«Du logement abordable, il en manque. Et puis, si on condamne tout ça, on les met où, ces gens-là?» se demande François Roy.

Des taudis sur la rue Lausanne

Logemen'occupe veut faire évacuer des édifices à logements du secteur Gatineau qu'il juge impropres à l'habitation, et ainsi forcer la Ville et la Santé publique de l'Outaouais à trouver un refuge à des centaines de personnes.
Jeudi dernier, le coordonnateur de Logemen'occupe, François Roy, a présenté au Droit un autre appartement insalubre, cette fois sur la rue Lausanne. Dans une entente signée devant la Régie du logement, la société en commandite Place Lausanne a admis que l'appartement de la famille Kasongo-Riziki était impropre à l'habitation. «Plusieurs autres appartements du 5 et du 75, Lausanne, ressemblent à ceci», dit M. Roy.
Un inspecteur en environnement et un inspecteur en immobilier ont décrit l'état de décrépitude du 75, rue Lausanne. «Des mesures civiles sont prévues dans le plan d'urgence de la Ville. Qu'on le mette en branle», poursuit-il.
Dans l'appartement d'Élizabeth Riziki, les coins de mur sont recouverts de moisissure. Même chose pour le plafond de la salle de bain. Des fenêtres mal isolées laissent le froid envahir le demi sous-sol. «Au début, on me disait de tout laver à l'eau de Javel, raconte Mme Riziki. Mais ça revient sans cesse.»
Les inspecteurs ont noté que les enveloppes externes et internes du bâtiment permettaient l'infiltration d'eau.
La résidente et son conjoint sont aux études et élèvent des enfants. «Du logement, il y en a à Gatineau. Mais du logement abordable, il en manque. Et puis, si on condamne tout cela, on les met où, ces gens-là?» demande M. Roy.
Dans l'entente, le locateur reconnaît que le logement est impropre à l'habitation «et qu'il constitue une menace sérieuse pour la santé et la sécurité de l'occupant». Il reconnaît dans le même document que l'état actuel du logement n'a pas été causé par les locataires.
Le bail a été résilié vendredi dernier et les locataires se sont engagés à quitter l'endroit le même jour. Le gestionnaire s'est engagé à fournir l'entreposage des meubles pendant six mois et à payer une indemnité de 1500 $ aux locataires.
«On veut aller plus loin et faire condamner l'immeuble, soutient François Roy. Nous avons besoin d'une intervention des gouvernements. On veut se servir de cette entente pour forcer les autorités à agir.»
Gatineau suit le dossier
La Ville de Gatineau dit suivre le dossier avec la Santé publique de l'Outaouais. «L'inspection a été effectuée le 3 juin, explique le service des communications de la Ville de Gatineau, par courriel. Le logement n'a pas été considéré comme impropre à l'habitation en vertu du règlement portant sur la salubrité et l'entretien des habitations, des logements et des chambres. Toutefois, en vertu du même règlement, certains correctifs devaient être apportés par le propriétaire.»
L'administrateur des édifices à logements, Immo Marketing, n'a pas répondu à notre demande d'entrevue. La Ville ajoute que le propriétaire a manifesté son «intention de corriger certaines lacunes».
Des inspecteurs de la Ville ont émis un avis d'infraction au gestionnaire le 5 décembre.
«Un rapport d'ingénieur afin de statuer sur les correctifs à apporter à l'enveloppe des bâtiments, y compris les éléments structuraux et les balcons, ainsi qu'un rapport d'architecte quant à la conformité des issues et autres éléments architecturaux, ont été demandés au propriétaire, avec comme date butoir le 31 janvier 2014. À l'heure actuelle, la Ville n'a pas reçu lesdits rapports, bien que le propriétaire ait manifesté l'intention de corriger certaines lacunes.»
La Ville ne peut déclarer un logement insalubre sans le jugement d'un tribunal. Elle était toujours sans réponse de l'administrateur, lundi. Des moyens légaux pourraient être entrepris.