Le dossier déposé à la Ville de Gatineau par le promoteur Gilles Desjardins est considéré comme « incomplet ».

Des tours moins politiques?

L’analyse du projet Place des peuples avant la fin du mois de mars tel que le souhaitait le président du comité consultatif d’urbanisme (CCU), Jocelyn Blondin, n’aura finalement pas lieu. Le Droit a appris que le dossier déposé à la Ville de Gatineau par le promoteur Gilles Desjardins est considéré comme « incomplet ».

M. Blondin confirme que « certains éléments » manquent au dossier et que dans ce contexte, il n’est pas possible pour le service de l’urbanisme et le CCU de se prononcer sur le projet dans un avenir rapproché. Par ailleurs, selon nos informations, le conseil municipal a eu une présentation il y a quelques jours, à huis clos, sur l’état d’avancement dans ce dossier. 

Comme la rencontre s’est déroulée derrière des portes closes, il est impossible de savoir comment le conseil entrevoit la suite des choses dans cette affaire. Les attentes du promoteur sont toutefois très claires. En entrevue avec Le Droit, Gilles Desjardins affirme souhaiter que les politiciens prennent leurs distances par rapport au projet. 

« Je souhaite que le conseil municipal donne un mandat clair au service de l’urbanisme pour que je puisse travailler avec eux sur un projet wow, un projet structurant sur ces terrains-là, dit-il. Il faut que les politiciens se retirent un temps et laissent les coudées franches à leurs professionnels pour qu’ils puissent faire leur travail. J’ai déjà investi beaucoup d’argent en plans et en étude pour Place des peuples. Je suis prêt à investir encore beaucoup si je sens que la Ville est de bonne foi avec moi. J’offre une idée, mais je reste très ouvert si la Ville a une meilleure idée pour bonifier le projet. »

La conseillère Louise Boudrias affirme qu’elle serait à l’aise à ce que le conseil se prononce d’abord sur un accord de principe envers Place des peuples pour ensuite laisser le promoteur et l’administration travailler ensemble à la réalisation d’un projet qui serait acceptable pour tout le monde. « À un moment donné, il nous faudra être honnêtes avec le promoteur et lui dire si on veut son projet ou non, dit-elle. Ça va prendre une présentation publique, un débat public et une décision publique de la part du conseil. Une fois que le conseil aura donné un accord de principe, le promoteur pourra continuer son travail avec l’administration dans le but de présenter un projet final à nos services. À ce moment-là, le conseil pourra se prononcer officiellement. »

Tessier veut revoir les deux dossiers du quartier du Musée et Place des peuples en même temps

Les prochaines semaines pourraient être déterminantes au conseil municipal de Gatineau, à la fois pour le projet Place des peuples et pour la citation patrimoniale du quartier du musée. 

Pour le conseiller du quartier, Cédric Tessier, il est « presque impossible de ne pas se prononcer sur les deux dossiers en même temps ». Le périmètre de la citation patrimoniale sur lequel devront se pencher les élus, selon lui, doit inclure les terrains acquis par le promoteur Gilles Desjardins dans le but d’y ériger des tours de 35 et 55 étages. 

« Quand on parle de la protection d’un site patrimonial, on ne protège pas nécessairement tous les bâtiments qu’il contient, on cherche surtout à protéger le quartier dans son ensemble, explique M. Tessier. D’éventuels projets pour remplacer un immeuble qui n’a pas de valeur devraient ainsi respecter l’aspect patrimonial de tout le quartier. »

La conseillère Louise Boudrias estime qu’une citation patrimoniale qui engloberait tout le quartier du musée serait néfaste pour l’avenir du projet des tours. « La Place des peuples mérite d’être évaluée et je crois qu’on devrait d’abord aller au bout de notre analyse de ce projet avant de prendre une décision sur la citation patrimoniale, dit-elle. Si on fait le contraire, qu’on se prononce sur la protection du quartier en premier, ça risque de tuer le projet Place des peuples. » 

Mme Boudrias souhaite par ailleurs que le conseil ait la chance de se prononcer sur plusieurs options quant à la protection patrimoniale du quartier du musée. Cédric Tessier laisse plutôt entendre qu’une seule option sera soumise au vote. « Je veux être certain d’arriver devant le conseil avec une seule option bien documentée qui pourra recevoir l’appui du conseil », dit-il.