La construction de près de 1300 unités de logement a été autorisée au centre-ville en 2019.

Développement immobilier: la Ville de Gatineau «se fait prendre de vitesse»

C’était prévu au schéma d’aménagement, mais là c’est bien réel. Le secteur Aylmer s’est transformé en véritable chantier de construction dans les derniers mois. Les immeubles de condominiums et de logements locatifs y poussent à une vitesse soutenue et encore jamais vue. La population se densifie près des artères importantes, déjà très sollicitées, voire carrément embouteillées.

Le président du comité consultatif d’urbanisme (CCU), Jocelyn Blondin, affirme que la Ville de Gatineau a de la difficulté à suivre le rythme imposé par le développement immobilier. Les infrastructures de transport, dit-il, peinent déjà à subvenir à la demande. Qu’est-ce que ce sera quand des milliers de citoyens de plus tenteront eux aussi de se rendre travailler à Ottawa ou dans le centre-ville de Gatineau ? 

« On ne peut pas bloquer le développement sur des terrains où la construction est déjà autorisée, précise M. Blondin. Les promoteurs voient quelque chose dans le marché qui les pousse à construire maintenant et rapidement. Tout ce qu’on peut faire comme municipalité, c’est de tenter de s’ajuster au fur et à mesure. La circulation à l’ouest est déjà très difficile. On est encore en train de se faire prendre de vitesse par le développement. Nos infrastructures en transport sont en retard par rapport aux besoins, et les besoins continuent de croître. Nous devrons trouver une solution temporaire en attendant le tramway. »

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La conseillère du Plateau et présidente de la commission sur le développement du territoire, de l’habitation et de l’environnement, Maude Marquis-Bissonnette, reconnaît aussi que Gatineau peine à « développer ses infrastructures au même rythme que les promoteurs immobiliers développent le marché résidentiel ». 

Mme Marquis-Bissonnette soutient cependant que des élargissements de routes sont déjà prévus au schéma d’aménagement, tout comme le sont les infrastructures à ajouter en matière de transport en commun et actif. 

« On évalue actuellement l’élargissement du boulevard du Plateau pour y ajouter une voie réservée, dit-elle. Mais ça ne se fera pas demain matin. Ça va prendre quelques années avant que ça se concrétise. Et pour que les gens du secteur prennent moins leur voiture pour se déplacer, il faut offrir un système de transport en commun efficace, qu’on puisse aménager les trottoirs pour s’y rendre ainsi que les abribus. » 

Mme Marquis-Bissonnette rappelle que la Société de transport de l’Outaouais (STO) concentre depuis quelques années la majorité de ses investissements en nouveaux services dans le secteur ouest de la ville. Entre 2016 et 2019, la STO a investi un peu plus de 10 millions $ en nouveaux services dans le seul secteur ouest. « C’est une préoccupation pour la STO de s’arrimer au développement immobilier, soutient-elle. Ce n’est pas parfait, mais il y a des efforts. La préoccupation est là. »

Le centre-ville

Le développement du centre-ville qui a longtemps semblé tenir plus de la légende urbaine que de la réalité ne peut plus être nié aujourd’hui. La construction de près de 1300 unités de logement a été autorisée en 2019. Des permis d’une valeur de plus de 30 millions $ pour la rénovation de bâtiments résidentiels ont aussi été autorisés au cours des 12 derniers mois dans le secteur.

« La popularité du centre-ville augmente rapidement, note M. Blondin. On voit que c’est maintenant vrai, les gens veulent se rapprocher du centre-ville, ils veulent pouvoir se déplacer en vélo ou à pied pour aller au travail. Ils veulent être à proximité des services. On le voyait un peu avant, mais là c’est vrai, on le voit vraiment. » Ce dernier ajoute que le dynamisme du centre-ville se fait aussi de plus en plus sentir dans des quartiers comme Val-Tétreau et Saint-Jean-Bosco où de plus en plus de permis de démolition sont donnés afin de permettre la construction d’immeubles de plus haute densité.