Des pompiers forcés d'être à pied

Des pompiers de Gatineau réclament leurs propres véhicules hors route, émettant de sérieux doutes quant au protocole mis sur papier par la direction du service des incendies, le mois dernier.
« Un protocole, c'est beau sur papier, mais nous n'avons pas le temps d'attendre lorsque des vies sont menacées », lance le président de l'Association des pompiers et pompières de Gatineau (APPG), Stéphane Noël.
Les pompiers sont responsables des sauvetages. Le protocole prévoit que le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) prête ses motoneiges et véhicules tout-terrain (VTT) lorsque vient le temps de faire un sauvetage en milieu boisé ou sur la glace d'un cours d'eau. Un policier formé pour la conduite de ces engins doit alors se rendre sur le terrain pour appuyer le travail des pompiers, à leur demande.
Des voix s'élèvent contre cette pratique, jugée peu efficace par l'APPG et par quelques sapeurs, qui désirent garder l'anonymat. « Des fois, ça presse, et les véhicules ne sont pas immédiatement disponibles », observe Stéphane Noël.
Un accident de motoneige s'est produit sur la glace de la baie McLaurin, à Gatineau, le 18 janvier dernier. Les pompiers, à une centaine de mètres de l'incident, n'ont pas eu accès à une motoneige ou un VTT. Un bon samaritain a prêté sa camionnette pour transporter la victime jusqu'à la berge. Quelques jours plus tôt, les pompiers - sans motoneige - avaient été incapables de se rendre sur la scène d'un véhicule tout terrain incendié, sur la glace de la rivière des Outaouais. Sans compter que l'été, l'accès aux feux de broussailles est difficile, sans VTT.
Le directeur adjoint aux opérations du Service des incendies de Gatineau, Stéphane Lachapelle, aimerait bien - « dans le meilleur des mondes » - fournir des véhicules hors route à toutes ses casernes. « Mais on doit rationaliser, explique-t-il. Le SPVG nous assure la disponibilité de ses ressources. Bien sûr, si la police (hors route) est sur son quart de travail, c'est plus rapide. »
La plupart des situations délicates se sont résorbées avant même l'arrivée des policiers en VTT, dit-il. Selon lui, le protocole mis sur papier assure la disponibilité des ressources. « Avant, on s'arrangeait entre deux personnes, sans que rien soit écrit. C'est aujourd'hui établi pour tout le monde. »
Des véhicules réclamés
Le syndicat soulève des exemples qui auraient pu mal tourner, alors qu'ils ne disposaient pas de ces véhicules, car les ressources n'étaient pas disponibles. « Nous nous sommes déjà fait dire non, en demandant d'utiliser nous-mêmes les VTT. On fait quoi si les agents habiletés à conduire ces véhicules ne sont pas disponibles ? Nous n'avons ni VTT ni motoneige. C'est à peine si nous avons des raquettes. Nous devons demander l'aide de passants », raconte M. Noël.
« Nous avons des bateaux, mais c'est comme si nous ne vivions pas dans un pays nordique, lance le président de l'APPG. La Ville a acheté un poste de commandement de 700 000 $, mais elle n'a pas 25 000 $ pour acheter un véhicule. [...] La victime prise sur la glace ou perdue dans le bois, ce n'est pas un papier qu'elle veut voir, ce sont des secouristes. »