOÉ aurait coûté 25 000 $. Le financement du Festival Transistor Média, un événement qui grossit chaque année, ne cesse d’être réduit. Quel est ce lien entre le FMG et la Ville que les autres événements n’ont pas le droit d’avoir ? »

Son poste à la commission des arts et de la culture de la Ville de Gatineau a mené M. Boivin à interpeller l’administration sur ces enjeux à plusieurs reprises au cours des derniers mois.

« On se fait répéter que ça ne nous concerne pas, que l’administration va s’en occuper, se désole-t-il. Depuis ce matin, j’ai reçu une dizaine d’appels de gens influents dans le milieu qui n’acceptent plus ce genre de gestion. Personne n’ose parler pour l’instant de peur de perdre leur financement municipal, mais ce qui se passe actuellement est honteux. C’est vu dans le milieu comme un manque de respect envers la communauté des artistes qui se démènent et qui travaillent fort pour remplir tous les papiers exigés par la ville pour quelques dizaines de milliers de dollars. »

Les frustrations énumérées par M. Boivin dépassent toutefois la question financière du FMG et des liens entre cette organisation et la Ville de Gatineau.

C’est toute la gestion des subventions aux événements faite par le service des arts et de la culture qui passe dans la moulinette.

« Honnêtement, le fonds d’animation est géré un peu n’importe comment, dit-il. Oui, je crache dans la main qui me nourrit, mais c’est ça. C’est voté à peu près, l’argent est donné à peu près. Le contrôle et le suivi fait par la Ville des sommes qui sont versées sont aussi à peu près. Il y a clairement une grave problématique actuellement au service des arts. On organise plus de spectacles au Minotaure qu’aux salles Jean-Desprez et à la Basoche qui sont à la Ville. Et ces deux salles perdent de l’argent chaque année à tenter de produire des shows. Pourquoi le milieu artistique de Gatineau doit tant se battre pour du financement, alors que d’autres voient leurs coffres renflouer aussi facilement. »