Une bonne partie du développement économique, résidentiel, culturel et social de Gatineau découlera de choix qui seront faits en matière de transport en commun par le présent conseil.

Développer Gatineau en train ou en autobus?

Ce n’est pas vraiment sur une technologie de transport en commun ou sur une dépense de plusieurs centaines de millions de dollars que les élus gatinois devront se positionner ce printemps, mais plutôt sur leur vision du développement du cœur de la région de la capitale nationale.

Le futur lien rapide vers l’ouest est d’abord un projet d’infrastructure pour transporter efficacement et rapidement la population d’Aylmer du point A au point B. Elle en a d’ailleurs bien besoin. Les heures de pointe sont là pour le rappeler jour après jour. Mais c’est aussi beaucoup plus que ça.

Une bonne partie du développement économique, résidentiel, culturel et social de Gatineau découlera de choix qui seront faits en matière de transport en commun par le présent conseil.

Ce que Gatineau décidera prochainement de faire dans l’ouest, avec l’appui financier des gouvernements fédéral et provincial, aura un impact sur la qualité de vie et les habitudes futures de milliers de citoyens. Pas seulement dans l’ouest de la ville. Combien de travailleurs quittent leur maison de banlieue des secteurs Gatineau, Masson-Angers et Buckingham pour se rendre quelque part à Ottawa, chaque jour ? La façon dont s’arrimera l’épine dorsale du réseau de transport en commun gatinois avec celui d’Ottawa jouera pour beaucoup sur les temps de déplacement de la future génération de fonctionnaires fédéraux.

La fluidité dans les transports entre les deux rives est aussi une question de développement économique. Un réseau de transport efficace est un as dans la manche d’une ville qui tente d’attirer de nouvelles entreprises sur son territoire. C’est aussi un atout indéniable pour convertir des non-utilisateurs en usagers du transport en commun. Plus il y a de gens dans les transports en commun, moins il y a d’autos sur les routes. Et les bouchons de circulation privent l’économie régionale de millions de dollars par année.

Le développement résidentiel de Gatineau sera aussi intimement lié au transport en commun pour au moins les trois prochaines décennies. La très grande majorité des nouvelles habitations qui seront construites à Gatineau d’ici 2050 le seront dans un périmètre de 700 mètres des principaux axes de transport en commun.

Expropriations des années 1970

Les dernières décisions aussi significatives pour les générations à venir ont possiblement été prises à la fin des années 1960, quand le gouvernement fédéral a répondu à l’appel du pied de l’ancien maire de Hull, Marcel D’Amour, et a décidé de mettre en application un des éléments centraux du Rapport Gréber.

Plus de 5000 résidents du centre-ville ont été expropriés pour faire place aux milliers de fonctionnaires fédéraux. Cela a complètement changé la trame urbaine du secteur. Des millions de dollars en en-lieu de taxes venaient et viennent toujours garnir les coffres de la Ville. Les déplacements de travailleurs entre Ottawa et Gatineau n’étaient désormais plus à sens unique et n’ont fait qu’augmenter avec les années.

Les décisions que doit aujourd’hui prendre le conseil ne sont pas de même nature. Il n’est pas question de déraciner une population entière pour la remplacer par des édifices austères abritant l’une des plus importantes concentrations de fonctionnaires au monde. Mais comme c’est le cas avec les choix faits à l’aube des années 1970, les Gatinois devront vivre pour des générations avec les décisions qui seront prises prochainement, pour le meilleur et pour le pire.

Il est encore difficile de prévoir de quel côté penchera le conseil. Service rapide par bus (SRB) ou train léger, les paris sont ouverts. Les implications liées à l’une ou l’autre des technologies sont énormes. La facture peut passer du simple au quadruple. Le conseil arrivera-t-il à s’inscrire à l’unanimité pour déposer la toute première pierre du plus grand projet d’infrastructure de la prochaine décennie à Gatineau ?

La publication d’une première étude critiquée pour son absence de recommandation claire et pour avoir ignoré la réalité métropolitaine et frontalière de Gatineau sera-t-elle suffisante pour convaincre les élus de prendre une position affirmée dans ce dossier ? Certains seront-ils tentés par le rapport avantages-coûts à moyen terme d’un SRB, même si ce mode est voué à la saturation à long terme ? Un projet pouvant friser le milliard de dollars va-t-il en rebuter quelques-uns après le fiasco de gestion du Rapibus ?

Les élus d’Action Gatineau ont fait leur lit depuis longtemps. La construction d’un système de train léger s’arrimant avec celui d’Ottawa est nécessaire, selon eux. Il reste maintenant aux élus indépendants à confirmer de quelle façon ils s’inscriront dans l’histoire du développement de leur ville.